Dimanche 31 mai 2009 - Pentecôte - Baptême de deux petits enfants : Daphné et Joseph

Comme un enfant joue à être celui qu’il deviendra peut-être

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Galates 5,16-25 - Jean 15,26-27 ; 16,12-15
dimanche 31 mai 2009.
 

C’est une activité essentielle pour l’enfant de se projeter par l’imagination dans l’avenir. Mais que disent donc les jeux des enfants de génération en génération, sinon les espérances de leurs parents ? Car l’enfant veut réaliser les espérances de ses parents : d’abord pour leur plaire, ensuite parce qu’il croit vraiment que ce qu’ils espèrent est ce qui est bon pour lui. Or, sous les habits divers du cow-boy, de la star ou de la princesse, les jeux des enfants nous disent l’espérance de devenir fort pour être libre et riche ; riche pour être libre de faire ce qui me plaît : voilà les désirs de la chair...

L’espérance de l’Esprit est autre. Devenir fort, oui, mais pour l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, l’humilité et la maîtrise de soi. Voilà les fruits de l’Esprit selon l’Apôtre, voilà ce que permet la puissance de l’Esprit Saint. L’Esprit ne supprime pas “la chair”, puisque dans le langage de saint Paul il s’agit de notre humanité, avec toutes ses facultés “spirituelles” comme la raison, l’affectivité et la volonté, mais dans la faiblesse radicale d’une nature de désir, de besoin et de dépendance. Or, c’est cette nature qui est piégée par le démon qui veut l’entraîner au péché, et c’est pourquoi saint Paul égrène la triste liste des “œuvres de la chair”. La “chair” ne peut se sauver elle-même du péché, elle résiste même à l’Esprit Saint dans la mesure où elle est attachée au Mauvais, à ses séductions et à ses œuvres. Cette opposition ne peut être effacée. On y entre résolument en entrant dans l’Église par le baptême.

En effet, si le Christ a donné sa vie sur la croix, c’est bien parce qu’il le fallait pour nous sauver de l’esclavage du péché. Ressuscité et monté aux cieux, il nous envoie l’Esprit Saint qui nous recrée dans la justice et la sainteté de la vérité, selon la volonté de son Père qui nous aime. Ainsi le don de l’Esprit est l’aboutissement du mystère pascal du Fils de Dieu, comme la Pentecôte, cette fête d’aujourd’hui, est l’achèvement du temps de Pâques et son accomplissement.C’est en recevant l’Esprit de Pentecôte et en nous laissant sanctifier par lui que nous acceptons son témoignage en faveur de Jésus et que nous lui rendons témoignage nous aussi.

Baptisés, nous devons épouser les désirs de l’Esprit pour nous et pour nos enfants. Quels modèles leur donner, dès lors, qui deviendront leurs espérances quand elles seront les nôtres, sinon les saints, sanctifiés par l’Esprit ? Les saints peuvent être aussi des cow-boys, des stars et des princesses, car tous les états de l’homme sont “éligibles” à la sainteté, en tous les métiers et toutes les cultures. Ce n’est pas un combat contre l’homme qu’il faut livrer, mais en lui. Les mauvaises œuvres de la chair ne sont pas à affronter chacune pour elle-même, comme un acteur excessif fait un sort à chaque mot, ou un musicien à chaque note, mais à dissiper dans notre vie comme la clarté dissipe les ténèbres : quand la lumière brille, on voit bien que l’obscurité n’est rien.

La lumière, c’est le Christ, lui que nous devenons par la puissance de l’Esprit Saint donné à ceux qui croient en lui, de la foi de leur baptême. Tous les saints sont désignés tels par l’Église parce qu’ils ont “joué” à être le Christ qu’ils avaient vocation à devenir, dans la mesure où il leur arrivait peu à peu ce que dit saint Paul au terme de sa course : « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». Le verbe “jouer” est employé ici non pour signifier une plaisanterie ou un faux-semblant, mais une distance du saint à son modèle parfait, distance dont il devient plus conscient à mesure qu’elle diminue. Enfants de Dieu, nous devenons ce que nous sommes : en un sens, nous jouons à être celui que nous devons devenir : Dieu ! Telle est l’espérance pour nous de notre Père qui est dans les cieux. Dieu, nous le deviendrons sûrement si nous ne rendons pas vaine la promesse de notre baptême, celle qu’il nous a faite de nous rendre semblables à son Fils par la puissance de l’Esprit Saint.