Dimanche 14 février 2010 - Sixième dimanche, Année C - Célébration communautaire du sacrement des malades

La reprise en sous-œuvre, c’est le top

Jérémie 17,5-8 - Psaume 1,1-4.6 - 1 Corinthiens 15,12.16-20 - Luc 6,17.20-26
dimanche 14 février 2010.
 

Autrement dit, en matière de travaux sur un bâtiment, l’intervention au niveau des fondations, voire en dessous, c’est le summum de l’habileté. Pourtant, “top”, en anglais, signifie “le sommet, le maximum”, mais aussi “le couvercle, le dessus”, c’est-à-dire, dans un bâtiment, le toit. Le toit, c’est un peu l’inverse des fondations. Le toit, c’est en somme le but, l’essentiel de la maison : qui cherche une maison dit qu’il veut trouver un toit. Mais le toit est aussi ce qui pèse dangereusement sur tout le bâtiment, écartant les murs et menaçant de faire s’écrouler l’ensemble.

De même, le Fils de Dieu est descendu au plus bas de notre humanité et de la création tombées au pouvoir du mal pour les reprendre en sous-œuvre. C’est le Mauvais qui veut et commet tout méfait. Dieu, lui, n’est cause d’aucun mal, il ne tue pas, ni ne fait aucun tort à personne. Mais il assume certaines œuvres mauvaises, il les reprend à la racine en les « permettant » de manière à en tirer le bien. Ainsi, le pire méfait de tous les temps, la crucifixion de Jésus, est-elle assumée “en sous-œuvre” : le Père livre son Fils et le Fils enter librement dans sa passion, de manière à produire le bien absolu de notre histoire, la Rédemption. De même, lorsque les hommes s’offrent avec patience au Christ dans leur épreuve, ils obtiennent d’en faire, avec lui, la cause de leur salut et de celui de leurs frères. C’est pourquoi Jésus dit à ses disciples : « Heureux, vous les pauvres. »

Si Dieu est assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même, à l’inverse, le Mauvais s’efforce de pervertir le bien pour le tourner en mal. Ainsi, les bonnes choses, toutes espèces de richesses, de talents et de succès, sont des biens en soi qui, comme tels viennent de Dieu. Car tout bien vient de Dieu. Mais le diable y sème le ferment de la perversité, l’orgueil et l’égoïsme, en sorte que les hommes sont tentés de « guerroyer Dieu de ses bienfaits ». S’enivrant de leurs avantages, ils vont jusqu’à défier le Créateur et bafouer leurs frères humains. Alors, le toit fait s’écrouler tout l’édifice. C’est pourquoi Jésus dit encore : « Malheureux, vous les riches ».

Toutefois, il n’est pas d’égalité entre Dieu et le Mauvais : Ressuscité et monté aux cieux, le Seigneur Jésus a reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre et nous attendons sa venue dans la gloire pour que, le mal étant anéanti, tout soit établi en lui dans la justice et la sainteté. Aussi, dans notre évangile d’aujourd’hui, le Christ donne la clef de son propos en évoquant les prophètes et les faux prophètes. Si nous sommes vraiment disciples de Jésus, nous ne pouvons ignorer la réalité des Béatitudes, ni celle de la « malédiction des riches » : nous devons vivre nos épreuves en communion avec lui et pratiquer une juste ascèse qui nous fait renoncer à certains biens pour mieux résister aux tentations et servir le Seigneur. C’est ainsi que nous sommes prophètes de la Résurrection du Christ en qui nous avons l’espérance de notre propre résurrection.

Chers amis malades, vous êtes en première ligne de notre assemblée pour vivre les Béatitudes. Nous prions avec vous et pour vous ; Dieu ne manquera pas de nous exaucer : qu’il vous procure la guérison espérée ou qu’il vous donne la force de supporter vos épreuves dans la foi et l’espérance, d’une façon ou d’une autre il vous fera prophètes de la résurrection bienheureuse.

Oui, par amour de sa créature, le Fils de Dieu est descendu aux profondeurs de la mort et du péché pour la recréer et l’établir à jamais dans la béatitude du Très-Haut.