Dimanche 21 mars 2010 - Cinquième dimanche de Carême - Année C - 3ème scrutin des catéchumènes adultes

Donner aux pauvres, c’est sans fin !

Isaïe 43,16-21 - Psaume 125,1-6 - Philippiens 3,8-14 - Jean 8,1-11 (la femme adultère) ou Jean 11,1-45 (La résurrection de Lazare) avec les catéchumènes
dimanche 21 mars 2010.
 

Comment cela ? Parce que c’est un tonneau des Danaïdes, un puits sans fond qu’on remplit sans cesse et qui se vide toujours ? Ou bien parce que c’est en principe gratuit, donc sans but, sans finalité ? L’Évangile indique une autre possibilité.

Pourquoi Jésus ressuscite-t-il Lazare alors qu’il va mourir de nouveau, comme l’atteste la suite de l’évangile de Jean ? L’important n’est-il pas qu’il ressuscite à la fin, à la résurrection des morts, ainsi que le croit fermement Marthe ? Justement, cette dernière manifeste ici une foi très grande, mais pas encore assez. Elle sépare son espérance eschatologique de son désir de la vie de son frère ici et maintenant. Elle n’écoute pas Jésus lui dire : « Je suis la résurrection et la vie ». Le même et unique amour du Christ pour la vie de Lazare se manifeste dans sa résurrection provisoire, ici et maintenant, comme il s’est manifesté de son vivant auparavant et se manifestera dans sa résurrection à la fin des temps. Autrement dit, la foi parfaite croit à l’amour de Dieu pour notre vie ici-bas jusqu’à la mort et jusqu’à la fin du monde. Donc, contrairement à ce que suggère Marthe, Jésus « est ici » auprès de son aimé jusque dans sa mort, il ne l’a pas “abandonné à la mort”. Jésus ressuscite Lazare provisoirement parce qu’il aime sa vie tout le temps, et qu’il veut le montrer à tous ceux qui l’écoutent, pour qu’ils le croient.

C’est tout le temps que Dieu donne la vie aux pauvres que nous sommes, pauvres de vie à cause du péché qui a entraîné la mort dans le monde. C’est pourquoi aussi le pardon est un don fait au pauvre. Avec vous, chers amis catéchumènes, nous avons entendu cet évangile de l’année A. Mais nous aurions pu prendre celui de l’année C où nous sommes, l’épisode de la femme adultère. Quand Jésus dit à la femme : « Va et ne pèche plus », serait-il naïf ou fait-il semblant ? Ne sait-il pas que la femme péchera encore, comme vous pécherez encore, chers amis, hélas, après avoir reçu, dans le baptême, le pardon de tous vos péchés ? Sans doute. Mais il espère bien que, forts du don de l’Esprit, nous saurons résister mieux à la tentation. Car notre sainteté l’intéresse maintenant. Sans doute, nous serons tout à fait purifiés, et pour toujours, justement à la résurrection des morts. Mais nous devons grandir en sainteté sans attendre.

Ce que je ne peux espérer pour maintenant de quelque façon et en quelque mesure, je ne peux l’espérer pour le jour de la résurrection. Réciproquement, mon espérance pour la fin du monde ne se vérifie que dans la façon dont elle commence à se réaliser dans ma vie maintenant.

Il faut donner aux pauvres pour l’amour de leur vie maintenant, si abîmée soit-elle. Il faut leur donner à manger même si nous savons qu’ils auront faim demain et que nous ne pourrons peut-être rien. Car Dieu aime leur vie de chaque jour. Le nom de Lazare, qui signifie « Dieu aide », se retrouve en saint Luc dans la parabole du riche et du pauvre Lazare. Le frère de Marthe et de Marie, que Jésus aimait, n’était sans doute pas pauvre matériellement, mais il l’est aux yeux de Dieu, comme nous tous. C’est aux pauvres que nos sommes que Dieu a donné son Fils, le Prince des vivants, pour que nous ayons la vie en abondance.

Il faut donner, et il faut pardonner de même, tant il est vrai que le pardon est don de vie, même si nous pensons que l’autre recommencera sans doute. « Heureusement qu’il y a les pauvres pour les pauvres ! », dit-on parfois, car ceux qui savent ce que c’est viennent plus volontiers en aide à leurs semblables. De même, heureusement qu’il y a ceux qui se savent pécheurs pour pardonner aux autres !

Donner aux pauvres, c’est sans fin, car nos pauvretés sont multiples et nous avons mille occasions de nous prendre en pitié les uns les autres concrètement de mille manières. Seul cet amour aux mille visages atteste de notre foi à l’amour de Dieu pour tous les hommes.

« L’amour couvre bien des péchés » : alors, profitons-en, nous qui croyons au salut par la mort de Jésus ainsi qu’à notre résurrection promise en sa résurrection. Et nous verrons notre espérance chaque jour de cette vie dans les œuvres de l’amour qui n’aura pas de fin.