Mercredi des Cendres, 17 février 2010 - Entrée en Carême

Beaucoup de gens qui parlent au téléphone, paraît-il, ne parlent à personne

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 17 février 2010.
 

Beaucoup de gens qui parlent au téléphone, paraît-il, ne parlent à personne :dans la rue, dans le bus ou le métro, ils font comme s’il y avait quelqu’un au bout du fil pour se donner en spectacle aux passants. À l’inverse, d’autres s’occupent diversement pendant qu’ils vous ont au téléphone. Par moments, on a l’impression qu’ils font comme s’il n’y avait personne.

Les païens ressemblent aux premiers, tandis que les autres sont comme ceux dont parle Jésus, à propos de l’aumône, de la prière et du jeûne. Toutes les religions, en deçà de leurs particularités, partagent ces trois gestes fondamentaux. Ces pratiques sont censées se rapporter à Dieu. Mais les hommes croient et ne croient pas en Dieu. Alors ils pratiquent officiellement, car c’est nécessaire pour la société, et en plus on ne sait jamais : et si Dieu existait ? Donc, qu’ils y croient ou qu’ils n’y croient pas, ils font comme si Dieu existait.

Mais ceux dont parlent Jésus - qui sont pourtant des fils d’Israël, le peuple élu - font comme si Dieu n’existait pas ! Ils pratiquent leur religion uniquement pour recueillir du regard d’autrui l’assurance qu’ils sont des hommes justes. Voilà ce qui arrive quand le don supérieur de la révélation du Dieu vrai et unique se pervertit en l’homme à cause de son orgueil.

« Etsi Deus non daretur » : cette formule qui se traduit par « Comme si Dieu n’existait pas » nous vient du juriste Grotius. Elle est devenue un chiffre de la modernité. Au départ, elle était pensée comme signifiant la vraie grandeur de l’acte moral de l’homme qui se doit d’assumer ses responsabilités de justice sans autre motif que la justice elle-même. C’est pourquoi aussi Grotius a été surnommé le père du « droit des gens », expression qui préfigurait celle de « droits de l’homme ». Mais cette bonne intention, née précisément dans notre culture d’inspiration chrétienne, ne conduit-elle pas au pire que dénonce Jésus aujourd’hui ?

Voyez tous ceux qui disent : « Je suis agnostique » ou « Je suis athée », et qui prétendent être les hommes les plus justes du monde. Dieu, déclarent-ils, est tout au plus une hypothèse inutile. Autrement dit, qu’il existe ou n’existe pas, cela nous est égal ! De toute façon, il ne compte pas pour nous : nous agissons comme s’il n’existait pas, car nous sommes justes sans lui, et d’autant plus que c’est sans lui !

Mes amis, malheur à nous si nous perdons la conscience de notre misère et de notre péché, et donc de notre absolu besoin de Dieu pour nous en délivrer. Les païens sont comme des enfants : ils ignorent si Dieu existe, mais ils agissent un peu comme s’il existait. Nous savons, nous que Dieu s’est révélé à nos pères et qu’il a envoyé son Fils non pour juger le monde mais pour le sauver. Et nous le tiendrions pour quantité négligeable dans notre recherche de la justice !

Allons, le partage, la prière et la pénitence sont de bonnes choses : Jésus lui-même les a pratiqués, en bon fils d’Israël qu’il était. Mais l’essentiel en tout cela est Dieu lui-même, bien sûr, ce « Père qui voit ce que je fais dans le secret ». Mes amis, j’espère bien que vous avez la ferme intention, au cours de ce Carême, de faire des efforts de pénitence, d’intensifier votre prière et de donner largement pour ceux qui sont démunis. Mais, surtout, n’oubliez jamais de vous poser la question à chaque pas de ce chemin avec le Christ au désert : pour qui fais-je cela, avec qui, est-il vraiment là près de moi, est-ce que j’y crois de tout mon cœur ?

Oui, mes amis, convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! Il y a quelqu’un qui nous parle et qui nous aime : c’est le Christ qui nous appelle à le suivre jusqu’à la joie de Pâques.