Dimanche 9 août 2009 - 19e dimanche de l’année B

Il y a beaucoup de façons de gâcher une fête, mais une seule de la réussir

1 Rois 19,4-8 - Psaume 33,2-9 - Éphésiens 4,30 à 5,2 - Jean 6,41-51
dimanche 9 août 2009.
 

C’est comme pour l’orthographe : il y a de nombreuses façons de faire une faute dans un mot, mais une seule de l’écrire correctement.

Dans un repas de mariage, par exemple, personne n’aurait l’idée de prévoir des menus différents pour les invités selon leur rang. Vous imaginez : pas de foie gras pour les tables de troisième classe, champagne millésimé en première seulement, et tout à l’avenant ? Ce serait l’émeute !

Pourtant, dans la vie ordinaire, nous sommes souvent préoccupés d’avoir plus ou mieux que les autres. C’est un moteur puissant de l’activité humaine. Mais le sens de la fête, c’est notamment que tous aient part à la même abondance de délices. La fête célèbre un idéal : celui d’un monde où tous les hommes seraient frères et égaux, unis dans la paix et une abondance sans limites.

Par l’enseignement et la multiplication des pains, Jésus fait plus que parler de cet idéal : il annonce sa réalisation en sa personne.

Cela implique aussi la guérison de cette passion qui est dans notre cœur, dans tous les cœurs, de dominer les autres en étant plus riche, plus puissant, plus séduisant ou plus célèbre qu’eux.

Or, Jésus en personne est cette guérison. Il est Dieu : autant dire que ce n’est pas la peine d’essayer de faire mieux. Cela tue la concurrence. En même temps il est un homme ordinaire, au témoignage unanime de ses contemporains, rapporté de façon concordante par les quatre évangélistes. Ce n’est donc pas la peine de vouloir devenir un homme extraordinaire, un être supérieur, un surhomme. En effet, l’homme de loin le plus extraordinaire - puisqu’il est Dieu - ne fut qu’un homme ordinaire ! Voilà qui devrait nous détendre quand nous nous croyons obligés de dominer. Le rejet du Messie par son peuple s’explique par la difficulté particulière qui était la sienne d’accepter une telle guérison. Elle supposait qu’il renonce à s’estimer supérieur aux autres nations du fait de son extraordinaire élection. Il lui fallait admettre que ce don unique venait du Père comme tous les autres : « Nul ne vient à moi si le Père ne l’attire. » Nous ne devons donc pas nous enorgueillir, comme étant nôtres, des privilèges qui nous sont accordés par Dieu, car tout bien vient de lui et doit bénéficier à tous.

Passer par ce renoncement ne peut être qu’une expérience douloureuse et violente en nous-mêmes. Ainsi le prophète Élie, comprenant enfin qu’il n’est pas meilleur que ses pères, en conçoit une telle amertume qu’il demande la mort ! Mais il accomplit alors un passage vraiment résurrectionnel en acceptant d’être nourri et relevé par Dieu pour pouvoir poursuivre sa mission.

Faire le sacrifice de nos prétentions à nous élever au-dessus des autres par nos talents et mérites personnels va-t-il nous désabuser et nous démobiliser ? Dieu nous en garde ! Que chacun, au contraire, continue à s’efforcer d’exceller de toutes les manières, d’autant plus que sa contribution profitera à tous et que tous en rendront grâces avec lui.

Il y a de nombreuses façons de gâcher la fête de la vie par nos mauvais mouvements de rivalité, de jalousie, d’orgueil et d’envie entre nous. Il en est une seule de la réussir : croire au Christ Jésus, le Fils de Dieu venu dans notre chair en qui nous vient tout bien de son Père, et suivre son chemin de charité à l’égard de tous les hommes.

Voilà ce que signifie le signe des pains, réalisé dans l’Eucharistie qui nous rassemble pour le repas où Dieu se donne en nourriture de vie éternelle, jusqu’au jour des noces de l’Agneau, quand Dieu sera tout en tous.