Dimanche 6 septembre 2009 - Vingt-troisième dimanche B

Allons faire un tour !

Isaïe 35,4-7a - Psaume 145,7-10 - Jacques 2,1-5 - Marc 7,31-37
dimanche 6 septembre 2009.
 

"Allons faire un tour !" : d’où vient que cette invitation sonne tranquille et agréable, alors que, qui sait si ce tour ne nous conduira pas en terres hostiles, sur des chemins peu sûrs et par un temps menaçant ?

C’est qu’un “tour” suppose qu’on revienne à son point de départ : voilà ce qui nous rassure. Notre peur de partir n’est-elle pas toujours, au fond, la crainte de ne pas en revenir ?

Jésus, aujourd’hui, fait un grand tour. Passer par Sidon pour se diriger vers le lac de Galilée, c’est, pour revenir dans son pays, décrire une grande boucle au large, parcourir et englober ainsi les terres païennes et hostiles qui bordaient le nord d’Israël. Mais le plus surprenant est que le point d’arrivée soit désigné comme « en plein territoire de la Décapole » : la rive orientale du Lac constituait certes la frontière ouest de cette région des « Dix villes », mais elle ne se situait pas « en plein dedans ».

La solution de l’énigme est de voir dans cette notation géographiquement détonnante la révélation du vrai but du Seigneur : faire de ces terres païennes, étrangères et hostiles, son vrai point de départ, sa propre patrie.

Jésus est le Fils de Dieu sorti pour prendre chair parmi nous afin de nous ramener à son Père. Voilà le grand tour accompli par le Verbe éternel en son incarnation et sa passion, son anéantissement et son abaissement qui le conduisent à la résurrection et à l’exaltation dans la gloire.

Quand il arrive en Décapole aujourd’hui, ce n’est pas la première fois en saint Marc. Au chapitre cinq, il était tombé sur un possédé qui vivait dans les cimetières. Les démons dont il l’avait délivré ayant demandé de pouvoir se réfugier dans les troupeaux de cochons du pays, il l’avait permis, après quoi tous s’étaient précipités dans la mer. En conclusion de cette étrange affaire, les habitants avaient supplié le Seigneur de s’en aller. Cette fois, au contraire, on lui amène un sourd-muet pour qu’il le touche.

Le traitement que lui applique Jésus ressemble extérieurement aux pratiques des guérisseurs païens : manipulations, salive, grondements et formules étranges. L’infirme n’a guère dû s’en étonner. Nous si. Mais à bien y regarder, ce qui se cache et se révèle dans le texte est le mystère de notre recréation par le baptême dans la mort et la résurrection du Seigneur.

Dieu avait modelé l’homme avec l’argile, comme un potier, puis lui avait insufflé la vie de son propre souffle. Le mal entré dans le monde a pour ainsi dire arrêté l’œuvre de Dieu, il lui a infligé une “décréation” qui laissait l’homme et tout être comme inachevé. Jésus, ici, reprend et accomplit l’œuvre contrariée : il “creuse” les oreilles de l’homme de ses propres doigts, et lui donne la parole de sa propre salive. Il agit ainsi en bon artisan aux mains sûres, vaillant travailleur de la matière à laquelle il donne forme. Mais sans le don de l’Esprit dont le comble le Père, l’œuvre de ses mains ne saurait réussir, c’est pourquoi il soupire vers le ciel. Les mêmes gestes et paroles évoquent aussi la croix : là il étendit les mains et cria vers son Père avant de rendre l’esprit, et il a été exaucé.

Jésus, lui, est retourné vers son Père. Mais son œuvre continue en nous et par nous. C’est pourquoi nous ne pouvons l’accomplir par d’autres voies que lui. Comme lui, nous devons nous y consacrer avec nos pauvres moyens, de tout notre cœur, en criant chaque jour vers le Père sans qui notre œuvre serait vaine. La prière du pauvre traverse les cieux, tandis que si nous comptons sur la richesse et sur les riches, comme ceux à qui s’adresse saint Jacques, nous nous trompons d’espérance. Mettons plutôt notre confiance en Dieu qui nous exhorte depuis les temps du prophète Isaïe à croire à son retour, à sa “revanche”.

Allons donc courageusement là où la mission nous envoie, sans affolement devant le mauvais temps, les embûches du chemin ni l’hostilité des hommes. Le Seigneur a déjà vaincu le monde : si nous lui sommes fidèles, il nous ramènera à bon port comme il l’a promis, c’est-à-dire à son Père qui s’est fait le nôtre dans le don du baptême en son Fils. Alors, toute terre étrangère fleurira dans l’action de grâce au Créateur, car l’Esprit du Seigneur remplira l’univers mieux que l’eau ne couvre les mers.