2 mai 2010 - Cinquième dimanche de Pâques, Année C

« Moi, je marche à l’amour ! »

Actes 14,21b-27 - Psaume 144,8-13 - Apocalypse 21,1-5a - Jean 13,31-33a.34-35
dimanche 2 mai 2010.
 


-  « Moi, je marche à l’amour ! » - Tout le monde fait ça, répond l’un : la vie entière procède de ce désir et l’histoire de chacun se ramène à ses heurs et malheurs dans la grande affaire d’aimer et d’être aimé. Oh, dit un autre, ce n’est pas si sûr : moi je crois que les gens, le plus souvent, marchent à l’argent, surtout dans le monde d’aujourd’hui.

L’argent, sans doute, est omniprésent. Au fait, qu’est-ce qui le rend si important ? Et qu’est-ce qui est le plus glorieux : en accumuler beaucoup ou le dépenser à foison ? Le frère qui nous faisait visiter la basilique Saint-François à Assise avant-hier le disait bien : ce qui rendait le Poverello si populaire avant sa conversion, à part ses talents de société, c’était surtout sa richesse et ses largesses. Nous aussi, disait-il, si nous payons pour tout le monde nous serons les rois de la fête !

De gloire, il est question dans l’évangile : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu, en retour, lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. » Comme souvent en saint Jean, nous avons du mal à suivre le raisonnement. Nous en sommes encore à nous gratter la tête quand Jésus, dans ce qui semble un abrupt coq-à-l’âne, passe au commandement nouveau de l’amour. Et là, en revanche, nous avons l’impression de connaître trop bien le refrain.

Quel rapport entre la gloire et l’amour ? D’ailleurs qu’est-ce qui rend l’amour si important ? Et qu’est-ce qui est le plus glorieux : aimer ou être aimé ? C’est aimer, mes amis, assurément, comme Jésus nous l’apprend. Aimer pour de bon, c’est se donner totalement : voilà ce que le Christ a fait en sa passion. Comme le début le rappelle, notre passage se situe au cours du dernier repas, à la veille de la croix. Quand Judas se retire, le sort en est jeté et Jésus peut s’écrier : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié ! » La croix est la gloire du Fils parce qu’elle est le lieu où il accomplit parfaitement son amour du Père et de ses frères. En même temps, elle est l’acte du Père qui donne son Fils par amour, c’est pourquoi « et Dieu est glorifié en lui ». Dans la résurrection et l’Ascension, le Père redonne au Fils « la gloire qu’il avait au commencement auprès de lui », et cela se produit « bientôt » après la passion.

Comment ces événements peuvent-ils être successifs pour Dieu qui est éternel ? C’est que, par l’incarnation du Fils, Dieu a assumé notre condition marquée par la domination du diable (“diabolos”, celui qui sépare) et donc une certaine “séparation” entre le Père et le Fils, bien que la communion du Père et du Fils dans l’Esprit Saint demeure. Il a assumé cette séparation pour nous en faire revenir et nous établir dans sa propre unité. Quand nous aimons comme Dieu, nous sommes unis à lui.

À vues humaines, il est glorieux d’être aimé : susciter l’adulation, conquérir tous les cœurs, séduire et subjuguer à la ronde d’un œil et d’un sourire ravageurs, voilà ce qui vous pose aux yeux du monde. Quel piège mortel pour les enfants trop adorés qui contractent la soif inextinguible du plaisir d’être aimé et s’enfoncent dans la tristesse de ne pas savoir aimer ! Quant à l’argent, ce si bon serviteur pour qui sait s’en servir, quel pauvre substitut à l’amour dont on est frustré et que, faute de savoir le chercher où il se trouve, l’on abandonne pour s’adonner à la vaine poursuite de l’or. L’argent est infiniment pratique dans la mesure où il met tous les biens en proportion, si l’on veut. Mais l’amour est la raison de toutes choses, et sa valeur est sans mesure, puisqu’il ne passera pas.

En nous donnant son Esprit, Dieu nous donne de nous aimer comme lui : ainsi il fait toutes choses nouvelles. Le monde nouveau commence où les disciples mettent leur gloire à se laver les pieds les uns aux autres, selon l’exemple que leur a donné le maître à la veille de sa passion, lui qui, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu’au bout. Ainsi Dieu est glorifié en eux et, en retour, Dieu leur donne sa propre gloire : les hommes dont il veut faire ses enfants et qui le trouvent avec joie dans l’amour dont rayonnent les chrétiens. C’est ainsi qu’il ouvre aux païens la porte de la foi, afin que le monde entier marche vers le jour et la gloire des enfants de Dieu.