Dimanche 5 juillet 2009 - Quatorzième dimanche B

Tu es fantastique ! dit la jolie fille à un garçon qui n’en est pas mécontent

Ézéchiel 2,2-5 - Psaume 122,1-4 - 2 Corinthiens 12,7-10 - Marc 6,1-6
dimanche 5 juillet 2009.
 

Ce n’est pas pour rien qu’il a fait ses meilleurs tours sous ses beaux yeux. À ski, en moto ou à vélo, ou bien dans les sports cérébraux. Certains se taillent ainsi une réputation de champion qui leur vaut de beaux succès.

Jésus, lui, ne brillait pas de cette façon au milieu de ses contemporains, c’est déjà ce qu’on peut déduire de notre évangile. Pourtant nous aimons à l’imaginer particulièrement doué, aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Or, ou bien ce n’était pas le cas, ou bien il a choisi de rester fort discret.

Si nous ignorons presque tout de ses qualités naturelles, en revanche nous savons qu’il était saint. Or, dans ce registre non plus il n’avait pas impressionné ses compatriotes au point d’être nettement distingué parmi ses frères. Sans doute vivait-il au milieu de familiers plus saints que la moyenne, à commencer par sa mère et son père sur la terre. Mais tout de même ! Il faut qu’en la matière aussi il ait décidé de s’en tenir à la discrétion.

Dieu avait si bien caché son Fils au milieu des hommes que, même quand il entre en action dans sa vie publique et commence à accomplir de grandes œuvres, les gens de son pays le regardent de haut. Pourtant, du fait de son apparence ordinaire, ils sont d’autant plus préparés à comprendre que ces merveilles se font “par ses mains”, et non du fait d’une habileté personnelle, c’est-à-dire qu’elles sont d’origine surnaturelle. Ils posent donc la bonne question : « D’où cela lui vient-il ? » Mais au lieu de chercher vraiment la réponse, ils le rejettent.

Cette réaction est surprenante, elle ne s’explique pas suffisamment par des considérations psychologiques : il y a quelque chose de surnaturel aussi dans ce manque de foi dont s’étonne Jésus. Ne nous y trompons pas : la réaction du Christ n’est pas d’incompréhension. Au contraire, il saisit tout de suite que le dessein de Dieu est en train de s’accomplir tel qu’il avait été annoncé par les prophètes. Si Jésus est surpris, c’est de découvrir que l’heure, “son heure”, est en train de venir.

Pourquoi un prophète est-il méprisé par les siens, sinon parce que, poussé par Dieu, il leur indique un chemin qu’ils ne veulent pas prendre. Alors ils préfèrent l’accuser d’imposture, trouvant ainsi prétexte à ne pas l’écouter. Dans le cas de Jésus, ce mouvement s’accomplit à son paroxysme, puisqu’il est le dernier des prophètes, et plus qu’un prophète. Mais dans le rejet de Jésus, son propre Fils, Dieu va réaliser le salut de son peuple et de toutes les nations.

C’est ce qui a été révélé à saint Paul, selon la sagesse même de Dieu que les gens de Nazareth pressentaient en Jésus tout en s’y refusant. Ces révélations sont tellement exceptionnelles que l’Apôtre en est tenté de se surestimer : plaise au ciel frères, que nous soyons exposés à cette tentation, et à celle-là seulement ! Car ce qui fut le privilège de Paul et de quelques autres est depuis offert à une multitude, puisqu’il s’agit désormais tout simplement de la foi de l’Église, la foi de notre baptême.

Quand nous voyons nos rangs se clairsemer et nos cheveux blanchir, quand les jeunes et les enfants délaissent nos églises, nous nous demandons pourquoi, et que faire. Nous sommes alors tentés d’inventer de nouveaux tours pour relancer l’intérêt. Mais le seul nécessaire pour nous est d’imiter le Seigneur lui-même que nous venons de voir confronté à l’incroyance de ses proches. Il s’en est étonné et, à la lumière des Écritures, il y a vu un événement en rapport avec l’accomplissement du dessein de Dieu, dessein de salut pour tous les hommes. Il a cru à la puissance de Dieu à l’œuvre dans le monde, et il a continué à agir selon la volonté de son Père.

De même, nous devons croire en lui et comme lui. Croyons à notre baptême : si Jésus est Fils de Dieu par nature, nous sommes devenus fils de Dieu en lui par la grâce de l’eau et de l’Esprit. Croyons à la merveille de notre recréation dans la foi de l’Église : alors nous serons certes tentés de nous surestimer, mais l’écharde de nos insuccès nous préservera de tomber. Et faisons comme Jésus : en contexte hostile, il ne pouvait pas faire grand chose de spectaculaire, mais il a guéri quelques malades.

Ne cherchons pas à paraître fantastiques aux yeux des hommes : il ne s’agit pas pour nous de fantasmes ou de fantaisie, mais de la réalité du salut du monde. Comme Jésus, faisons donc ce que nous pouvons pour agir selon la volonté de Dieu, et croyons qu’il fera le reste ; ou plutôt que c’est lui qui fait tout, pour notre bonheur à tous, maintenant et toujours.