Nuit de Pâques 3/4 avril 2010 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion de quatre adultes

Où est-il ?

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Luc 24,1-12
dimanche 4 avril 2010.
 

Présentation des lectures de la veillée

Dans l’Écriture, Dieu se révèle : il se dévoile, il nous ouvre les yeux sur lui. Alors nous découvrons qu’il nous regarde. Voyons donc comment il nous voit, échangeons un regard avec lui à chaque lecture.

Avant chaque lecture

1. Il nous regarde avec admiration, car il voit que son œuvre est très belle et pleine d’avenir.

2. Il nous regarde avec ambition, car il voit qu’Abraham pourra devenir un père semblable à lui-même, le Père éternel, et qu’Isaac, son fils, se donnera librement, par obéissance, comme son propre Fils le fera.

3. Il nous regarde avec inquiétude, car il voit son peuple en danger de mort et se demande si nous voudrons bien nous laisser sauver.

4. Il nous regarde avec passion, car il voit son peuple avec les yeux de l’époux posés sur sa bien-aimée.

5. Il nous regarde avec sollicitude, car il voit que nous avons d’innombrables besoins et que nous sommes difficiles à combler de ce qui est bon pour nous.

6. Il nous regarde avec patience, car il voit que nous avons beaucoup à apprendre, et qu’il devra s’y employer progressivement, longuement et profondément.

7. Il nous regarde avec espérance, car il voit son peuple dispersé à cause de ses péchés, mais il va venir le rassembler dans la sainteté.

Homélie

Où est-il ?

« Il n’est pas ici », nous dit l’ange. Bon, mais où, alors ? N’est-ce pas naturellement la question qui se pose, pour nous comme pour les femmes et pour les Apôtres ? Mais on ne nous en dit rien ! Pourquoi ?

Parce qu’il arrive ce qu’il avait annoncé : « On ne dira pas : “Le voilà, il est ici” ou bien : “Il est là”... En effet, comme l’éclair qui jaillit illumine l’horizon d’un bout à l’autre, ainsi le Fils de l’homme, quand son Jour sera là » (Luc 17,21.24). Le Christ ressuscité n’est plus assujetti à l’espace comme auparavant : il apparaît librement ici ou là, sans qu’on puisse le retenir ni le circonscrire ici ou là.

Pourtant, si j’avais posé la question aux enfants, je suis sûr que beaucoup auraient répondu : “Il est dans mon cœur.” Et ils auraient eu raison. N’a-t-il pas promis, non seulement d’être au milieu de nous quand nous sommes réunis en son nom, mais encore de venir en chacun de ceux qui croiraient en lui ? Tel est le mystère de la communion, chers amis catéchumènes, que vous allez recevoir tout à l’heure. Mais auparavant, il faut que vous soyez baptisés. Or, le baptême est la plongée dans la mort du Seigneur, pour vivre de sa vie de Ressuscité.

Par le Baptême, donc, nous sommes reçus en lui ; par l’Eucharistie il est reçu en nous. Et entre les deux, qu’y a-t-il, le savez-vous ? Oui, sans doute, car vous avez été fort bien préparés à l’événement merveilleux de cette nuit. Entre les deux, il y a la Confirmation. C’est pourquoi je vous invite à voir dans ce sacrement celui de la coïncidence : nous sommes lui, en quelque sorte, lui en qui nous sommes et qui est en nous. La Confirmation est le sacrement du “lien ecclésial plus parfait”, en vertu duquel l’Église est le Corps du Christ. N’y a-t-il pas un rapport entre l’oubli relatif de ce sacrement et l’affaiblissement de notre Église ? Tous ces baptisés qui sont “passés entre les mailles” de la confirmation, comment s’étonner qu’ils ne se comprennent plus comme les membres de ce Corps, solidaires de tout ce qui lui arrive, et qu’ils “dénoncent” hargneusement ses faiblesses et ses fautes au lieu de souffrir avec lui, de prier et de guérir avec lui ?

Quand les chrétiens deviennent ce qu’ils sont faits par les sacrements de l’initiation, l’Église se révèle réellement le Corps du Christ. Elle porte, certes, les blessures et les défigurations des péchés et des persécutions, mais comme Jésus a pris sur lui nos fautes en souffrant sa Passion. Car, ressuscité, il n’est plus assujetti au temps, comme il ne l’est plus à l’espace : il réalise en nous “tous ses états”, et donc aussi ses travaux et ses douleurs jusqu’à la croix. C’est ainsi que s’accomplit aussi très concrètement sa parole que je vous ai rappelée au début, car “l’Église répandue à travers le monde” est cet éclair qui l’illumine du Levant jusqu’au Couchant, le Fils de l’homme en personne.

Nous ne pouvons donc plus regarder ce monde comme si nous n’étions pas ressuscités avec le Christ. Nous devons le considérer du regard même de Dieu tel qu’il nous a été révélé dans la Parole entendue au cours de cette veillée. Changeons nos mépris et nos condamnations en admiration pour cette Création merveilleuse, au sommet de laquelle est l’homme, malgré ce qui la défigure. Faisons taire notre scepticisme hautain contre “les gens” pour entrer dans l’ambition de Dieu pour ces êtres faits à son image, appelés à être semblables au Fils bien-aimé, et donc au Père très miséricordieux. Et, bien sûr, soyons vigilants pour reconnaître ce qui doit vraiment nous inspirer de l’inquiétude pour ce monde : sachons lui révéler ce qui le met en réel danger de mort, pour l’appeler à réagir. Soyons pleins de passion, de sollicitude, de patience et d’espérance pour ce monde que Dieu a tant aimé, et pour qui il a donné son Fils. C’est ainsi que nous serons dignes de notre vocation sainte.

La parole de Jésus que je vous citée, frères, était en réponse déconcertante à la question des pharisiens qui lui demandaient quand viendrait le règne de Dieu. On lui demande “quand” et il répond : « Ni ici, ni là, mais du Levant au Couchant » ! Nous comprenons cette réponse et nous la réalisons tant que, par le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie, nous demeurons en lui et il demeure en nous, en sorte qu’il est où nous sommes jusqu’à la fin du monde.

Si nous sommes fidèles, les hommes verront en nous la Lumière. Alors ils ne demanderont pas quand viendra le règne, ni où exactement se trouve le ressuscité, mais comment on devient Lui avec nous. Et nous pourrons dire : c’est ici, maintenant, cette nuit, que, par la puissance de l’Esprit Saint, les hommes sont faits un en Dieu, et l’Église le corps bienheureux et sauveur du Ressuscité de Pâques.