Dimanche 21 février 2010 - Premier dimanche de Carême - Année C

« Tu es tellement prévisible ! » dit-on à l’adversaire pour le disqualifier

Deutéronome 26,4-10 - Psaume 90,1-2.10-15 - Romains 10,8-13 - Luc 4,1-13
dimanche 21 février 2010.
 

Évidemment, les coups “téléphonés” sont plus faciles à parer. À condition du moins d’être de taille et bien préparé. Il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire.

Il ne faut pas non plus se tromper d’adversaire. Par exemple, les adolescents sont tentés de prendre toute autorité pour un obstacle. « - Tu en as parlé à tes parents ? - Oh non, je savais bien ce qu’ils diraient. Avec eux, on ne peut rien faire. » Beaucoup de gens pensent que Dieu, on sait bien ce qu’il dirait si on lui en parlait, avec lui on ne peut rien faire.

En réalité, il n’y a qu’un seul Adversaire définitif, c’est le démon. D’ailleurs, le nom Satan signifie “adversaire” en hébreu. Il est ennemi de Dieu, et donc des hommes. Mais comme il a pris pouvoir sur notre monde à cause du péché, il parvient à séduire l’homme jusqu’à le rendre complice de sa malfaisance ; alors l’homme se retrouve ennemi de Dieu qu’il prend du coup pour un adversaire.

Jésus peut-il s’y tromper, lui ? Évidemment non. Le Fils de Dieu ne saurait confondre son Père très saint et le Tentateur. Mais alors comment peut-on dire qu’il a été tenté, lui qui ne peut absolument pas éprouver le désir de faire le mal ? La réponse se trouve au-delà de notre évangile, dans ce fameux « moment fixé » auquel il est fait allusion à la fin. En grec, il s’agit littéralement du “kairos”, la bonne occasion, le moment favorable. Pour le lecteur de l’évangile, l’allusion est claire à la croix du Christ, et donc à l’agonie de la veille, lorsque Jésus prie avec angoisse pour que la volonté du Père se fasse. À ce moment, il est dans l’obscurité : il n’est pas tenté de ne pas faire la volonté du Père, mais il est face à l’éventualité de prendre un chemin qui ne serait pas celui de la volonté du Père ! Voilà la “tentation” du Christ, qu’il assume pour nous avec notre condition humaine.

L’obscurité de notre situation, en effet, résulte de l’action “confondante” du malin. Pour la comprendre, il suffit de nous reporter à l’évangile de dimanche dernier, les béatitudes en saint Luc, suivies de “malédictions”. Rappelez-vous : Dieu assume certaines œuvres mauvaises, il les reprend à la racine en les « permettant » de manière à en tirer le bien. C’est pourquoi Jésus dit à ses disciples : « Heureux vous, les pauvres ». Si Dieu est assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même, à l’inverse, le Mauvais s’efforce de pervertir le bien pour le tourner en mal. Ainsi, les bonnes choses, toutes espèces de richesses, de talents et de succès, qui sont des biens en soi, le diable y sème le ferment de la perversité, l’orgueil et l’égoïsme, en sorte qu’elles deviennent un piège pour nous. C’est pourquoi Jésus dit encore : « Malheureux, vous les riches ». En somme, nous sommes tentés dans notre faiblesse - tentation du pain -, et dans notre force - tentation de la possession des royaumes de la terre - à cause de l’obscurité, du “brouillage” introduit par le démon.

Comment Jésus résiste-t-il à ces tentations ? En interrogeant constamment le Père pour lui demander ce qu’il dit maintenant. Pour cela il s’appuie sur l’Écriture, puisque la parole de Dieu s’accomplit certainement, mais sans penser pour autant qu’il sait d’avance ce que le Père va dire à tel instant précis. Ainsi, à la troisième tentation qui signifie l’épreuve cruciale où le chemin de la vie peut prendre le visage de la mort tandis que le choix qui semble bon conduit à la ruine, Jésus répond au démon qui ose citer l’Écriture pour mieux le tromper : « Il a été dit... » Nous devons donc l’écouter à chaque fois. Par exemple, avant chaque repas, il nous faut l’entendre dire : « Mange, mon enfant ». Mais peut-être un jour dira-t-il : « Jeûne, mon enfant ». De même, c’est lui qui donne toute espèce de pouvoir ou de gloire (et non le démon qui prétend être le maître en la matière parce qu’il est menteur), mais à telle ou telle occasion, il nous dira d’y renoncer.

Le carême est un temps favorable pour nous entraîner à solliciter ainsi le Père à tout instant : de cette manière, quand viendra le moment crucial, nous ne manquerons pas de crier vers lui pour ne pas nous tromper de chemin. Et ce moment vient certainement, car le démon est prévisible en cela qu’il attaquera inévitablement. Mais le moment, nous ne le connaissons pas d’avance. En revanche, Dieu est imprévisible dans ses réponses : il nous faut “lui en parler” à chaque fois car nous ne savons pas ce qu’il dira. Mais il est prévisible en cela que : « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés », et encore : « Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je suis venu à ton secours ».