11 avril 2010 - Deuxième dimanche de Pâques - Dimanche de la divine Miséricorde

Terminus des prétentieux pour qui ne croit pas avec ses pieds

Actes 5,12-16 - Psaume 117,1-4.22-27.29 - Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19 - Jean 20,19-31
dimanche 11 avril 2010.
 

Les pieds ont mauvaise réputation. Ils sont bas, tout en bas, suspects de sentir mauvais et tenus pour modèles de bêtise et de maladresse. Pourtant, ils symbolisent les Apôtres : « Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de la Bonne nouvelle ! », chante le prophète Isaïe ; et, dans le livre des Actes, les fidèles viennent déposer leurs dons aux pieds des Apôtres. Surtout, le Seigneur leur a lavé les pieds à la veille de sa Passion.

D’ailleurs, si Pierre ne s’est pas laissé faire sans protester, ce n’est peut-être pas seulement par crainte révérencielle envers le Maître. Quand il cède, ce n’est pas sans réclamer : « Alors, Seigneur, aussi les mains et la tête ! » Assurément, ces parties du corps sont plus avantageuses : elles évoquent le pouvoir et la domination. En effet, les Apôtres et leurs successeurs sont établis pour enseigner, sanctifier et gouverner les nations.

Leur puissance est tellement impressionnante que, quand ils se tenaient sous la colonnade de Salomon dans le Temple, « personne n’osait se joindre à eux », comme nous venons de l’entendre dans la première lecture. La traduction liturgique comprend qu’il s’agit de “tous les croyants” et ajoute donc le mot “croyants” qui n’est pas dans le texte grec. Mais le sens est plus clair s’il s’agit des seuls Apôtres, d’autant que dans la suite immédiate de nombreux nouveaux s’ajoutent aux croyants. La crainte qu’ils inspirent est d’autant plus compréhensible que parmi « les signes et les prodiges qui se réalisaient par leurs mains », le dernier en date à ce moment est l’épisode d’Ananie et Saphire, où l’on voit les coupables tomber morts aux pieds de Pierre aussitôt qu’il leur a signifié leur faute.

Le détenteur de pareils super pouvoirs pourrait être tenté de “s’y croire” Il me semble que cela explique que justement Jean-Paul II ait déclaré ce deuxième dimanche de Pâques « Dimanche de la divine Miséricorde ». Lui, le super pape, l’athlète de Dieu, le tombeur du totalitarisme soviétique, salué dès sa mort du nom de « Jean-Paul le Grand », a pu, plus que tout autre, comprendre par ses épreuves le caractère infinitésimal de toute supériorité humaine au regard de la grâce de Dieu qui nous est faite.

Si grand soit l’homme, il n’est qu’un “faible vermisseau”, comme le dit tendrement le Seigneur à Éphraïm, que le passant peut fouler aux pieds. Le plus intelligent et le plus cultivé des savants ne manque pas d’être bête comme ses pieds à l’occasion, c’est-à-dire bien souvent, mais le Christ est la Sagesse des pauvres. Le plus habile des gouvernants parfois, “s’y prend comme un pied”. Enfin, le juste pèche sept fois par jour, c’est bien connu, et seul le seigneur qui a lavé les pieds de ses disciples peut le purifier de ses fautes pour l’arracher à l’infection de l’incrédulité et de la révolte contre Dieu. Car, quel est le salaire de notre vanité, sinon la mort, qu’une réplique célèbre d’un film populaire appelle joliment le terminus des prétentieux ? Là est la vérité, et donc la véritable humilité, celle de Moïse et de Jean-Paul le Grand, qui nous fait tressaillir de joie parce que la divine Miséricorde nous a pris en pitié.

Et pourquoi choisir ce deuxième dimanche de Pâques marqué traditionnellement par la figure de Thomas, “l’incrédule” ? Sans doute parce que, parmi nos tentations, celle de croire “avoir la foi” comme un bien solidement détenu par celui qui s’en estime propriétaire est peut-être la plus sournoise. Thomas était là huit jours après : c’est donc qu’il est venu quand même. Lui qui avait la prétention de réclamer des preuves est entré dans l’humilité de croire avec ses pieds, alors qu’il ne croyait encore ni avec sa tête ni avec son cœur. Suivons donc ses pas, chers amis, abandonnons toute prétention de croire par nous-mêmes et venons humblement à la messe pour recevoir, avec le pardon de nos péchés par la grâce du Crucifié, la foi en lui qui est ressuscité.

Oui, la connaissance de la divine Miséricorde est la fin de toute prétention et la clef pour entrer dans la joie de la résurrection. Alors nous croyons à l’amour de Dieu pour les autres comme pour nous-mêmes, et nous pouvons mener une vie de charité qui conduit à la Vie.