Dimanche 3 janvier 2010 - Épiphanie du Seigneur

On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3a.5-6 - Matthieu 2,1-12
星期日 2010年1月3日.
 

"On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve": par cette formule, Héraclite d’Éphèse prononçait l’incessant changement universel, l’impermanence de toutes choses. Mais, si tout s’écoule, y a-t-il un Fleuve ? Quelles seraient sa source, les rives sur son cours et la mer où se jeter ?

Les hommes ont souvent rêvé la pérennité de leur empire et l’éternité de sa capitale. Mais les plus grandes villes, avec leurs tours, s’écroulent un jour. On dit qu’Héraclite connut la destruction de Milet par les Perses en 494 avant Jésus Christ et fut fortement impressionné par l’effondrement de cette cité mère de tant de sages.

À cette époque, Jérusalem, tombée près d’un siècle auparavant sous les coups des Babyloniens, prédécesseurs des Perses, tardait à se reconstruire. L’édit de Cyrus, en 538, permit le retour des exilés et l’entreprise de rebâtir le Temple et la Ville. Mais il y eut loin de la coupe aux lèvres.

Un seul peuple dans l’histoire a jamais prétendu que le Dieu de l’Univers avait choisi un lieu pour y établir sa présence et le lui avait confié. Qu’il l’ait cru plus fort encore après son anéantissement dépasse l’entendement. Non seulement le Lieu devait se relever, mais encore devenir la source et la tête de la terre entière. Non seulement d’elle devait jaillir un fleuve aux bras multiples pour irriguer et assainir les régions lointaines, mais encore en elle devaient s’assembler toutes les nations pour l’emplir, comme un fleuve aux affluents innombrables, de leur louange et de leurs actions de grâce.

En Jésus s’accomplit la prophétie, c’est le sens de cette fête de l’Épiphanie.

Jésus n’est pas né à Jérusalem, vous le savez, mais à Bethléem, ville de Jessé, père de David. À Jérusalem il est mort, ou plutôt à ses portes, et il est ressuscité. Depuis, il est lui-même le Lieu saint et le Fleuve. Jérusalem n’a pas été remplacée : elle fait définitivement partie de l’événement historique de la manifestation de Dieu dans notre chair. La “Rome éternelle” n’est pas une vérité de foi mais une idée de Romains. Rome n’est pas la nouvelle Jérusalem terrestre, mais « Le tombeau des Apôtres », martyrs de l’Agneau, le signe concret que la ville de David tend vers son accomplissement dans la Jérusalem céleste.

Les Mages représentent tous les hommes appelés à trouver en Jésus le chemin vers Dieu : sans lui, ils resteraient voués à la mort, qu’on appelle aussi le chemin de tout le monde. Loin de lui, nous restons loin de nous-même et de la vie. Attirés à lui, nous le découvrons dans l’adoration et nous pouvons repartir “par un autre chemin” : l’Église, « La Voie », comme l’appelaient les premiers chrétiens. Baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, le Fils de la Vierge Marie, nous devenons en lui et avec lui ce Fleuve qui prend sa source en terre d’Israël et se jette en Dieu pour y conduire tous les hommes.

Beaucoup pensent que toutes les religions sont des chemins vers Dieu plus ou moins équivalents, selon ce qu’aurait déclaré le Concile Vatican II, annulant ainsi la nécessité de convertir les fidèles, par exemple, de l’Islam. Bien sûr que non ! Le Christ Jésus, Messie d’Israël et fils de la juive Marie, est le Chemin, il n’en est pas d’autre. Mais les hommes de civilisations et de religions diverses se rattachent à lui d’une façon que nous pouvons voir pour une part, et qui, pour une part, reste le secret de Dieu. Vatican II s’est prononcé sur la proximité à l’événement Jésus Christ, notamment, des chrétiens non catholiques, des juifs, des musulmans et des adeptes de religions non bibliques. Dieu offre le salut à tous, mais il n’est pas de salut hors du Christ Jésus, le Fils de Dieu fait homme.

Paradoxe suprême de l’Incarnation, celui qui EST s’est fait mortel. Il est PASSÉ de ce monde à son Père afin de se faire le passage de tous ses frères. L’Église qui est son corps passe avec la figure de ce monde, mais, par la puissance de l’Esprit Saint, le Christ demeure en elle, le même hier, aujourd’hui et toujours. Avec le Père il est la source et la fin de tout, pour lui il est le vrai chemin qui conduit à la Vie. Avec son corps qui est l’Église il est le Fleuve, et lui-même en constitue les rives qui sont l’extension de sa charité sans limites. Dans ce fleuve de vie tout homme doit être baptisé une unique fois pour entrer dans l’éternité d’une nouveauté qui ne passera pas.