Dimanche 7 mars 2010 - Troisième dimanche de Carême - Année C - premier scrutin des catéchumènes

« Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre » : Idée ingénieuse et séduisante, mais éloge de la mort et comble du défaitisme !

Exode 3,1-8a.10.13-15 - Psaume 102,1-4.6-8.11 - 1 Corinthiens 10,1-6.10-12 - Luc 13,1-9 ou Jean 4,5-42 (La Samaritaine) avec les catéchumènes
dimanche 7 mars 2010.
 

Bien sûr, si l’on ne soigne pas un homme atteint d’une grave maladie, il va mourir, et il n’y aura plus de malade. Ou encore, le tyran dont on ne sait pas comment se débarrasser finira bien par disparaître et il n’y aura plus de tyrannie... de sa part en tout cas ! Et quand tous les ennemis se sont entretués, le combat cesse faute de combattants.

En fait, la mort n’a-t-elle pas toujours le dernier mot ? N’est-elle pas plus forte que nous ? Et nous avons l’habitude de pactiser avec le plus fort, faute de pouvoir le vaincre. Mais la mort est du mauvais côté, n’est-ce pas ? Aussi la complicité qui nous conduit à apprécier la paix des cimetières implique-t-elle la dérive qui aboutit au désir du mal dont parle saint Paul. À force de flirter avec les ténèbres, on finit par y prendre goût.

Mais Dieu ne nous a pas abandonnés à cette déchéance infernale. Il a décidé de nous y arracher et poursuit son projet depuis longtemps, depuis le commencement, à vrai dire. Il a vu, oui, il a vu nos misères, il connaît nos souffrances et il est descendu pour nous en délivrer. Le livre de l’Exode en témoigne particulièrement au sujet des fils d’Israël esclaves en Égypte.

À ce sujet, pourtant, ce qui devrait nous réconforter pourrait bien aggraver nos inquiétudes. L’Apôtre proclame solennellement qu’il ne voudrait pas nous laisser ignorer ce qui s’est passé lors de la sortie d’Égypte. Le Christ accompagnait nos ancêtres et ils buvaient à sa source spirituelle. Malgré cela, la plupart n’ont fait que désobéir à Dieu et ils sont morts dans le désert. N’est-ce pas un échec pour Dieu ? À vrai dire, depuis le temps qu’il s’efforce de nous conduire vers le bien, que d’échecs ! Toute mort n’en est-elle pas un pour lui, et tout péché aussi ? Le Tout-Puissant est à l’œuvre depuis le début en notre faveur, et voyez où nous en sommes ! N’y a-t-il pas là de quoi désespérer de plus belle ?

Au contraire, mes amis : voyez surtout qu’en tout cela lui n’a jamais renoncé. Aucune révolte, aucun forfait de son peuple n’a lassé son amour pour lui et pour chacun de ses enfants. Mystérieusement, son plan de salut a progressé au long de l’histoire d’Israël, jusqu’au jour de son Fils, lorsque les temps furent accomplis. Regardez la croix : là se lit la suprême défaite et l’échec le plus définitif à nos yeux de mortels complices de la mort. Là, en fait, se réalise la victoire totale qui se manifestera dans la résurrection.

Nous trouvons cela bien obscur et déroutant ? Mais qu’est-ce qui est simple dans nos histoires, à part nos jugements péremptoires ? Par exemple, la Samaritaine, nous la prenons volontiers pour une pécheresse. Mais que savons-nous d’elle et de sa vie compliquée, avec ses cinq maris, plus celui qui n’en est pas un ? Le Seigneur, lui, s’est penché cœur à cœur sur elle pour éclairer son existence et l’appeler à la lumière qui ne s’éteint pas. Dieu connaît notre cœur compliqué et malade, il sait les structures de péché qui nous ligotent dans leurs liens d’injustice, il voit les traumatismes de nos âmes malmenées par les drames et les trahisons. Il n’ignore pas les déterminants sociaux et psychologiques de nos existences pécheresses, et il sait mieux que nous nous en excuser.

La femme de Samarie, donc, était-elle plus coupable que les autres Samaritains de son temps ? Pensez aux Galiléens massacrés par Pilate et aux gens tués par la tour de Siloé : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux », dit Jésus. Convertis ou pas, nous mourrons tous, certes. Mais est-ce la même chose de mourir converti ou pas ? Peut-être pour nous, mortels complices de la mort, mais pas pour Jésus, le Prince des vivants !

Le Christ sait mieux que nous à quel point nous avons soif de la vie. Or, c’est la foi qui donne la vie victorieuse de la mort. C’est pourquoi il a soif de notre foi. Lutter contre le péché, c’est vivre plus, c’est gagner de la vie pour nous et pour les autres. Livrés à nos seules forces, nous n’avons aucune chance. Beaucoup d’hommes sont accablés par leurs propres fautes et désespèrent d’eux-mêmes. La plupart se consolent en se disant qu’ils ne sont pas pires que les autres et se résignent à leur misère spirituelle. Certains se persuadent qu’ils ne font rien de mal, et là est le pire des péchés, l’énorme mensonge qui les tient enfermés dans l’injustice plus que tous les autres. Mais Dieu ne désespère d’aucun d’eux !

Ce qu’il fait depuis le commencement nous dépasse : comment il prend sur lui le mal jusqu’à la croix, jusqu’à prendre la place du figuier qui ne voulait pas porter de fruit et laisser trancher sa vie en pleine sève, lui qui a passé en ne faisant que le bien ! Cela nous dépasse, mais nous pouvons accepter de faire ce qui est à notre mesure, ce qu’il met à notre portée, puisqu’il vient tout près de nous, puisqu’il vient marcher avec nous, puisqu’il accompagne tous nos pas, touts nos chutes, toutes nos défaites, inlassablement, jusqu’au jour où il aura relevé tous ceux qui ne l’auront pas refusé.

Cessons donc de récriminer contre Dieu et marchons avec lui courageusement sur la voie de notre conversion. Avec lui, nous avons double bonheur : d’être réconfortés dans nos misères et de pouvoir croire à la victoire. Car il ne s’est pas fatigué pour rien. Mais il ne fera rien contre nous, et il ne peut pas beaucoup pour nous sans nous, sans l’accueil humble de sa grâce en nous. Alors, chers amis catéchumènes, courage ! Faites ce que vous pouvez pour changer votre vie avec le Christ qui vous éclaire et s’offre à être votre force, et laissez ce qui vous dépasse à Dieu dont c’est le secret.

Confiance, frères ! Il n’est pas de problème dont la croix du Christ ne soit la solution, pour qui accueille le don de Dieu dans la foi.