18 avril 2010 - Troisième dimanche de Pâques Année C

Pourquoi Pierre ? Et pourquoi Benoît XVI ?

Actes 5,27b-32.40b-41 - Psaume 29,3-6.12-13 - Apocalypse 5,11-14 - Jean 21,1-19
dimanche 18 avril 2010.
 

Pourquoi Pierre ? Et pourquoi Benoît ? On s’interroge sur la raison d’une haute nomination : pourquoi celui-ci et pas Untel ? Le piston, pour sûr, disent les uns. Mais non, répondent d’autres, le mérite, tout simplement. En tout cas l’ambition, reprennent les premiers, il a fait ce qu’il fallait pour arriver ! Bah, concluent les philosophes, de toute façon il en faut bien un, celui-ci ou un autre, et le hasard a sa part aussi. L’évangile d’aujourd’hui relate en quelque sorte la nomination de Pierre, c’est pourquoi je comprends la liste des disciples, au début, comme celle des candidats.

Thomas est surnommé « Jumeau » (l’araméen “Toma” signifiant “Les Gémeaux”, l’assonance avec le nom grec “Thomas” suggère le surnom) peut-être pour une ressemblance et une proximité particulières avec le Seigneur. D’ailleurs, cet Apôtre manifeste son attachement exceptionnel à la personne de Jésus. En tout cas, son rôle est important dans l’évangile de Jean. C’est lui qui déclare : « Allons et mourons avec lui », et ayant reçu le privilège de toucher les plaies du Christ, il prononce la fameuse confession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Sérieux sont ses titres à recevoir le primat sur les Apôtres, même si certains pourraient y voir une part de favoritisme.

Au sujet de Nathanaël, le seigneur déclare au début de l’évangile : « Voilà un véritable fils d’Israël, incapable de mentir. » À ce remarquable compliment, l’intéressé répond bientôt par la première confession de foi solennelle qui se rencontre dans l’évangile de Jean : « Tu es le Fils de Dieu, le roi d’Israël ! » Puis il reçoit la promesse de voir plus grand encore.

La mention des fils de Zébédée est surprenante : ils n’apparaissent jamais auparavant dans l’évangile de Jean. Mais ils sont bien connus des synoptiques pour leur appartenance au cercle des trois Apôtres les plus proches de Jésus et, surtout, pour leur ambition : ils ont osé réclamer (par eux-mêmes ou par leur mère) les premières places dans la gloire du Seigneur !

Viennent ensuite « deux autres disciples ». Nous sommes fondés à voir en l’un d’eux le fameux “disciple que Jésus aimait” de l’évangile, d’autant qu’il intervient nommément dans la suite de l’épisode. Quant à l’autre, libre à chacun de l’identifier à tel ou tel personnage qui mériterait de figurer dans la liste, par exemple André, frère de Simon et “premier appelé” ou Jacques “le frère du Seigneur”.

Toujours est-il que, finalement, c’est Pierre ! Pourquoi ? Après tout, surtout en saint Jean, il est sans cesse battu à plates coutures sur tous les plans. En particulier, le “disciple bien-aimé” l’emporte constamment sur lui : premier arrivé au tombeau et plus prompt que lui aussi à croire ou, encore ici, à reconnaître le Seigneur.

Dans la scène décisive, le Ressuscité ne pose qu’une question à Pierre : « M’aimes-tu ». Autrement dit, il ne lui demande pas autre chose qu’à tout disciple. Le seul nécessaire est cet amour de préférence (agapè) sans lequel personne ne peut suivre le Christ. Si la réponse de Pierre manifeste une spécificité, c’est dans doute dans son insistance à s’en remettre au jugement du Seigneur lui-même plutôt qu’à sa propre conviction : « Tu le sais » répète-t-il jusqu’au bout.

Pierre ne paie pas seulement de retour l’amour du Christ pour lui, il est celui qui croit en cet amour pour lui-même et pour les autres, malgré son indignité et celle des autres. Décisif est le fait qu’il reçoive ici le pardon de sa trahison par l’allusion transparente au triple reniement, et qu’il croie à ce pardon. Il croit à l’amour du Christ pour les pécheurs en faveur de qui il a donné sa vie sur la croix, un amour qui accepte de se laisser aimer quand même par celui qui l’a trahi, et qui pèchera encore. Parce qu’il croit à cet amour pour lui-même, Pierre peut y croire pour les autres aussi.

Frères, si nous partageons l’amour et la foi de Pierre, nous avons l’essentiel pour devenir pape. Mais tous n’ont pas à l’être ! Il en faut bien un, il

convient qu’il ait des qualités éminentes, il se peut que l’ambition, le favoritisme ou même le hasard (mais qu’est-ce que le hasard ?) aient joué leur rôle à un moment ou à un autre. En tout cas, une seule chose est nécessaire : l’humble constance dans la foi à cet amour du Christ pour tous les hommes, et spécifiquement pour l’Église née de son côté transpercé.

Cette constance se manifeste au plus haut point dans la capacité à croire à l’amour de Dieu pour ceux qui vous haïssent, vous trahissent, vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal contre vous. C’était vrai pour Pierre, c’est vrai aussi pour Benoît XVI, nous le voyons bien. D’autres que lui auraient peut-être été “meilleurs” sur certains plans, par exemple pour l’art de la communication et l’habileté à manœuvrer les médias. Mais c’est lui que le Seigneur a choisi : il est Pierre que Dieu nous donne aujourd’hui, c’est sûr, et les dons de Dieu sont sans repentance. Quant à nous, il est juste que nous en rendions grâce.

Un enfant du catéchisme me demandait récemment, sans trop de malice, je crois, si Dieu ne se montrait pas un peu égocentrique à réclamer sans cesse d’être ainsi aimé et loué. Comprenons d’abord que la louange et l’adoration véritables ne sont rien d’autre que la jubilation de l’amour. Puis rappelons-nous qu’il nous a aimés le premier, au commencement quand il nous a créés, et surtout ensuite, alors que nous étions devenus ses ennemis.

Unis à notre pape Benoît, entrons donc et demeurons dans la joie débordante de la multitude qui dédie son acclamation « à celui qui siège sur le Trône et à l’Agneau », avec Pierre et tous les saints, pour l’éternité.