Dimanche 30 août 2009 - 22e dimanche de l’année B

Faut-il jeter ce qui est périmé ?

Deutéronome 4,1-2.6-8 - Psaume 14,1-5 - Jacques 1,17-18.21b-22.27 - Marc 7,1-8.14-15.21-23
dimanche 30 août 2009.
 

Vous pensez à la nourriture, encore, je parie. Mais le concept de péremption est d’abord juridique. Peremptus en latin, participe passé du verbe perimo qui signifie littéralement détruire, anéantir, puis tuer, faire périr, qualifie métaphoriquement une disposition qui n’a plus cours en Droit.

Dans notre évangile, il est question de dispositions juridiques au sujet de la nourriture. Le fait est que pour nous, chrétiens, les interdits alimentaires de la Loi mosaïque sont périmés. Par exemple, nous pouvons manger du porc, et de tout le reste aussi d’ailleurs. Pourquoi ?

Certains disent que ces tabous culinaires n’ont aucun sens et que ceux qui les observent sont bornés ou hypocrites. Mais Dieu aurait-il ordonné à Israël des pratiques stupides ou mauvaises ? Ou bien, serait-ce un autre Dieu, celui de l’Ancien Testament, que le Dieu du Nouveau ? Faut-il déclarer tout cela, y compris le peuple juif, périmé et donc bon à jeter ?

Je pense au Psaume 30 (31) : « On m’ignore comme un mort oublié, comme une chose qu’on jette. » Ce passage fut prié par Jésus, Notre Seigneur, et surtout vécu par lui. Lui qui a observé ponctuellement, n’en doutons pas, toutes les prescriptions de la Torah, y compris ses interdits alimentaires. Lui qui a dit : « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir. » Les reproches qu’il adresse aux pharisiens et aux scribes dans l’évangile d’aujourd’hui sont à comprendre dans le cadre de l’événement historique de sa venue : ceux qui observaient fidèlement la Loi de Moïse auraient dû reconnaître le Messie. En le rejetant, ils ont manifesté l’hypocrisie de leur pratique. Ils se sont attachés à leurs traditions au point de se fermer à l’avènement de Dieu. D’ailleurs, nous aurions tort de négliger la portée de cet avertissement pour nous-mêmes aujourd’hui.

De plus, certes, les “préceptes de servitude”, ainsi que les appelle saint Irénée s’appuyant sur l’enseignement de saint Paul, ont été abrogés par la croix du Christ qui nous en a libérés. Mais cela ne signifie pas que ces préceptes aient été mauvais ou absurdes. Ils ont été nécessaires pour la première phase, si l’on peut dire, du plan de salut de Dieu pour l’humanité.

L’élection d’Israël était juste et bonne, puisque c’est ainsi que Dieu a jugé bon d’agir. La mise à part du peuple saint au milieu des païens impliquait entre autres des règles de pureté rituelle et des interdits alimentaires. Après Pâques, un temps nouveau s’ouvre où juifs et païens sont appelés à entrer dans l’Église. Pour les disciples du Christ, les lois rituelles juives sont bien dépassées, périmées. Mais ni l’Ancien Testament, ni le peuple juif ne sont rejetés. Ils font partie de l’œuvre de Dieu, définitivement.

Les vrais chefs-d’œuvre du passé, qu’il s’agisse de musique, d’architecture, de littérature, de sculpture ou de peinture, sont vivants au milieu de nous : ils nous instruisent et nous inspirent d’une façon inépuisable et toujours renouvelée. Le fait qu’ils soient techniquement dépassés nous dissuade de nous borner à les copier indéfiniment, mais n’ôte rien à leur valeur. À bien plus forte raison les Écritures où se dit la Parole de Dieu et la nation qu’il a aimée d’un amour sans repentance sont vivantes pour nous aujourd’hui, pour nous instruire et nous inspirer.

L’Évangile nous apporte une lumière nouvelle qui, projetée sur l’Ancienne Alliance, nous en révèle la contribution essentielle à l’événement de Dieu pour notre temps. Si la Nouvelle dépasse radicalement l’Ancienne, loin que ce soit pour la mépriser comme un mort oublié, une chose qu’on jette, c’est afin aussi de manifester sa gloire et de la faire entrer dans la joie, comme Moïse et Élie au jour de la Transfiguration du Seigneur.

Car, nous le savons, nous qui, malgré l’indignité de tout ce qui sort de nous et nous rend impurs, sommes « les premiers appelés de toutes ses créatures », Dieu n’a pas voulu jeter au néant le monde qui était tombé au pouvoir de la mort et du péché, mais le récapituler dans le Christ au jour de sa venue dans la gloire.