Nuit du 24 au 25 décembre 2009 - Nuit de Noël

Une nuit, un enfant qui avait deux souhaits reçut trois cadeaux de ceux qui l’aimaient.

Isaïe 9,1-6 - Psaume 95,1-3.11-13 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
vendredi 25 décembre 2009.
 

Une nuit, un enfant qui avait deux souhaits reçut trois cadeaux de ceux qui l’aimaient. Le premier le fit bondir de joie : c’était exactement ce qu’il voulait !

Tout content, il tardait à ouvrir le suivant ; il hésitait, ne sachant trop pourquoi. Étrange en effet lui apparut ce qu’il découvrit. Il s’en étonnait, et pourtant il lui semblait aussi qu’il s’en doutait. Ce don inquiétant venait réaliser un sombre pressentiment refoulé au plus profond de lui-même. Il était pourtant manifestement très précieux, bien plus encore que le premier. De lui émanait une clarté voilée, comme d’une étoile tombée en terre, éveillant en l’enfant une douleur nimbée de mystérieuse tendresse.

Longtemps il resta perdu dans sa contemplation avant de commencer distraitement à ouvrir le troisième présent. De ce qui se révélait à lui, il ne sut d’abord que penser. Ce qu’il voyait de plus en plus nettement à travers ses larmes qui séchaient ne ressemblait à rien de ce qu’il s’était imaginé, et pourtant cela se révélait peu à peu clairement comme l’accomplissement inespéré du plus grand de ses deux souhaits : c’était ce qu’il n’avait même jamais osé rêver, en infiniment mieux.

Et soudain il vit que les trois cadeaux n’en faisaient qu’un, et que c’était là le plus beau de l’affaire !

Qui est cet enfant ?

Cet enfant, chers amis, c’est Pierre, Paul ou Jacques, c’est Syméon au Temple ou Anne, cette femme “qui était prophète”, c’est Marie chaque jour de sa vie... Cet enfant, c’est Israël ouvrant les yeux sur le Messie qui lui est né cette nuit pour la joie des bergers et des anges.

Israël, en effet, enfant chéri du Dieu Très-Haut, attendait deux Messies. Le premier, le plus connu, devait apporter au peuple le salut, “shalom”, c’est-à-dire la paix, la joie et la prospérité, par la victoire définitive sur tous ses ennemis et l’instauration d’un règne de justice sur la Terre du Seigneur. Tel était le fils de David qu’annonçaient tant de voix prophétiques, comme celle d’Isaïe que nous venons d’entendre en première lecture. Mais le peuple de l’Alliance espérait aussi un autre Messie qui serait, lui, fils de Joseph.

Rappelez-vous : Jacob, qui reçut le nom d’Israël, avait douze fils. L’aîné, Ruben, s’étant rendu odieux à son père, fut déchu de son droit d’aînesse. Le quatrième était Juda, et le onzième Joseph, premier-né de l’épouse très chérie, la belle Rachel. Or, au livre des Chroniques, il est écrit que la primauté de Ruben était passée à Joseph : « En effet, Juda fut le plus grand parmi ses frères et de lui est issu celui qui devint prince (David), mais le droit d’aînesse était à Joseph » (1 Chroniques 5,1-2). Le Chroniste ne fait ici que prendre acte de ce que les récits de la Genèse prouvent abondamment.

Joseph, le jalousé vendu par ses frères qui voulaient le tuer, l’exilé en terre étrangère devenu l’Égyptien, aussi grand que Pharaon sur sa terre, vit son père et ses frères se prosterner devant lui, selon ce qu’il l’avait entrevu enfant dans un songe prophétique. Il fut le sauveur de son peuple qui, poussé par la famine, venait chercher sa subsistance sur les bords du Nil ; et non seulement de son peuple, mais de toutes les nations pour la même raison. De là cette attente, moins populaire que la première mais tout aussi biblique, d’un Messie investi d’une royauté universelle dont le rôle salvifique s’étendrait à tous les peuples. C’est un tel Messie que reconnaît en Jésus la lettre de saint Paul à Tite, entendue en deuxième lecture.

Vous l’avez compris, le nouveau-né de cette nuit accomplit en sa personne l’attente de l’un et l’autre Messie, c’est pourquoi il est fils de Joseph et, par lui, fils de David, lui-même issu de Juda à qui la royauté fut promise pour sa descendance. Voilà donc le premier et le troisième des cadeaux que reçoit Israël en la seule personne de Jésus. Mais qu’en est-il du deuxième ? Le deuxième, c’est le Serviteur souffrant du Second Isaïe, l’abaissement du Juste humilié, torturé et mis à mort pour les coupables.

Cet abaissement se réalise de façon inouïe dans l’Incarnation. Terrible folie de Dieu ; folie d’amour, certes, qui se révèle plus sage que la raison des hommes. Voilà le cadeau dont Israël portait le pressentiment tout en le repoussant, cadeau qui accomplit la médiation des deux autres et leur réunion en un seul. Voilà le mystère de Noël qui s’accomplira dans la Pâque du Christ.

Les petits en Israël l’ont reconnu, nous ne pouvons le reconnaître autrement qu’eux : il nous faut devenir cet enfant qui se laisse combler en se laissant conduire sur le chemin des trois cadeaux de Dieu. Ouvrons-lui les trois lieux de nos attentes : nos désirs primaires de santé, de sécurité et de prospérité pour nous-mêmes et nos familles, nos grandes aspirations pour la planète, pour les pauvres de la terre, pour la justice en toutes les nations, et la blessure de notre humanité avec nos faiblesses, nos humiliations, nos frustrations, nos deuils et nos douleurs innombrables. Alors nous pourrons recevoir de lui son Fils en reconnaissant qu’en nous le donnant il nous a tout donné.

Accueillons, dans l’adoration de l’enfant de la crèche et, plus encore, dans la communion eucharistique celui en qui les deux natures sont unies, l’humaine et la divine : en le recevant, nous serons comblés de l’amour des Trois qui ne font qu’Un.