16 mai 2010 - Septième dimanche de Pâques, Année C

« J’adore le chef ! » C’est tout le programme

Actes 7,55-60 - Psaume 96,1-2.6-7.9 - Apocalypse 22,12-14.16-20 - Jean 17,20-26
dimanche 16 mai 2010.
 

L’orchestre va adorer un chef et haïr le suivant, expliquait un membre du jury, l’autre jour sur une antenne de référence, à propos d’un concours de jeunes talents. C’est une question de génie personnel, poursuivait-il, et de s’extasier sur le lauréat qui, à vingt et quelques années, manifestait une intelligence stupéfiante du compositeur qu’il interprétait.

Oui, le chef est la clef de voûte de l’édifice : il doit développer une compréhension à la fois fidèle et personnelle de l’œuvre et se montrer assez persuasif pour convaincre chacun des musiciens de mettre tout son talent au service de l’ensemble. Son interprétation devient le chiffre de l’unité du corps orchestral sans laquelle il n’y aurait que cacophonie. Et l’unité s’appelle ici musique, cette merveille propre à combler la sensibilité des auditeurs comme des musiciens eux-mêmes.

De même, François d’Assise se rendait parfois à Saint-Damien pour y retrouver Claire et les sœurs qu’il y avait installées, et s’entretenir avec elles des mystères du Royaume. Un jour, dit la légende, les habitants de la cité voyant une grande lueur monter au-dessus de la forêt du côté de l’ermitage s’y rendirent en hâte pour éteindre l’incendie. Découvrant que cet embrasement du ciel n’avait d’autre cause que le feu spirituel allumé au cœur de cette sainte assemblée, ils s’en revinrent rassurés et fort édifiés.

Cette histoire, qui se raconte aussi au sujet d’autres saints personnages occupés à scruter ensemble les textes inspirés, en particulier deux célèbres rabbis juifs, fait écho à l’expérience des disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il parlait avec nous sur la route et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » Oui, l’Esprit Saint est répandu sur ceux qui partagent l’écoute de la parole de Dieu de toute leur âme et de toute leur intelligence. Et cet Esprit prend ici le nom de feu, comme nous le verrons aussi dimanche prochain, lorsqu’il se répandra en langues sur les Apôtres réunis sur l’ordre du Seigneur Jésus.

C’est lui le Fils engendré non pas créé, l’icône parfaite et le véritable interprète du Père, celui en qui le Créateur trouve « toute sa complaisance ». Il est le seul chef qui puisse nous persuader de mettre toute notre personne au service du corps ecclésial de manière à faire de notre existence une vivante offrande à la louange de sa gloire. Tout autre qui viendrait après lui et prétendrait prendre sa place est haïssable et mérite d’être retranché. En lui seul les saints font monter vers le ciel une symphonie digne de ravir tous ceux qui l’écoutent comme les interprètes eux-mêmes. Même les bourreaux en sont confondus, comme Saul pour qui Étienne a prié en offrant sa vie avec le Christ, et il a obtenu la conversion du persécuteur.

Et nous ici, frères, n’est-ce pas le Christ qui nous parle quand on proclame l’Écriture, et lui qui nous l’explique quand nous cherchons à la comprendre ensemble ? C’est pourquoi la messe ne commence pas au lever du voile du calice, ni à la communion, mais elle comprend la liturgie de la Parole et celle de l’Eucharistie, dans une unité qui n’est autre que celle du Fils de Dieu mort et ressuscité, le Verbe fait chair qui nous éclaire et se donne en nourriture de vie éternelle. Et cette unité qui se communique à nous pour nous purifier, nous unir et nous fortifier est un autre nom de l’Esprit. Et cette unité n’est autre que celle de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, où nous sommes accueillis dans l’adoration et l’amour, car Dieu est Amour.

C’est pourquoi il n’est d’autre programme pour les chrétiens que d’adorer le Christ et de haïr le péché qui nous tenait en son pouvoir, chacun de tout lui-même et tous ensemble d’un seul cœur. Glorifions-le par des chants de louange, ici dans notre assemblée sainte, et par la musique de notre vie conforme à la sienne sous le signe de l’Évangile. Comme saint François et sainte Claire, n’ayons pas de plus grand désir que de nous entretenir de Jésus Christ et d’avoir part à ce dialogue angélique plus délicieux que la musique des sphères et plus brûlant que l’amour des amants. Alors il se manifestera en nous car Dieu habite les hymnes de son peuple. Adorons le chef de notre foi en recevant la Parole, le chef de l’Église dont nous sommes le corps, le chef des vivants qui libère tout homme du mal et de la mort : il n’est pas d’autre moyen pour que l’Esprit Saint soit répandu sur toute chair, ni d’autre chemin pour que le monde soit sauvé.