Dimanche 21 juin 2009 - Douzième dimanche B

Tiens, comme ça au moins tu sauras pourquoi tu pleures !

Job 38,1.8-11 - Psaume 106,21-22.24-31 - 2 Corinthiens 5,14-17 - Marc 4,35-41
dimanche 21 juin 2009.
 

"Tiens, comme ça au moins tu sauras pourquoi tu pleures !" Même pour qui n’est pas le dernier des Thénardier la tentation peut être grande de talocher l’enfant qui pleurniche ou fait la tête sans raison. Le cœur de l’homme est compliqué, déjà tout petit. Et malade. Mais un cœur paternel s’efforcera avec patience et douceur d’éclairer le cœur de son rejeton bien-aimé : il doit bien y avoir une raison, cherchons-la ensemble...

Or, Jésus n’a pas l’air doux du tout quand il interroge sévèrement : « Pourquoi avoir peur ? » En plus, ici la question paraît particulièrement déplacée, tant la raison de la peur, la tempête, semble bonne et évidente. Un père va-t-il reprocher à son enfant de s’effrayer, de pleurer et de crier quand un véritable danger le menace et l’éprouve ? Quelle est cette énigme du reproche de Jésus à ses disciples, reproche précisé par l’interrogation sur leur manque de foi ? Un détail est la clef : « Cela ne te fait rien que nous périssions ? », demandent-ils.

Là, ils en jugent d’après eux-mêmes. Ce sont des hommes : les souffrances de ceux qui sont loin ne leur font rien ! Cette pensée, d’ailleurs, n’est-elle pas insupportable ? Quel sens a la vie si nous devons être ainsi à la fois lucides et impuissants ? l’homme est terriblement limité. “Terriblement” au sens propre : ça fait peur ! Non seulement il ne peut tout savoir, mais faudrait-il qu’il sache tout ? Faudrait-il que tout homme connaisse tout le mal qui est dans le monde ?

D’ailleurs, les parents veillent sur le sommeil de leur enfant aussi en lui épargnant leurs graves soucis d’adultes, même s’ils ne peuvent éviter qu’il n’en ressente quelque chose. Cela n’aurait aucun sens que personne au monde n’ose vivre à cause de la souffrance et de la mort de ceux qui périssent. Mais vivre dans ces conditions paraît aussi absurde à qui s’arrête en conscience à ce constat stupéfiant.

Jésus aussi, “comme il était” dans la chair, a connu cette limite humaine. Il est même mort : il a “dormi dans le tombeau”. Il a souffert sur la croix après avoir été arrêté et livré à ses ennemis, épisode auquel fait allusion le fait que les disciples au début « l’emmènent dans la barque comme il était ». Tout ici évoque la passion. Et aussi la résurrection : à la fin, Jésus se dresse debout dans la barque, et manifeste que tout pouvoir lui a été donné, au ciel et sur la terre.

Voilà donc le point décisif de notre passage. Les disciples réagissent comme les malfaiteurs crucifiés avec Jésus : défi et provocations. C’est bien la réaction humaine, et comment le reprocher aux hommes crucifiés et terrifiés ? D’ailleurs, Dieu ne reproche rien à Job. Les hommes croient et ne croient pas en Dieu. Ils le visent en disant, l’œil en coin : « S’il existait, il n’y aurait pas le mal. » Nos incrédulités sont des réactions de peur qui tournent à la révolte et au péché. En somme, Jésus demande à ses disciples de quoi ils ont peur. Êtes-vous comme les hommes qui ne me connaissent pas, vous qui avez été baptisés dans ma mort et ma résurrection ? Comment n’avez-vous pas la foi de votre baptême ?

Car telle est la question pour nous aujourd’hui, comme pour ceux à qui s’adresse l’évangile après Pâques et la Pentecôte. La foi plus forte que la peur, c’est de croire que : « Il a pris sur lui nos souffrances », ce « seul qui est mort pour tous ». Et que : « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ». Voilà ce que ça fait à Dieu que nous périssions : il donne son Fils pour nous sauver. Avons-nous la foi au Christ ou sommes-nous comme ceux qui sont dominés par la peur, la mort et le péché ? Maintenant, ne connaissons plus le Christ à la manière humaine ! Il s’agit de porter notre regard sur lui qui est mort et ressuscité pour que notre vie ne soit plus centrée sur nous-mêmes, mais sur lui. Dans la tempête comme dans le beau temps, que nous dormions paisiblement ou que nous soyons en pleine tourmente, c’est vers qu’il nous faut regarder, et lui qu’il faut interroger sur le sens de ce que nous vivons. Nous pouvons pleurer et crier, bien sûr, mais que notre cri soit une vraie profession de foi : je crois, Seigneur, que tu te soucies de moi ; en fait, c’est toi qui vis en moi, et ce qui m’arrive, c’est ce que te fait, Seigneur, aujourd’hui le mal qui est dans le monde. Et maintenant, éclaire-moi, Seigneur, sur la façon dont je dois vivre cela en toi.

Si seulement nous emportons dans notre existence de tous les jours cette de foi qui nous est donnée chaque semaine ici, dans la communion au Seigneur mort et ressuscité pour nous, si nous en vivons, alors nous saurons ce que cela fait à Dieu que nous soyons perdus, et nous connaîtrons ce qu’il fait pour nous sauver.