Dimanche 7 février 2010 - Cinquième dimanche - Année C

Nous tutoyons les sommets comme les bronzés font du ski

Isaïe 6,1-2a.3-8 - Psaume 137,1-5.7-8 - 1 Corinthiens 15,1-11 - Luc 5,1-11
dimanche 7 février 2010.
 

Nous avons transformé la planète en terrain de jeu. Les déserts impénétrables, l’océan aux vagues infinies, le tour altier des plus puissants massifs, nous les avons réduits aux dimensions d’une vidéo sur tout petit écran.

Mais comment s’en étonner, dès lors que le Dieu du ciel qui a fait la terre et la mer, et tout ce qu’elles contiennent, a choisi d’établir sa demeure au milieu des collines, au point que le Fils éternel y est né d’une femme, une nuit en Judée ? Et c’est lui qu’en toutes nos églises nous tenons sous clef dans sa boîte dorée en attendant de le manger !

Nietzsche n’avait-il pas beau jeu de dénoncer cette « familiarité de la patte et du bec » avec la divinité ? Ne faudrait-il pas restaurer le sens du sacré et de la grandeur de Dieu comme le réclament certains ? Mais Nietzsche n’est pas un Père de l’Église, que je sache ! Cette familiarité est un don de Dieu, et les dons de Dieu sont sans repentance. Voudriez-vous en revenir aux fantasmagories de l’homme vivant dans l’ombre de la mort ? Serait-ce pour rien que la Lumière a brillé dans les ténèbres ?

En revanche, soyons clair : là où se perd la conscience de notre péché, la conscience de la sainteté de Dieu et de notre état de pauvre pécheur, là où l’on perd de vue la croix du Fils de Dieu mort pour nos péchés, cette même familiarité bienheureuse se tourne en vanité ridicule et mortelle. Alors nous devenons semblables à ces vacanciers inconscients qui se lancent dans la montagne ou sur la mer comme pour un tour de manège, au péril de leur vie et de celle des sauveteurs qui viendront les chercher.

Seule cette expérience qui fut celle d’Isaïe et des prophètes d’autrefois pouvait garder les serviteurs de Dieu de l’égarement orgueilleux. Ainsi le chef des Apôtres, choisi pour présider à la pêche immense des hommes que Dieu voulait sauver tombant à genoux devant le Maître, ou l’Apôtre des nations, fier du travail gigantesque accompli s’appelant néanmoins lui-même avorton, non sans raison. Au regard de l’abîme séparant l’homme pécheur du Dieu trois fois saint, les distinctions humaines les plus hautes s’effacent pour laisser place à la seule action de grâce infinie pour le pardon et le salut de Dieu.

Il ne s’agit pas de multiplier les gesticulations et les mises en scène pour tenter de mimer l’inouï d’une transcendance dont nous ne pourrons jamais mesurer l’ampleur ici-bas. Mais sans la pratique du recueillement et de l’adoration, portés par les gestes et les attitudes justes dans la simplicité et la discrétion, nous ne saurions nous tenir en vérité devant la majesté divine et l’accueillir comme telle.

Ensemble, quelles que soient les grandeurs dont nous sommes gratifiés ou notre indignité, reconnaissons-nous humblement pécheurs et laissons le Saint nous pardonner et nous purifier : sanctifiés par sa Parole, nous tutoierons le Très-Haut avec l’affectueuse simplicité d’enfants obéissants tout heureux de l’être devenus par la grâce de Dieu.