Dimanche 25 mai 2003 - Sixième dimanche de Pâques

L’autre jour j’ai déjeuné avec Georges et Michel à Marie-Thérèse.

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9-17
dimanche 25 mai 2003.
 

L’autre jour j’ai déjeuné avec Georges et Michel à Marie-Thérèse.

Nous étions contents, tout simplement. Contents d’être là, de nous voir, de partager le repas et les nouvelles.

Les années ne pesaient pas, au contraire, elles faisaient comme un chant de louange à l’amitié, et les souvenirs venaient, tout légers, se joindre en dansant à la joie du moment.

Pourtant, pendant tout ce temps passé jadis ensemble nous avions porté bien des soucis en partageant le poids des jours et les nécessités du service. Nous n’avions pas toujours la même façon de voir, et eux qui étaient plus âgés que moi avaient dû bien souvent se ranger à mes directives.

Mais tout cela se trouvait comme recueilli en paix, sauvé par la joie de l’amitié qui avait existé entre nous et qui se retrouvait maintenant en nous intacte et plus manifeste que jamais.

Je pense à ces paysages de Terre Sainte, au désert, lorsque dans une vallée large et plate parfois s’élève une puissante colonne rocheuse, droite et majestueuse. Ce fut jadis, il y a des millions d’années, ou des centaines de millions, je ne sais plus, la montée de lave d’un volcan souterrain, et aussi sous-marin. La mer a séché, la terre s’est envolée, matière légère des sédiments marins emportée par le vent fort du désert, seule est restée debout, impérissable, ce qui fut la colonne de feu cachée au secret des éléments visibles.

Impérissable de même est l’amitié que Dieu nous fait de nous prendre à son service.

Au fait, peut-être faut-il que je précise, pour ceux qui ne peuvent le deviner, qui sont Georges et Michel. Le Père Georges Yelli fut mon vicaire à Saint-François de Molitor, pendant onze ans, et le Père Michel Renard le fut ici jusqu’à l’année dernière. Quant à "Marie-Thérèse", c’est la maison de retraite des prêtres de Paris.

Lorsque Jésus nous dit : "Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis", cela signifie-t-il que nous ayons cessé d’être serviteurs ? Bien sûr que non !

Jésus lui-même n’est-il pas le parfait Serviteur du Père, le Fils qui ne dit ni ne fait rien qu’il n’ait appris de lui ? Mais, même lorsqu’il devient obéissant jusqu’à prendre la condition d’esclave et mourir sur la croix, il consent parfaitement à la volonté de Dieu, en toute conscience et en pleine liberté, de sorte qu’il accomplit l’oeuvre du Père en union avec lui. Ce qui est premier et demeure aux siècles des siècles, c’est l’Amitié du Père et du Fils dans l’unité de l’Esprit Saint, l’amour dans l’égalité des personnes divines.

Ainsi l’amitié est la vérité de tout service divin, en particulier du ministère des prêtres, c’est pourquoi elle demeure encore quand tout est passé.

D’ailleurs, frères, qu’est le fruit que nous sommes tous appelés à porter ? C’est la foi en Jésus Christ et le salut par cette foi qui nous arrache à la haine et au péché, nous établissant ainsi dans l’amitié entre nous comme avec Dieu. C’est l’amitié de Dieu que nous avions perdue et qui nous est rendue dans l’obéissance du Christ.

Alors, pensons-y maintenant et chaque jour : en toute circonstance, et surtout s’il s’agit de vie ecclésiale, quelles que soient les difficultés, les différends et même les dissensions qui peuvent surgir entre nous, n’oublions pas de garder au coeur la place de l’amitié pour l’autre, lui que Jésus appelle aussi son ami puisqu’il l’a racheté par le sang de sa croix, puisqu’il a donné sa vie pour lui.

Rappelons-nous encore que, s’il est difficile d’obéir, il ne l’est pas moins de commander, quand du moins l’on veut rester fidèle.

Enfin, en célébrant cette Eucharistie, n’oublions pas qu’un jour, s’il plaît à Dieu, nous déjeunerons tous ensemble, nous prendrons place avec Marie, Thérèse et tous les saints au festin de l’amitié éternelle de Dieu.