Dimanche 27 septembre 2009 - Vingt-sixième dimanche B - Baptême d’un petit enfant : Thomas

Le diable est dans les détails. Et le Bon Dieu ?

Nombres 11,25-29 - Psaume 18,8.10.12-14 - Jacques 5,1-6 - Marc 9,38-43.45.47-48
dimanche 27 septembre 2009.
 

Le diable est dans les détails. Et le Bon Dieu ? Expression à la mode, « Le diable est dans les détails » signifie par exemple qu’un plan grandiose peut s’effondrer pour un rien qui ne se passe pas comme prévu. Certains suggèrent qu’il existe une expression française opposée, plus rare sans doute : « Le Bon Dieu est dans le détail ». Je ne sais pas, mais qu’importe. L’essentiel est de savoir si diable ou Bon Dieu il y a. Et d’abord s’il s’agit d’un détail ou non.

Une main, un pied, ce n’est pas rien ! Demandez aux parents qui tiennent à leur enfant comme à la prunelle de leurs yeux. Mais quand on me mettra en terre, l’intégrité de mon corps ne sera plus qu’un détail.

Ou encore : qui a fait ce beau discours ou ce trait d’esprit, qui a accompli cet exploit, cela compte pour nous. Mais s’il s’agit de la révélation même de Dieu, qu’importe celui par qui elle s’est réalisée : Moïse, Josué, Eldad ou Médad, Jean ou d’autres que lui et ses disciples, Paul ou Apollos, c’est un détail quand le Verbe éternel lui-même agit en celui qui baptise, et l’Esprit Saint en celui qui prophétise.

Réciproquement, nous tenons tous un verre d’eau pour peu de chose en général. Mais, en certaines circonstances, des hommes et des femmes ont donné tout ce qu’il leur restait de précieux pour quelques gorgées de ce pauvre liquide.

Les financiers chiffrent la valeur de presque tout dans l’entreprise, et ils n’ont pas tort, jusqu’à un certain point : sans eux, des gaspillages énormes se commettent au nom d’économies de bouts de chandelles. Ou encore : de plus en plus, nous sommes appelés à évaluer « l’empreinte carbone » de nos activités, et certes il est urgent de prendre garde à la dégradation de l’environnement. Mais les fils de Lumière ne devraient-ils pas être aussi habiles que les fils de ce monde ? Le plus important n’est-il pas l’enjeu de justice et d’amour qu’engagent nos actions ?

Les quelques pièces dues au travailleur et restées dans la poche du patron, un jour quelque part, crient vers le ciel contre lui encore aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps. Cette somme infime pour lui, mais qui était la vie de l’homme à qui il la devait, l’attend pour le jour du Jugement.

Faites bien attention, frères. Certes, nous mettons notre confiance dans le Seigneur en qui nous sommes baptisés : en lui, par la foi, nous échappons au jugement, nous sommes graciés. Mais le salut ne s’accomplit pas au détriment de la justice. Toute injustice viendra en jugement, et tout sera traité. La question du bien ou du mal, à décider ici et maintenant, et celle du Jugement qui nous attend à la fin des temps sont les deux aspects d’une seule et même réalité : notre responsabilité morale devant Dieu et les hommes.

En vérité, le baptême est notre salut, et plus que notre salut. Il nous introduit dans une vie éclairée par l’Évangile en sorte que nous fuyions le mal et accomplissions les œuvres de l’amour. Il nous ouvre les yeux sur ce qui est abominable aux yeux de Dieu, comme de faire gravement tort à notre prochain pour satisfaire un désir auquel nous aurions dû renoncer par amour pour lui. Mais, du coup, nous voyons plus clairement aussi les infinies possibilités de pratiquer la charité dans tous les détails de notre vie. Quelles potentialités de joie partagée nous sont ainsi révélées et offertes ! Tu le vois, Thomas, le baptême, ce n’est pas “pour rire”, mais c’est pour être heureux, vraiment.

Allons, frères, ouvrons les yeux sur la Lumière sans attendre la mort. Que la clarté pascale dans laquelle nous entrons en passant par le baptême dans la passion du Christ chasse le diable de tous les lieux de notre vie et fasse resplendir l’amour du Bon Dieu dans le monde d’aujourd’hui.