Dimanche 28 mars 2010 - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année C

Même pas de rameaux et si peu de Passion ? !

Les Rameaux : Luc 19,28-30 - La Passion : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Luc 22,14 à 23,56
dimanche 28 mars 2010.
 

Même pas de Rameaux !

Vous l’avez entendu, dans l’évangile de saint Luc, pour l’entrée de Jésus à Jérusalem, pas question de branchages à agiter ou à étaler sous les pas du Christ ! Alors, que faisons-nous aujourd’hui avec nos brins de buis à la main ? Eh bien nous sommes justement en plein dans l’esprit du texte que nous avons entendu. En Jean, les disciples portent des palmes, ce qui évoque l’épisode glorieux des Macchabées menant la guerre jusqu’à la restauration de la royauté en Israël. Chez Marc et Matthieu, il s’agit de rameaux, sans plus de précision, ce qui peut évoquer la fête des tentes et le bonheur pacifique du peuple regroupé autour de son Dieu. Dans tous les cas, la liesse est clairement “nationaliste”. C’est cela que Luc veut gommer, pour ne retenir que la dimension universelle de la royauté du Christ Jésus, venu pour apporter la justice et la grâce divines à toutes les nations. Or, nos bouquets de verdure, dans l’air de notre temps, signifient l’amour de la nature, dont nous voyons la renaissance en ces premiers jours du printemps. Nous sommes donc bien accordés à la joie des créatures accueillant le Fils de Dieu, à l’image de qui l’homme a été façonné pour régner avec sagesse et bonté sur toute la terre que Dieu lui a confiée. De cette façon bien concrète, nous répondons ainsi parfaitement à l’esprit de la parole de Dieu qui vient d’être proclamée ! Avançons donc à la suite de Jésus, sauveur du monde, entrant à Jérusalem pour accomplir la libération de toute la création.

Après la lecture de la passion.

Même pas de flagellation ! C’est pourtant l’un des plus saisissants passages de la passion du Seigneur chez tous les autres évangélistes, n’est-ce pas ? Mais Luc gomme presque tous les aspects de violence barbare dans les souffrances du Christ. Toutefois, il ne les élimine pas complètement. En particulier, il garde l’atroce “jeu du prophète” auquel se livrent les gardes : ayant bandé les yeux de Jésus, ils le frappent et s’amusent à lui demander de désigner l’auteur du coup qu’il n’a pas vu. Que pense le Seigneur à cet instant ? Je peux vous le dire, non pas par intuition particulière ou par invention de mon cru, mais parce que c’est écrit : « Il disait : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Comment ne pas éprouver douleur, honte, colère et mépris pour ces pauvres types qui se moquent de celui qui est plus qu’un prophète ? Et certes, Jésus doit souffrir terriblement de voir ces hommes se dégrader à ce point : quel abaissement chez ces misérables mortels aveugles à la gloire inouïe de celui qu’ils maltraitent ! Mais la miséricorde l’emporte en son cœur sur tout autre affect, car il est venu pour les sauver, par la grâce d’un amour qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

Chaque fois que nous entendons le récit de la passion, nous pouvons nous demander : tout cela était-il bien nécessaire ? Que Dieu doive sauver le monde par la mort de son Fils reste déjà terriblement obscur. Mais, fallait-il vraiment qu’il subisse ce long supplice, ces coups innombrables, ces crachats, ces quolibets, la litanie interminable des violences et des affronts qui jalonnent son chemin de croix ? La discrétion de Luc à ce sujet pourrait nous faire penser que, cette année, cette question se pose avec moins d’acuité. Au contraire, l’évangéliste nous donne mieux qu’un autre la réponse : tout cela était pour effacer nos fautes et nos violences. En les gommant dans son récit, il annonce la réussite du sacrifice de Jésus : qu’elles disparaissent de nos vies !

C’est pourquoi, chers amis, je vous invite à cette démarche, cette semaine au moins : non pas d’effacer tout péché de nos existences - serait-ce possible ? - mais qu’au moins, chaque fois que nous aurons un mauvais sentiment contre notre prochain, colère, haine, envie, mépris, peur, convoitise ou autre, nous pensions aussitôt au Christ en sa passion, laissant dominer dans son cœur la miséricorde pour ses bourreaux. Souviens-toi de Jésus Christ, souffrant sur le chemin du Golgotha et jusqu’à la mort sur la croix, pour délivrer ton cœur de tout mal !

Alors, si les sentiments du Christ dominent en nous, il n’y a aura même plus l’ombre du péché dans nos âmes. Ainsi nous parviendrons à Pâques avec une disposition pure pour entendre dans la joie la belle annonce : Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, il est notre salut, notre gloire éternelle !