Dimanche 20 septembre 2009 - Vingt-cinquième dimanche B

« S’il n’y a personne, on peut faire ce qu’on veut ! »

Sagesse 2,12.17-20 - Psaume 53,3-5.7b.6.8 - Jacques 3,16 - 4,3 - Marc 9,30-37
dimanche 20 septembre 2009.
 

« S’il n’y a personne, on peut faire ce qu’on veut ! » : réflexion engageante ou inquiétante ? Quand les parents sont absents ou le professeur parti, les enfants sont tentés de se réjouir : la liberté qui s’ouvre devant eux les enivre. Mais que de désordres en perspective ! Ce qui leur semble un bonheur n’est qu’un piège.

Qu’est-ce qui rend un enfant heureux, vraiment, sinon la satisfaction de ses besoins élémentaires, l’affection de ceux qui la lui procurent et l’autorité bienveillante dont ils l’entourent ? En somme, la vie tout simplement fait son bonheur, et ceux qui la lui donnent. Il n’a pas besoin des cours de la bourse ni des sondages d’opinion dont les grands se repaissent pour se rassurer sur le niveau de leurs richesses ou de leur pouvoir.

Non que les démons ne hantent aussi son cœur : ils lui inspirent caprices et convoitises dès sa naissance, ne laissant pas ses parents ignorer qu’il vient au monde avec les mêmes tourments qu’eux. C’est pourquoi père et mère prennent soin de l’en garder et de l’élever avec fermeté. D’ailleurs, l’arrivée d’un frère ou d’une sœur, ou l’insertion dans un groupe social comme la crèche ou l’école, donne lieu aux rivalités et jalousies qui ne rendent que plus nécessaire la présence des éducateurs auprès des petits. Laissés à eux-mêmes, ils donneraient cours à leurs penchants mauvais.

Quand Jésus leur annonce avec insistance sa passion prochaine, s’ils sont désorientés et plein d’incompréhension, les Apôtres pressentent du moins que le maître va disparaître. Ces hommes choisis par le Christ ne sont pas des gamins mal élevés, pourtant leur réaction ressemble à celle de ceux qui se disent : « S’il n’y a personne, on peut faire ce qu’on veut ! » Sans doute habillent-ils leur soudaine ambition d’un vernis de responsabilité : ne faudra-t-il pas que l’un d’entre eux remplace le chef de leur groupe ? Mais, du coup, les voilà enfermés dans leur débat entre eux, coupés du dialogue nécessaire avec le Seigneur : aucun n’ose interroger Jésus et, quand ce dernier leur demande de quoi ils discutaient en chemin, ils se taisent. C’est comme si le maître n’était déjà plus là.

Un des paradoxes de la venue de Dieu parmi nous est que le moment culminant de sa révélation, la croix, est aussi celui de sa disparition. Le malheur des hommes vient de l’absence apparente de Dieu en ce monde. Toujours la tentation est forte de penser : « S’il n’y a personne, on peut faire ce qu’on veut ! » Aussi, chacun veut être le premier car il se dit que quand il n’y aura personne au-dessus de lui, rien ne l’empêchera de satisfaire toutes ses envies. Or, la passion du Seigneur, en révélant le salut, révèle aussi le péché : le Fils de l’homme a été livré aux mains des hommes, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu.

La foi chrétienne est dans la résurrection du Seigneur. Sa présence au milieu de nous reste mystérieuse : comme les autres hommes, nous devons choisir parmi nous ceux qui tiennent lieu de maîtres pour les autres. Mais si notre foi est vraie, nous ne pouvons exercer l’autorité comme ceux qui pensent qu’il n’y a personne. Nous qui portons le nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint, nous devons mettre notre joie, comme des enfants obéissants, dans la vie qui nous est donnée et redonnée, et non dans la grandeur que procurent le pouvoir et la richesse.

« Par l’annonce de la Bonne Nouvelle, Dieu nous appelle à partager la gloire de Notre Seigneur Jésus Christ », dit le “trait de l’évangile” d’aujourd’hui. Cette gloire, qui est celle de la croix, est la seule qui doit nous attirer et nous motiver. Elle est la même pour tous, quelle que soit la place de chacun dans le corps, qu’il soit premier ou dernier parmi nous. N’interrompons jamais le dialogue avec le Père tout-puissant, tel que le Fils, le Serviteur de Dieu, l’a établi pour nous : que l’Esprit Saint nous inspire sans cesse la prière commune que nous avons reçue du Sauveur. C’est elle qui fait de nous une famille purifiée des rivalités et jalousies d’où naissent désordres et malheurs sans fin. Et si nous sommes retombés dans la misère des hommes qui ignorent la paix, que notre bouche s’ouvre en réponse au Seigneur qui nous interroge sur les pauvres débats qui nous ont divisés et meurtris : Oui, nous avons péché, prends pitié de nous !

La croix du ressuscité sans cesse nous le rappelle : non nous n’avons pas été abandonnés à nos mauvais penchants et laissés à nous-mêmes pour notre malheur. Par bonheur il y a quelqu’un au ciel qui nous invite à faire ce qu’il veut, et à partager la joie d’accomplir sa très douce volonté.