Dimanche 7 juin 2009 - Sainte Trinité - Avec la participation de Renaud Fontanarosa au violoncelle

Qui es-tu ?, demande, insatiable, la mère à son enfant

Deutéronome 4,32-34.39-40 - Psaume 32,4-6.9.18.20-22 - Romains 8,14-17 - Matthieu 28,16-20
dimanche 7 juin 2009.
 

Qui es-tu ?, demande, insatiable, la mère à son enfant qu’elle regarde passionnément, et qui le lui rend bien : non seulement le tout petit la dévisage en lui demandant de tous ses yeux « Qui es-tu ? », mais encore « Qui suis-je, pour que tu m’aimes et m’aies donné la vie ? »

Un regard insistant indispose souvent, tant il risque de se faire intrusif, indiscret ou intempestif. Au fond, la contemplation mutuelle dans un face à face inlassable signe l’amour réciproque qui seul permet cette offrande croisée où chacun se perd avec bonheur dans le regard de l’autre. Ce mystère est celui des mères, mais aussi de tous les enfants de la femme, le mystère de la profondeur insondable et merveilleuse de toute personne humaine.

Or, pour la Vierge Marie contemplant son enfant Jésus, ce mystère, pourtant profond se doublait d’un autre infiniment plus grand : car en cette chair née de sa chair “demeurait la plénitude de la divinité, corporellement”, comme l’écrit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens. « Qui m’a vu a vu le Père » dira lui-même le Seigneur. Oui, Marie a contemplé la sainte Trinité en regardant son Fils, depuis les premiers instants où il fut son bébé jusqu’à ce jour de la croix où, pourtant, « il n’avait plus visage d’homme », tant les hommes l’avaient défiguré.

Depuis que Jésus « n’est plus dans la chair » nous serions privés de ce « portrait de lui-même » que Dieu nous a donné quand son Fils s’est fait homme ? Nous avons le visage des saints, eux qui peuvent dire à la suite de saint Paul : « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». Nous avons celui de chaque chrétien devenu création nouvelle en revêtant le Christ le jour de son baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Et d’abord nous avons la vue de tout homme créé à l’image de Dieu, à reconnaître comme telle malgré le péché qui la défigure.

Mais ce n’est pas tout. Nous avons aussi les œuvres innombrables d’artistes qui furent inspirés non seulement esthétiquement, mais aussi par l’Esprit Saint dans leur prière de fidèles de la sainte Église de Dieu. Ces images plus ou moins vénérables appellent de notre part un regard éveillé à la beauté de la Trinité qui s’y reflète en quelque mesure et qui, comme telle, procède du visage de Jésus, « véritable icône du Père ».

À propos de l’Ave Verum de Mozart joué en final du concert qui lui fut offert pour son anniversaire en avril dernier, le pape Benoît XVI louait cette pièce « où la méditation cède le pas à la contemplation, où le regard de l’âme se tourne vers le Saint Sacrement, corps réellement immolé sur la croix et duquel découle le salut du monde. Mozart a composé ce motet peu avant de mourir et sa musique y devient prière, abandon du coeur dans une paix profonde. »

Accueillions maintenant avec un cœur aussi ouvert que celui du pape aux harmonies célestes une autre œuvre musicale où la mélodie se fait prière : « Louange à l’éternité de Jésus », pièce extraite du « Quatuor pour la fin du temps » d’Olivier Messiaen. Sur la partition, le compositeur écrit de sa main : « Jésus est ici considéré en tant que Verbe. Une grande phrase infiniment lente, du violoncelle, magnifie avec amour et révérence l’éternité de ce Verbe puissant et doux “dont les années ne s’épuiseront point”. Majestueusement, la mélodie s’étale, en une sorte de lointain tendre et souverain. “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu” »

Car en cette dernière phrase, tirée de l’évangile selon saint Jean, réside la réponse éternelle à l’éternelle question qui hante le cœur de l’homme en ce monde : « Qui es-tu Seigneur, et qui suis-je pour que tu aies ainsi voulu de tout ton cœur me sauver et m’aimer à jamais ? »