25 avril 2010 - Quatrième dimanche de Pâques, Année C - Journée des Vocations

El pueblo unido jamas sera vencido - Uni, le peuple ne sera jamais vaincu

Actes 13,14.43-52 - Psaume 99,1-2.3.5 - Apocalypse 7,9.14b-17 - Jean 10,27-30
dimanche 25 avril 2010.
 

El pueblo unido jamas sera vencido. En français : “Uni, le peuple ne sera jamais vaincu”, Sergio Ortega, Chili, juin 1973. Ce slogan fut repris par la suite dans d’autres contextes de lutte révolutionnaire. Mais l’idée est très ancienne : l’union fait la force. Ainsi, pour nous les hommes, depuis la nuit des temps zébrée de guerres et de batailles, l’unité est le moyen de la victoire contre le camp opposé.

Avec le Christ, c’est l’inverse : sa victoire devient le moyen de l’unité pour nous tous les hommes. Libéré par lui, le peuple sera uni, et ce sera l’humanité. La mort du Pasteur a signé la dispersion des brebis, mais le ressuscité récolte les fruits de sa victoire. Les Apôtres sont les serviteurs de cette moisson qui doit s’étendre à toutes les nations. Le refus des juifs est la cause historique du “passage aux païens”, mais, là encore, comme de la croix du Fils dont il tire notre salut, Dieu tire un bien du mal. Et le premier peuple de l’Alliance n’est pas perdu pour lui, car personne ne peut rien arracher de sa main.

C’est pourquoi notre combat n’est pas contre d’autres hommes, quels qu’ils soient, mais pour eux, même quand nous sommes en lutte avec eux. L’Évangile renverse l’esprit de la lutte. Quand des hommes s’unissent contre d’autres, leur ciment est la haine de ces derniers. En les combattant, ils renforcent la haine et la division, jusqu’à les rendre définitives s’ils parviennent à les anéantir ; puis ils se déchirent entre eux. Dieu merci, le Puissant préserve un reste, et donc ainsi la possibilité, un jour, du pardon et de la réconciliation. Il faut se réjouir, par exemple de ce que des Turcs commencent à reconnaître le génocide des Arméniens, ouvrant la porte à la guérison de l’hostilité avec leurs descendants rescapés.

De même, les Apôtres, juifs disciples du crucifié, ne veulent pas la punition de leurs frères coupables comme eux, mais leur guérison. Pas question pour eux de nier la réalité de la division qu’il s’agit de surmonter. Au contraire, il faut aussi en témoigner, même lorsque leur offre est repoussée, en secouant la poussière de leurs pieds au moment de quitter la ville d’où on les chasse. Ce faisant, ils témoignent de la vérité, qui est aussi pour ceux qui lui résistent.

D’ailleurs, en fuyant le lieu de leur persécution, ils ne tournent pas le dos à leur mission, mais ils épargnent leurs persécuteurs : dans la mesure du possible, ils leur évitent de faire du mal. Quand la fuite les exposerait à renier le Seigneur, ils se soumettent à leur sort sans maudire leurs bourreaux : en prenant part à la passion du crucifié, ils participent aussi à sa victoire, qui plaide encore pour la conversion des méchants.

L’unité du Père et du Fils est déjà donnée à l’homme dans l’incarnation du Verbe en Jésus, elle s’étend à ses frères humains par la rédemption acquise sur la croix et la victoire de la résurrection. Ceux qui croient au Fils de Dieu venu dans la chair ont d’ores et déjà part à cette unité. Ainsi, l’unité de Dieu est dès maintenant la nôtre, par-delà nos divisions, comme une garantie et une promesse. L’Église, la communion des brebis déjà rassemblées, est alors bien “comme le sacrement du salut”, c’est-à-dire la réalité, le signe et le moyen de l’adoption de tout homme en Dieu. Car Dieu nous a tous aimés “également”, c’est-à-dire “sans faire de différence entre les personnes”.

Nous voyons donc les progrès du salut dans ceux de la reconnaissance de l’autre, surtout dans la reconnaissance du projet d’amour de Dieu pour lui. Aimer son ennemi, voilà le signe distinctif du disciple. Il voit l’autre qui se sépare de lui ou le rejette, et il voit en lui le frère que Dieu lui prépare dans la résurrection de son Fils. Car nous étions tous tombés au pouvoir du Mauvais. Mais un plus fort, le Christ, l’a dépouillé de son équipement de combat et lui arraché sa proie. En revanche, le diable (“diabolos”, diviseur depuis l’origine) ne pourra plus nous séparer de l’amour du Christ, car personne ne peut rien arracher de la main du Fils, c’est-à-dire de la main du Père, puisque le Père et le Fils sont UN. UN est ici un autre nom de l’Esprit Saint, puisque le Fils règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit.

L’unité divine du Père et du Fils donnée aux hommes est le but de la victoire du Christ, de sa résurrection. De même qu’ils sont unis dans la communion de l’Esprit Saint, de même nous, c’est pourquoi les disciples sont « remplis de joie dans l’Esprit Saint », même lorsqu’ils sont en butte à l’épreuve et à l’échec. Telle est notre “vocation”, à nous qui entendons la “voix” du Bon Pasteur, et notre joie est de la vivre et de l’annoncer ensemble. Cette joie de la communion dans l’Esprit Saint, rien ne pourra nous l’enlever.