Dimanche 28 juin 2009 - Treizième dimanche B

Pourquoi Neda ?

Sagesse 1,13-15 et 2,23-24 - Psaume 29,3-6.12-13 - 2 Corinthiens 8,7-9.13-15 - Marc 5,21-43
dimanche 28 juin 2009.
 

Pourquoi Neda ? Ce qu’il se passe en Iran n’est pas clair, surtout pour nous. Mais on voit bien qu’il y a deux camps en conflit pour le pouvoir. Et chacun, bien sûr, cherche à diaboliser l’autre. Alors, une jeune fille, belle, qui meurt en direct, cela permet un message politique clair : c’est la vie, c’est l’amour, qu’ils tuent, ceux d’en face. C’est la liberté de vivre et d’aimer qu’ils tuent.

La femme est le symbole de la vie et de l’amour, de la vie qui donne la vie en la tirant d’elle-même. Des deux femmes de notre épisode, la petite est celle dont ne sait pas bien si c’est une enfant ou une jeune fille. On ne le saura qu’à la fin. Elle représente le dilemme du passage à l’âge adulte pour la petite fille : donner la vie ou mourir ; entrer dans son rôle de mère ou y renoncer, ce qui équivaut à mourir. Quant à la femme qui se trouve comme ensachée dans la question de la petite fille, elle n’est pas forcément vieille. On l’imagine telle parce qu’elle a eu le temps de donner beaucoup d’argent aux médecins. Mais elle peut être une jeune femme riche : il y a bien un jeune homme riche dans l’évangile. Et, douze ans, c’est long pour qui souffre, mais ce n’est pas tellement d’années, au fond. Elle avait des écoulements de sang : elle était donc impure en permanence, c’était pour elle comme une mort rituelle, spirituelle. S’ajoute à cela l’impossibilité de donner la vie. Donc, cette femme du milieu de l’épisode redouble en quelque sorte le problème de la jeune fille.

Voilà aussi dans l’évangile un conflit entre deux camps : d’un côté la mort, qui veut tuer la vie, l’empêcher de vivre et de donner la vie ; de l’autre se trouve Jésus qui s’inscrit résolument, vous n’en doutez pas, du côté de la vie et du don de la vie.

Ce qui arrive en Jésus n’a pas fini de nous étonner : dans son combat pour la vie et contre la mort, il va jusqu’à recevoir la mort pour donner sa vie, pour donner la vie. Quelquefois on pense qu’il y a là de quoi brouiller le message chrétien. Je vois bien des publications, des prédications, des représentations qui effacent la croix ou nous en donnent une image tellement idéalisée, sous le nom de croix glorieuse, qu’on peut éviter de voir que Jésus est mort. Certes, il y a de quoi fondre en larmes, comme la petite Juliette de cinq ans dimanche dernier. L’insistance sur la croix viendrait voiler le message chrétien de vie et de bonheur. Mais il faut comprendre que c’est parce que justement déjà la vie est brouillée par la propagande de l’ennemi, car il y a bien un ennemi de l’homme et de Dieu, que le Fils de Dieu est allé jusqu’à donner sa vie. La formule que nous recevons de saint Paul aujourd’hui, ce serait bien de l’apprendre par cœur comme devoir de vacances : « Lui qui est riche, il s’est fait pauvre pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. » Voilà une parole qui seule et sans explication reste particulièrement obscure : s’agirait-il d’une sorte de Robin des Bois qui prendrait au riche pour donner au pauvre ? Qu’est ce que cela veut dire ? Mais si l’on y voit la croix, elle devient limpide. Lui qui est le Prince de la vie, le Vivant, il est venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. Mais pour cela, il va jusqu’à la mort où il est dépouillé de tout, et même de lui-même.

L’erreur qui nous plonge dans l’obscurité, l’erreur dont parlait l’oraison d’entrée de ce treizième dimanche, est de croire que Dieu serait contre la vie de l’homme, qu’il voudrait nous empêcher de vivre en liberté, d’aimer et d’y prendre plaisir. Voilà la propagande de l’ennemi qui, lui, est l’auteur de la mort. Vous l’avez entendu dans la première lecture : dans le monde que Dieu a fait, il n’y a rien qui donne la mort. Dieu n’a pas fait la mort, mais elle est entrée dans le monde par la jalousie du diable.

Alors je vous en prie : nous qui portons le nom de chrétiens, ne laissons pas les ténèbres nous parler et obscurcir cette Parole qui nous dit que Dieu est notre ami, que Dieu est l’ami de l’homme, de tout homme, même de ceux, surtout de ceux qui viennent au monde sous le règne de l’obscurité, dans l’obscurité d’une propagande qui défigure Dieu. Dieu aime la vie de l’homme, il l’aime en abondance, il l’aime riche, belle, heureuse, pleine du plaisir de vivre et de donner la vie. Mais le chemin de la libération du mauvais qui brouille tout passe par la croix du Christ où celui qui est riche se fait pauvre pour qu’en sa pauvreté le monde trouve la richesse.

Frères, si vous croyez en lui, si vous croyez en la lumière, devenez des fils de Lumière. Prenez ce chemin par amour de la vie, de la vôtre et de celle des autres. Donnez la réponse au monde qui se demande pourquoi Neda, ou Claudine ou Martine, Catherinette ou Catherina, ou Pierre, Paul ou Jacques. Dites par toute votre existence : c’est parce que Dieu nous aime qu’il veut la vie de chacun de nous, et qu’il aime la voir s’épanouir heureuse.

Voilà pourquoi la vie : à cause de l’amour de Dieu qui est plus fort que tout.