Dimanche 18 octobre 2009 - Vingt-neuvième dimanche B - Fête paroissiale de la Dédicace - Entrée en catéchuménat de quatre adultes

Vive la mariée !

Ez 47,1-2.8-9.12 (au lieu de Isaïe 53,10-11) - Psaume 45,2-3.5-6.8-10 (au lieu de Psaume 32,4-5.18-20.22) - Hébreux 4,14-16 - Marc 10,35-45
dimanche 18 octobre 2009.
 

Vive la mariée ! Qu’elle est belle, toute parée pour son époux, éblouissante de ses multiples perfections ! L’art de l’habillage, de la coiffure et du maquillage ont gommé ou masqué tous ses défauts...

Comment ça, ses défauts ? Qui aurait le front de songer à mal à son sujet, en ce jour le plus beau de sa vie ? Peut-être quelques bonnes amies chuchotant à son sujet sans trop de bienveillance. Pourquoi ? Par jalousie, cela arrive, n’est-ce pas ?

La jalousie est un vilain défaut, là-dessus tout le monde est d’accord. D’autant que ce sentiment signale un manque, voire un défaut : raison de plus pour avoir honte d’être jaloux et s’en défendre énergiquement. À l’inverse, du fait que l’orgueil signale en principe une supériorité, on peut aller jusqu’à revendiquer avec fierté ce qui n’est pourtant pas un moins vilain défaut.

En réalité, orgueil et jalousie peuvent se comprendre comme deux aspects de l’envie, ce péché capital qui englobe en un sens tous les autres. Il s’agit en effet de la convoitise interdite par le dixième commandement, où l’on peut voir le péché même du diable, celui de vouloir être Dieu à la place de Dieu. Ne croyez-vous pas qu’il nous atteint tous plus ou moins, aussi dans cette communauté paroissiale que nous formons ? D’ailleurs, certains parmi vous sont peut-être tentés de chuchoter maintenant, sans trop de bienveillance, à mon sujet : qu’est-ce qui lui prend de nous parler de péché en ce jour de fête paroissiale, essaie-t-il de nous recaser son cours « Morale et Foi » de l’an dernier ? Or, justement parce ce jour est une fête pour nous, il importe que nous évoquions nos défauts. N’est-il pas écrit « Je mettrai mon orgueil dans mes faiblesses » ?

À vrai dire, l’évangile du 29e dimanche de l’année B que nous avons gardé pour cette célébration nous met sur la piste de l’ambition orgueilleuse et de la jalousie, avec la demande des deux fils de Zébédée et la réaction indignée des dix Apôtres restants. Malgré les forts vilains défauts que signale la conduite des uns et des autres, Jésus réagit avec beaucoup de mesure. C’est que, comme l’écrit l’auteur de la lettre aux Hébreux, « il n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses il a connu l’épreuve comme nous, sauf le péché. » Oui, il a senti en lui-même ces terribles mouvements de l’envie qui nous mordent le cœur de multiples façons. Seulement, lui n’a jamais cédé à la tentation. C’est pourquoi il peut non seulement nous considérer avec miséricorde, mais aussi nous guérir.

Quelle différence y a-t-il entre notre Église catholiques et les institutions humaines ? Même les dirigeants d’entreprises ou de gouvernements se targuent de “servir”, et ce n’est pas faux. Si les mêmes faiblesses et corruptions se rencontrent dans nos hiérarchies, comment pourrons-nous soutenir « qu’il n’en est pas ainsi parmi nous » ? Une seule différence est essentielle : Dieu le Père de tous n’abandonne aucun homme ni aucune institution, mais il a surtout donné son Fils qui se tient dans l’Église comme le Temple d’où coule l’eau qui accomplit toute guérison et purification.

Voyez la Sainte Vierge, l’Immaculées Conception sous le patronage de qui notre église a été consacrée : elle présente inlassablement son Fils aux fidèles qui se tournent vers elle. Sur la croix où s’accomplit son véritable baptême dans la mort, il laisse couler de son côté le sang et l’eau, afin d’être celui qui réalise la présence de son corps et de son sang dans nos Eucharisties, et le rocher où nous devons sans cesse nous abreuver. Prier, c’est boire à cette source de toute miséricorde et sanctification. Le péché domine le monde : si nous prions, « il n’en est pas ainsi parmi nous », mais sinon ? Oui, forts de la prière de la Vierge Marie, nous pouvons mettre notre orgueil dans nos faiblesses quand nous considérons que le Christ a donné sa vie pour nous libérer du péché et pour se présenter à lui-même l’Église comme une épouse pure et sans tache. Oui, quand l’envie me mord le cœur sous les espèces de la jalousie, de l’orgueil ambitieux, de la malveillance ou du désespoir, un regard vers le Christ mort et ressuscité adoucit aussitôt l’amertume de mon âme, y versant les consolations indicibles de son amour inlassable.

Voilà le service divin qu’il accomplit pour nous et pour lequel nous rendons grâce en ce lieu qu’il a bien voulu consacrer à son culte. Joyeux de ce don merveilleux et inépuisable, nous pouvons nous écrier dans l’Esprit Saint : « Vive l’Église, l’épouse bien-aimée du Christ, pour la gloire de Dieu le Père ! »