9 mai 2010 - Sixième dimanche de Pâques, Année C

Je vous dévoile le prototype ? (La mosaïque de Sainte-Pudentienne, à Rome)

Actes 15,1-2.22-29 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Apocalypse 21,10-14.22-23 - Jean 14,23-29
dimanche 9 mai 2010.
 

Je vous dévoile le prototype ? Complètement ? De haut en bas et d’un bout à l’autre ?

En haut, le ciel, chatoyant, où s’avancent les quatre Vivants. Ici-bas, douze hommes qui regardent vers nous, dans toutes les directions. Sauf les deux premiers qui se font face et se désignent mutuellement tandis que deux femmes en vêtement doré les couronnent. Au milieu, un homme vêtu d’or assis sur un trône bénit à sa droite. Sa tête émerge dans le ciel au centre d’une cité idéale dominée par une croix d’or gemmée qui atteint au zénith. Et qu’y a-t-il, là, au milieu de la cité, surmontant le dossier du trône ? Le Golgotha, sans doute, puisque la croix s’y dresse. Mais voyez ces irisations, cette phosphorescence de l’espace, comme si l’air y frémissait encore du passage d’un Dieu. N’est-ce pas la trace d’un geste, celui Christ qui vient de bénir le monde d’un bout à l’autre et dont nous voyons la main parvenue à l’extrémité de sa droite ? N’est-ce pas ce qu’il avait annoncé à ses disciples : « Comme l’éclair part du Levant et paraît jusqu’au Couchant, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme » (Matthieu 24,27) ?

Si telle est la clef d’interprétation de cette mosaïque de l’abside de Sainte-Pudentienne, tout s’éclaire. À gauche du Christ, la cité évoque manifestement Jérusalem telle qu’on la voyait à la fin du IVe siècle. Mais à sa droite, elle prend étrangement l’allure de Rome où nous sommes alors. À gauche se tient Pierre, reconnaissable à ses clefs. À droite, Paul lui fait face, et tous deux se donnent mutuelle reconnaissance. Les femmes qui les couronnent sont les deux Églises primitives, l’une issue de la circoncision et l’autre des nations. Les autres Apôtres regardent vers la mission qui les lance aux quatre coins du monde jusqu’aux extrémités de l’Univers. La bénédiction du Christ embrasse tout ce paysage et lui confère l’unité du dessein de Dieu : tout récapituler en lui selon le projet bienveillant de son amour sauveur.

Le thème de la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel d’auprès de Dieu, comme nous venons de l’entendre au livre de l’Apocalypse, est ici interprété dans toute sa force théologique. Il s’enracine dans l’Écriture où nous voyons le Seigneur offrir à la contemplation de Moïse le prototype céleste sur le modèle duquel il devra édifier la Tente de la rencontre au désert. Il s’y développe au fil des intuitions prophétiques de la splendeur finale que Dieu donnera à son Temple lorsqu’il aura restauré pour toujours sa demeure au milieu des fils d’Israël. Mais, à la lumière de Pâques, il atteint dans la méditation chrétienne la plénitude de son sens : « Dans la cité je n’ai pas vu de temple, car son Temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, et l’Agneau. » La croix, lieu du sacrifice parfait du Fils de Dieu, est devenue le trophée glorieux qui signe la victoire totale du Christ.

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole », dit le Seigneur. Cette fidélité ne peut se réduire à un arrêt sur image, s’il est vrai que la Parole s’accomplit dans un geste d’amour qui embrasse la totalité de l’histoire où Dieu s’est inscrit. N’allons donc pas penser que par le Nouveau Testament Dieu efface l’Ancien, ou que pour s’attacher le peuple nouveau de l’Alliance il doive répudier le premier. Bien au contraire, il est fidèle à tous ses dons. C’est pourquoi, contrairement à ce que nous aurions peut-être imaginé, les fondations de la Jérusalem céleste portent les noms des douze Apôtres de l’Agneau, mais ses portes ceux des douze tribus d’Israël. Israël n’est pas seulement le passé de l’Église, mais aussi son avenir.

Apocalypse signifie révélation, dévoilement. Par l’incarnation, Dieu a dévoilé le prototype de notre humanité en la personne de son Fils Jésus, car « il était au commencement auprès de Dieu et par lui tout a été fait ». Il est aussi notre but, puisque notre vocation sainte, nous qui sommes accueillis en lui par la grâce de la rédemption, nous fait espérer le jour où Dieu sera tout en tous. Il est l’Alpha et l’Oméga, lui, le Christ, le même hier, aujourd’hui et toujours. Si nous l’aimons, soyons fidèles à sa parole en accomplissant généreusement, avec l’Esprit Saint, la mission qu’il nous a confiée quand il nous a dit : « Je m’en vais et je viens vers vous. »


La mosaïque de l’abside - église Sainte-Pudentienne, Rome

La mosaïque de l’abside - église Sainte-Pudentienne, Rome - 120.2 ko