Dimanche 24 janvier 2010 - Troisième dimanche - Année C

Des femmes prêtres, pourquoi pas

Néhémie 8,1-4a.5-6.8-10 - Psaume 18,8-10.15 - 1 Corinthiens 12,12-30 - Luc 1,1-4 et 4,14-21
dimanche 24 janvier 2010.
 

« Pourquoi pas des femmes prêtres ? », demandent certains. Mais pourquoi ? Et d’abord, pourquoi des prêtres ? Sont-ils bien nécessaires ? Ne ferait-on pas mieux de s’en passer ? D’ailleurs, pourquoi des femmes ?

Commençons par les prêtres : pourquoi nous en faut-il ? Je suppose que tout le monde ici pense : pour la messe. Et vous avez raison. Ce qui nous renvoie à la question de savoir ce qu’est la messe et pourquoi nous en avons besoin.

En fait, c’est justement le thème des lectures d’aujourd’hui. À l’évidence, nous sommes en présence d’une autoréférence et d’une mise en abîme : la première lecture était le récit de la première liturgie de la Parole ; et le commencement de l’évangile selon saint Luc rapportait le commencement de l’annonce évangélique par le Seigneur lui-même dans la synagogue de Nazareth.

La messe, nous sommes bien placés pour le savoir, se compose de deux parties : d’abord la liturgie de la Parole, puis la liturgie eucharistique. Pourquoi ? Parce que « l’eucharistie ne peut se comprendre que comme une suite et une conséquence de l’audition de la parole de Dieu », écrivait le Père Louis Bouyer dans la conclusion de sa célèbre étude sur le sujet. Déjà, dit-il « la Parole, en se disant, réalise ce qu’elle dit » : c’est bien clair dans l’évangile d’aujourd’hui. Ensuite, de même que la prière sacerdotale du Christ « est passée à l’acte dans l’acceptation effective de la Croix, elle passe à l’acte dans notre communion au corps rompu et au sang répandu. »

Autrement dit, la messe réalise de part en part la présence active du Christ à notre temps. Quand je dis “présence”, vous pensez bien sûr à la “présence réelle”. Mais le concile Vatican II nous explique qu’il est aussi présent dans la personne du prêtre, car « celui qui offre maintenant par le ministère des prêtres est celui-là même qui s’offrit alors lui-même sur la croix... Il est là présent dans sa parole, car c’est lui-même qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les saintes Écritures. Enfin il est là présent quand l’Église prie et chante les Psaumes, lui qui a promis : “Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux.” » La présence sous les espèces eucharistiques est réelle par excellence, mais les autres modalités de la présence du Christ n’en sont pas moins réelles, elles aussi, notamment sa présence dans la personne du prêtre.

Dans ces conditions, on comprend qu’être prêtre soit désirable : pour des hommes, et aussi bien pour des femmes. Mais on ne devient pas prêtre parce qu’on en a envie. L’Église ne confère pas l’ordination pour une satisfaction personnelle, mais pour pourvoir à ses besoins. D’ailleurs, c’est vrai aussi pour les candidats hommes : il faut résister à la tentation d’ordonner tous ceux qui le demandent, car tous ne sont pas faits pour ce service. Au demeurant, même ceux qui sont ordonnés doivent renoncer, dans une large mesure, à leur propre satisfaction pour mieux s’offrir à la mission. Et, finalement, tous doivent se réjouir de ce don qu’est un prêtre, qu’ils soient prêtres eux-mêmes ou qu’ils ne le soient pas, car le prêtre est nécessaire pour que le corps, dans la diversité de ses multiples membres, devienne celui de Jésus Christ par la merveilleuse opération de son Eucharistie.

Vous le savez, Jésus est le seul Prêtre, le grand prêtre éternel, lui qui est aussi la victime et le Dieu à qui elle est offerte. C’est pourquoi nous ne pouvons être prêtres autrement que par la présence en nous de celui qui est prêtre, le Christ. Et tout ce qui compte, c’est lui. En même temps, il nous fait réellement prêtres : par le sacrement de l’ordre, nous sommes signe et réalité du Christ prêtre. Or, ce qui s’accomplit en lui, c’est le dessein de Dieu qui veut sauver l’humanité en se liant à elle dans une alliance semblable au mariage de l’homme et de la femme. C’est pourquoi nous sommes signe du Christ époux de l’Église.

Si l’on ne comprend pas que le signe de l’époux, du mari, doit être un homme, c’est qu’on ne comprend plus ce que sont l’homme et la femme. Et dans ce cas, en effet, à quoi bon des femmes ? Pourquoi s’embarrasser de ces êtres qui compliquent notre brave existence buveuse et batailleuse ? Mais si l’on se laisse instruire par le mystère du Christ prêtre, on comprend que la femme est la meilleure part de l’homme, puisqu’elle représente l’humanité que Dieu a tant aimée, jusqu’à désirer l’épouser pour l’éternité.