Dimanche 19 juillet 2009 - 16e dimanche de l’année B

Ce n’est pas un cadeau ! Mais si !

Jérémie 23,1-6 - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 2,13-18 - Marc 6,30-34
dimanche 19 juillet 2009.
 

Cet enfant turbulent confié à ses grands-parents, ce n’est pas un cadeau ! Mais si ! Cette tante un peu Tati Danielle qu’il faut prendre à son tour pour trois jours, ce n’est pas un cadeau ! Mais si !

Ce curé qui veut tout changer, cet évêque qui ne fait rien comme on voudrait, ce n’est pas un cadeau ! Mais si ! Un évêque, un curé, c’est un pasteur. Or, vous avez entendu Jésus : il est saisi de pitié en voyant les foules « parce qu’elles sont comme des brebis sans berger ». Autrement dit, la première nécessité, c’est un pasteur. C’est la première “chose” à donner aux hommes, avant même l’enseignement et la nourriture dont ils ont un besoin vital.

Sur la terre d’Israël, il a donné les Apôtres à la première génération de chrétiens. Mais d’autres viendront ensuite, de tous les peuples et sous tous les cieux. Pour ceux-là aussi, Jésus choisira des pasteurs selon son cœur. L’épisode d’aujourd’hui, avec son contexte, est une prophétie de toutes les époques de l’Église que le Seigneur ne manque pas de combler de l’Esprit Saint et de ministres de sa grâce, selon la promesse faite aux Apôtres.

Le texte l’indique de bien des façons : notre passage est précédé de l’épisode du martyre de Jean-Baptiste et de sa mise au tombeau ; il s’ouvre par l’invitation faite aux “Apôtres” (seul emploi du mot par Marc avec le récit de la dispute entre eux pour savoir qui était le plus grand) d’aller se reposer, il se poursuivra par la multiplication des pains où il ne sera plus question que des ”disciples” pour nourrir les foules. Autrement dit, quand les Apôtres seront entrés dans le repos du Seigneur, ayant offert leur vie comme lui et à sa suite, leurs successeurs hériteront de leur mission.

Avant Jésus, sous la Première Alliance, Dieu a déjà conduit son peuple par des pasteurs de son choix, Moïse et David en particulier. Or, ils étaient certes avant lui, mais pas “devant” lui, car le Fils éternel, le Verbe fait chair, est le Bon Pasteur que le Père a donné aux hommes. Tout autre n’est pasteur légitime que “d’après lui” et agissant “in persona Christi”. Par le prophète Jérémie déjà, Dieu donnait à entendre que le modèle était à venir, le “Germe juste” que David n’était pas lui-même, mais qui devait surgir dans sa descendance.

Tout pasteur légitime est donc bien un cadeau de Jésus, si déficient soit-il. Par respect pour le donateur, n’allons pas mépriser le don. Apprenons plutôt à bien “nous en servir”, à recevoir au mieux ce qu’il peut nous apporter de la part du Seigneur. Ne le jugeons pas d’après un idéal forgé à notre idée, mais selon l’amour et la grâce de celui qui crée en lui « un seul Homme nouveau » où se rassemblent tous les pécheurs pardonnés dans son sang.

Plus généralement, tout être humain est un cadeau que Dieu fait à l’humanité, même s’il n’est pas, en moyenne, moins déficient que la plupart des prêtres et des évêques. Et si nous avons du mal à voir à quoi il sert, reconnaissons que notre regard est là déficient, car Dieu voit bien, lui, pourquoi il l’a créé, et avec quel amour ! La conversion commence sûrement par ce changement de regard sur autrui : il faut laisser tomber toute envie et tout mépris, toute jalousie ou rivalité à son endroit, afin de se disposer plutôt à l’accueillir pour ce qu’il peut apporter de la part de Dieu.

Que chacun s’efforce d’être pour les autres toujours mieux ce que Dieu veut leur offrir en sa personne. De sorte que, si l’on dit de lui que « ce n’est pas un cadeau ! », ce soit pour de “bonnes raisons”, c’est-à-dire à cause de la résistance des hommes au don de Dieu ; et que l’Esprit Saint lui-même se charge de protester en toute justice : « Mais si ! » Jusqu’au jour où tous seront un dans le Fils que Dieu a donné aux hommes pour les sauver et les aimer en lui.