Dimanche 13 septembre 2009 - Vingt-quatrième dimanche B

On s’est connu, on s’est reconnu... dans le tourbillon de la vie

Isaïe 50,5-9a - Psaume 114,1-6.8-9 - Jacques 2,14-18 - Marc 8,27-35
dimanche 13 septembre 2009.
 

On s’est connu, on s’est reconnu... dans le tourbillon de la vie. Vous connaissez la chanson, elle se termine bien. C’est sympathique, mais on n’y croit guère, à la fille avec des tas de bracelets et son admirateur qui se perdent de vue et se reperdent de vue, et puis à la fin ne se quittent plus. Pourquoi ces intermittents du jeu amoureux guériraient-ils de leur bougeotte ? À l’usure ? De guerre lasse ?

Une relation ne s’approfondit pas simplement de fête en fête, parce que le temps passe et qu’on prend de l’âge. Il y faut des orages et des crises, des tempêtes extérieures à affronter ensemble et même parfois de mauvais vents qui soufflent entre les amants au point d’emporter les sentiments comme fétus de paille, mais auxquels on choisit de faire front à deux.

Telle fut la relation entre le Seigneur et son peuple, d’abord aux temps des commencements, avec les patriarches, la sortie d’Égypte et le désert, lune de miel autant que lieu de l’épreuve et des tentations. Moïse représente cette première époque. La deuxième fut le drame de la Terre : sa conquête par Josué, sa possession maladroite avec les Juges et les rois, et sa perte jusqu’à l’exil. Élie symbolise ce mouvement où le peuple fut emporté comme dans un tourbillon, lui qui fut enlevé au ciel et dont on attendait le retour. Enfin, jusqu’à la venue du Seigneur, les rescapés de Babylone, petit reste arraché à la fournaise, continua à brûler d’espoirs toujours déçus de restauration magnifique. Dans ce creuset se forma la flamme d’une espérance nouvelle dont Jean-Baptiste fut le dernier héraut, celui qui annonça le dépassement de l’Alliance.

Ainsi, quand “les gens” évoquent au sujet de Jésus successivement Jean-Baptiste, Élie et Moïse (le “premier prophète” plutôt qu’”un des prophètes”, lui qui avait annoncé la venue d’un “prophète comme lui”), ils se montrent plutôt intelligents. Remontant l’histoire de l’Alliance, ils manifestent leur intuition de son accomplissement en la personne du Seigneur. Et Pierre, dans sa réponse au nom des Apôtres, transforme cette intuition en nette affirmation : « Tu es le Messie. »

Certes, les fils d’Israël en étaient venus à se faire trente-six idées du Messie, dont deux ou trois avaient plutôt la faveur du peuple ou des élites. Mais ce mot signifie : « Celui qui a reçu l’onction ». L’onction en question, nous le savons, est celle de l’Esprit Saint, qui est Dieu et don de Dieu. Ainsi, Jésus est vraiment le Messie. Inutile de déclarer qu’il est plus que le Messie : en fait, c’est le Messie qui est plus que ce qu’on croyait. La révélation de Jésus dans les Écritures, dans l’Ancien Testament, était bien complète, mais trop forte pour être reçue par ses premiers destinataires. Ainsi, par exemple, les savants expliquent que nulle part il n’y est question des souffrances du Messie. Mais, vous venez de l’entendre au livre du prophète Isaïe, les souffrances du Serviteur de Dieu sont bien annoncées, et déjà vécues par certains. Or, il est écrit : « L’Esprit du Seigneur repose sur moi, car le Seigneur m’a consacré par l’onction. » Ce serviteur n’est donc autre que le Messie, et il devait souffrir !

En fait, c’est tout au long de l’Alliance que Dieu s’est en quelque sorte engagé physiquement avec son peuple, affrontant orages et tempêtes, faisant front contre les mauvais vents de la trahison et de l’idolâtrie en la personne de ses prophètes fidèles, eux en qui son Esprit s’est accoutumé à vivre en l’homme. C’est ainsi que la relation d’amour du Seigneur et de son peuple s’est approfondie, en vue du jour où, après bien des tours et des détours d’infidélités et de châtiments, les Noces pourraient se célébrer d’une manière définitive, excluant toute nouvelle séparation. Ce jour est celui du Seigneur Jésus, le Messie d’Israël et le Sauveur du monde, celui qu’annonçaient les Écritures.

La confession de Pierre est juste et complète. Mais il ne suffit pas de la foi, encore faut-il qu’elle soit agissante. Pierre trébuche sur la nécessité de vivre vraiment ce qu’elle implique, car il pressent que ce que souffrira son maître, il devra le souffrir aussi. Nous ne sommes pas différents de Pierre. Il nous faut croire aux souffrances du Messie et souffrir en nous-mêmes l’action de cette foi qui est pour notre purification, notre conversion et notre association au ministère salvifique de Jésus.

Les annonces de la passion sont toutes également annonces de la résurrection. L’une ne supprime pas l’autre. La résurrection n’est pas pour Dieu : il est Vivant, éternellement. Elle est pour l’homme. Elle est pour Jésus parce que, vrai Dieu, il est vrai homme. Elle est pour nous. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons.

Oui, le peuple de Dieu tout entier, et chacun de nous, doit accueillir le don de l’entrée dans l’Alliance par le baptême dans la mort du Seigneur en assumant toute l’histoire sainte de Dieu sauveur d’Israël et du monde, selon la foi de l’Église. C’est ainsi que nous le connaissons dès ici-bas, que « nous marchons en présence du Seigneur sur la terre des vivants », ainsi que le chante le psalmiste. Alors nous le reconnaîtrons au dernier jour, quand nous le verrons face à face et que rien ne pourra plus nous séparer de l’amour du Messie, du Christ sauveur de tous.