Dimanche 26 juillet 2009 - 17e dimanche de l’année B

Comme des petits pains !

2 Rois 4,42-44 - Psaume 144,10-11.15-18 - Éphésiens 4,1-6 - Jean 6,1-15
dimanche 26 juillet 2009.
 

Pourquoi les petits pains partent-ils si bien ? Parce qu’ils sont bons, pas chers et nécessaires.

Les pains de la multiplication, à n’en pas douter, jouissaient de ces trois qualités. Ils furent même donnés pour rien ! Mais, par-delà leur réalité de nourriture terrestre tombant à pic et comme du ciel pour la foule assemblée à l’écoute du Seigneur, ils représentaient plus que les convives ne pouvaient imaginer.

Rappelez-vous le début de l’épisode en saint Marc, entendu la semaine dernière. Certes, c’est l’évangile selon saint Jean que nous propose la liturgie aujourd’hui. Mais ce texte se substitue en quelque sorte à celui de notre évangéliste de l’année B, que l’on aurait attendu normalement dans la lecture continue. Pourquoi ce remplacement ? Sûrement pour effectuer la transition avec le discours johannique du pain de vie que nous allons suivre au fil des prochains dimanches de l’été, et dont la multiplication des pains est évidemment l’occasion.

Tout en saluant cette heureuse invention du liturgiste, nous ne nous priverons pas de prolonger notre méditation de dimanche dernier dans le sens du projet marcien. Or, la phrase clef de l’évangéliste consistait en cette notation que « Jésus fut saisi de pitié en voyant les foules parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger ». Le don de pasteurs aux foules de tous les temps, sous tous les cieux, est le premier “cadeau” que le Seigneur leur fait, car il conditionne les deux autres dons essentiels : l’enseignement de la Parole et le partage du Pain.

C’est pourquoi il me semble que les pains de la multiplication représentent aussi les pasteurs en question. Ils sont nombreux, mais chacun est pasteur au nom de l’unique Bon Berger de tous. De même, les pains sont multiples, mais « nous formons un même corps, nous qui avons part au même Pain ».

Les pasteurs selon le Christ ne doivent-ils pas être bons, pas chers et nécessaires ? Bons, cela va de soi : pour cela, il leur suffit d’être fidèles à la grâce de leur vocation et d’ordonner leur vie entière à l’accomplissement du haut service qui leur est demandé par l’Église du Seigneur. Nécessaires, ils le sont au témoignage même du Fils de Dieu, ce qui devrait nous convaincre suffisamment quand nous sommes saisis par le doute à ce sujet.

Pas chers, enfin ? Bien sûr, ils sont “donnés pour rien”, comme tout ce dont le Christ comble les siens. Mais il faut encore qu’ils ne “fassent pas payer” ceux qui leur sont soumis. Entendez : qu’ils ne leur fassent pas sentir leur pouvoir, pour leur propre plaisir, comme c’est l’usage chez les païens, c’est-à-dire chez les hommes.

Peut-être serez-vous tentés de hocher la tête d’un air entendu : la déficience des pasteurs se situe souvent dans ce registre. Mais prenez garde à la façon dont vous les jugez, et craignez que la mesure dont vous usez pour eux ne serve aussi pour vous.

En effet, de même que le pasteur est un cadeau de Jésus au sens spécifique du sacerdoce ministériel, tout chrétien en est un comme membre du Christ, prêtre, prophète et roi ; et tout humain comme membre de l’humanité que Dieu a tant aimée. C’est pourquoi tout baptisé a vocation à être pour les autres bon, pas cher et nécessaire ; et tout enfant des hommes aussi.

Bref, mes frères, soyons tout simplement et joyeusement les uns pour les autres comme des petits pains du bon Dieu.