Dimanche 14 juin 2009 - Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ de l’année B - Première communion

Prenez votre pouls, c’est bio

Exode 24,3-8 - Psaume 11512-13.15-18 - Hébreux 9,11-15 - Marc 14,12-16.22-26
dimanche 14 juin 2009.
 

Prenez votre pouls, c’est bio. Le cœur humain bat entre une et deux fois par seconde, en général. Ce n’est pas une norme européenne, mais un fait de nature, comme la terre fait un tour par jour sur elle-même, et un par an autour du soleil. La durée de la révolution des astres est une donnée cosmologique, la pulsation cardiaque un fait biologique.

Ces rythmes de la nature sont le fondement de notre organisation du temps, et donc de notre intelligence et de notre maîtrise de l’histoire, la petite comme la grande. Ils sont pour notre imagination créatrice à la fois un socle solide et un puissant stimulus : la musique et la danse de l’univers qui nous invitent à inventer une vie en harmonie avec leurs modulations fondamentales.

À l’instar du jour et de l’année, le mois correspond à une réalité astronomique. Mais comment subdiviser la lunaison dont la durée est de 29 jours 1/3 ? Les hommes ont souvent pratiqué la décade, soit environ un tiers de mois, que la Révolution a rétablie quelque temps. Le dixième jour, affublé du nom de décadi, monstre philologique fabriqué de grec et de latin, devait remplacer le dimanche : il n’a pas résisté à la répulsion du bon sens qui l’a vite expédié, en compagnie de la déesse raison dont il aurait fallu célébrer le culte en cette occasion !

Mais, au fait, d’où vient donc la semaine, qui s’est imposée au point que le monde entier la pratique désormais, ainsi d’ailleurs que le calendrier centré sur la naissance du Christ ? Elle a pour origine la Révélation que le Dieu unique et tout-puissant de l’univers a bien voulu faire de lui-même à son peuple Israël. Le “shabbat”, septième jour, fut institué et consacré comme l’écho fidèle du septième des jours de la Création “à l’origine”. La semaine est un don de Dieu et nous parle de lui.

La semaine est cosmologique, puisqu’en elle s’inscrit la création du ciel et de la terre. Elle est aussi “bio”, puisque Dieu qui a tout créé est le Vivant. Aujourd’hui, le bio est à la mode et le goût de la nature nous revient. Mais pour les émules de la philosophie des Lumières, il fallait que la Raison refasse le monde à sa manière, qu’elle s’élève au-dessus du donné sauvage et s’affranchisse des ténèbres de l’Âge “dogmatique”. Ils avaient perdu de vue qu’il y a décidément « plus de choses au ciel et sur la terre que dans les rêves de toute leur philosophie », comme dit le prince Hamlet de Shakespeare à Horatio.

Il a fallu bien des siècles d’observation et d’imitation aux hommes des âges passés pour percevoir les rythmes astronomiques et biologiques du monde et le parti qu’ils pouvaient en tirer. Il faut de l’expérience et de la patience pour comprendre et maîtriser, il faut beaucoup de pratique en toute matière pour parvenir à “s’y entendre”.

Dans la première lecture, nous avons entendu le peuple déclarer à Moïse : « Toutes les paroles que Dieu a dites, nous les mettrons en pratique, et nous entendrons. » Du moins est-ce là la traduction littérale du texte hébreu. La liturgie rend entendre par obéir. C’est un parti possible. Mais ne s’agit-il pas plutôt de comprendre ? C’est-à-dire d’entrer peu à peu dans l’intelligence des paroles de Dieu à force de les pratiquer ? Il faut beaucoup de pratique pour un peu de maîtrise et d’intelligence.

Ainsi, mes enfants, si nous avions attendu, pour vous admettre à la première communion, que vous parveniez à concevoir dans votre petit entendement l’incarnation du Fils de Dieu, sa mort et sa résurrection, et la façon dont il peut désormais nous donner son corps à manger et son sang à boire sous les espèces du pain et du vin, nous attendrions encore. D’ailleurs, nous attendrions tous encore. Avez-vous remarqué que l’Eucharistie n’est pas dans le credo, que nulle part nous n’y disons : « Je crois à la présence réelle » ? En fait, l’eucharistie n’est pas dans le credo, c’est le credo qui est dans l’eucharistie.

C’est pourquoi je vous dis, de la part de Dieu : Communiez avec respect et adoration, communiez aujourd’hui et tous les dimanches de votre vie, accueillez avec une soif spirituelle toujours renouvelée ce moment privilégié de rencontre avec le Seigneur. Pratiquez ce sacrement merveilleux que nous fêtons aujourd’hui, pratiquez-le avec la familiarité et la régularité des enfants de Dieu rassemblés chaque dimanche dans sa maison.

Pratiquez-le en vous engageant, devant celui qui s’y donne à vous, à mettre sa parole en pratique dans votre existence ; et à demander pardon pour toues les fois où vous ne l’aurez pas fait. Alors votre vie deviendra toujours plus évangélique, alors vous comprendrez toujours mieux l’amour de Dieu qui se révèle à la messe. Car Dieu s’adresse à notre raison qu’il a créée à son image, il veut que nous comprenions ce qu’il fait. Jésus nous appelle ses amis, car tout ce qu’il a appris de son Père, il nous le fait connaître.

Prenez donc les choses à l’endroit sans vous laisser tourner la tête par ceux qui les ont mises à l’envers. En réalité, à part celle des astres, il est une seule révolution dans l’histoire du monde qui fut belle et bonne, et qui a réussi. C’est la venue du Fils de Dieu dans la chair, lui qui s’est anéanti et a pris la condition de serviteur, puis s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix. Ainsi le ciel s’est mis en quelque sorte sous la terre : quel renversement ! C’était pour remettre ce monde dans le bon sens, lui qui était tombé sous le pouvoir du péché au point de se détourner de Dieu. Et cette révolution a réussi : le Christ est ressuscité pour nous rendre saints.

Communiez donc, mes amis, chaque dimanche que le Bon Dieu fait, communiez au Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ dans la foi et l’humilité de l’Église. Dites bien « Amen » au prêtre qui vous présente l’hostie : ce mot signifie que vous reconnaissez en ce don le socle solide de votre foi et de votre vie, et aussi la musique et la danse de Dieu qui vous invitent à interpréter de façon originale dans votre propre existence la sainteté qui est la sienne. Enfants, que votre cœur batte désormais à l’unisson du sien !

Église sainte, prends ton pouls au pouls de Dieu, reçois ta vie de celui qui est la Vie.