Dimanche 17 janvier 2010 - Deuxième dimanche Année C - Journée mondiale des Migrants et des Réfugiés

Aller dans la même direction bien qu’en sens contraire, est-ce possible ? Parfaitement !

Isaïe 62,1-5 - Psaume 95,1-3.7-10 - 1 Corinthiens 12,4-11 - Jean 2,1-11
dimanche 17 janvier 2010.
 

L’un partant de Brest et l’autre d’Anadyr, si tous deux mettent cap au Nord, ils vont directement à la rencontre l’un de l’autre. En effet, Anadyr, petite ville russe extrême-orientale du continent eurasiatique à l’embouchure du fleuve dont elle porte le nom, se situe précisément de l’autre côté du monde par rapport à Brest. Et comme la terre est ronde, la direction du Nord s’y prend sur le même méridien, mais en sens opposé. De même l’évangile d’aujourd’hui nous indique une destination commune et le sens des chemins divers qu’il nous faut prendre pour l’atteindre.

Vous avez entendu à la fin : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » Le mot grec traduit par “commencement”, “archè”, signifie “le principe, l’origine”. La visée de toute l’œuvre de Jésus est le banquet des Noces de l’Agneau, l’accomplissement eschatologique (final) de l’Alliance de Dieu avec les hommes en son Fils par le “mariage” du Christ et de l’Église. L’Eucharistie, “sacrement des sacrements”, signe principal de l’histoire du salut, nous rassemble, nous sanctifie par le sang du Christ qui nous purifie de tout péché (ce sang de l’Alliance qui nous est donné à boire comme le vin des Noces), nous établit dans la charité fraternelle et fait ainsi de nous cette Église promise à l’union parfaite avec son Seigneur.

Que nous nous aimions comme des frères dignes du Christ qui s’est fait l’aîné d’une multitude, lui qui était le Fils unique, voilà l’œuvre de la messe. Faites bien attention à cela : la liberté peut se décréter, comme une abolition de l’esclavage, l’égalité peut s’imposer, comme une juste répartition des charges et des bénéfices, mais la fraternité ne peut que s’offrir comme un don qu’il faut accepter. Vous avez entendu : « C’était à Cana en Galilée. » “Cana”, en hébreu, signifie “créer, procréer”. La messe est l’œuvre de Dieu qui nous recrée dans la fraternité de Jésus, à condition que nous acceptions ce don dans la foi. Voilà pourquoi à la fin de notre évangile apparaît, entre les mentions de la mère et des disciples de Jésus, celle de ses frères. Quant à la Galilée, c’était, vous le savez, “le carrefour des nations” : oui, de tous les peuples Dieu veut faire un peuple de frères, de tous les hommes ses enfants.

Si nous livrons notre être à l’Eucharistie de Jésus, chacun de nous et tous ensemble, nous ne pouvons plus vivre les diversités et les conflits comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Le chemin de chaque individu comme celui de tout groupe particulier doit s’inscrire dans l’unique direction des Noces espérées pour toute l’humanité. Par notre vie, par notre histoire, nous sommes situés en des “lieux” différents parfois très éloignés ou fort opposés. Ascétisme ombrageux ou cordialité prodigue, contemplation retirée ou communication hyperactive, existence souffrante et humiliée ou trajectoire prestigieuse et florissante, le lot des uns n’est pas celui des autres. Mais pourquoi nous mépriser, nous jalouser, nous exclure et nous condamner parce que nos mouvements s’opposent ? Ne craignons pas les conflits, sachons les traverser de sorte que les contraires se révèlent complémentaires dans une conjonction d’œuvres bonnes où la Sagesse sera trouvée juste de toute manière.

Vous avez entendu au début : « Le troisième jour » ; et à la fin : « Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. » Ces mots évoquent la manifestation de Dieu sur le Sinaï, en Exode 19 : après quatre jours de préparation (comme les quatre jours du début de l’évangile de Jean), Dieu donne la Loi à Moïse le troisième jour sur la montagne. Le don que Dieu a fait à son peuple aimé pour toujours, il l’a étendu et élevé magnifiquement en son Fils éternel et bien-aimé. La gloire de Dieu, c’est que nous vivions sa Loi d’amour : la charité fraternelle des disciples est le signe des signes, celui auquel, dit le Seigneur, tous reconnaîtront que nous sommes ses disciples. Seul l’Esprit Saint comme un feu auquel nous devons livrer toutes nos existences peut accomplir cette merveille. La gloire de Dieu, c’est que nous recevions la révélation de Jésus en acceptant de devenir frères, parce qu’enfants du même Père.

Sachons accueillir les migrants et les réfugiés chez nous aussi bien que manifester notre compassion pour les sinistrés d’Haïti : si nous ne sommes pas capables de fraterniser avec nos voisins, que signifie de pleurer pour ceux qui sont loin ? Sachons nous reconnaître entre fidèles d’une même paroisse, d’un même diocèse, aussi bien que rencontrer les chrétiens d’autres confessions : si nous ne portons pas dignement entre nous le nom de catholiques (qui signifie “selon le tout” du dessein de Dieu pour le salut de l’humanité), à quoi bon prétendre nous rapprocher des orthodoxes et des protestants ?

Oui, frères, d’un bout du monde à l’autre aussi bien que de notre porte à celle d’à côté, quand nous allons à la rencontre les uns des autres au souffle de l’Esprit pour une reconnaissance fraternelle, nous nous inscrivons dans la bonne direction : celle de l’Amour qui était avant le commencement et qui sera éternellement.