Dimanche 23 mai 2010 - Pentecôte Année C

Votre chair est pleine d’esprit

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Romains 8,8-17 - Jean 14,15-16.23b-26
dimanche 23 mai 2010.
 

Cela ressemble à un compliment baroque, du genre : votre grâce est pleine de bonté. Sauf que, dans les esprits, il y a du bon et du mauvais.

Quant à la chair, elle est ce qui réclame, qui éprouve et qui désire. Votre chair est pleine de désirs, c’est sûr. Mais qu’est-ce que le désir ? Il est fait aussi de mémoire, de culture et de mots. Ah, les mots ! Ils habitent notre corps, ils remplissent notre chair, certains la déchirent, d’autres la guérissent ou lui donnent la force et la paix. Les mots, c’est de l’esprit, non ?

Au fait, qu’est-ce que l’esprit ? Personne n’en a jamais vu. Par définition, puisque l’esprit est invisible. Ceux qui disent avoir vu un esprit n’ont cru apercevoir qu’un drap semblant épouser une forme, ou des rideaux qui bougent “tout seuls”.

Le mot vient du latin spiritus, du verbe spirare, respirer. L’imperceptible haleine, voilà ce qui nous impressionne, invisible et fugace, elle distingue le vivant du mort. Ce n’est qu’un mot qui nous sert, par métaphore, à désigner ces réalités inconnues et insaisissables qui peuplent pourtant le monde et le meuvent. “Dieu”, de même, n’est qu’un mot, signifiant au départ la clarté d’en haut qu’on aperçoit en bas, et qui nous sert à désigner Celui que personne n’a jamais vu et dont tous ont l’intuition de l’existence.

Les esprits sont nombreux, disais-je, et parfois mauvais. Mais la révélation biblique a progressivement dévoilé qu’il y avait un Esprit parfaitement bon, l’Esprit Saint. C’est de lui que parlent les textes d’aujourd’hui, en termes d’abord de paroles, de langage et de mots. Il est descendu sur les Apôtres comme un feu se partageant en langues, en sorte qu’ils se sont mis à parler en toutes langues.

L’Esprit de vérité est le témoin authentique de Jésus, la Parole faite chair, il est répandu sur ceux qui font mémoire de lui, de sa venue parmi nous, de son sacrifice sur la croix pour le rachat du monde, de sa résurrection le troisième jour et de son ascension à la droite du Père. C’est ainsi qu’il nous est donné, et ainsi seulement.

Celui qui désire l’Esprit, qu’il se joigne aux disciples de Jésus, qu’il partage avec eux son mémorial, qu’il se laisse imprégner de la parole de vérité, qu’elle le pénètre profondément, qu’il l’accueille “en tout son cœur, en toute son âme et en tout son esprit” (Matthieu 22,37), afin qu’il soit répandu sur lui et tous ses compagnons dans la foi. Alors s’accomplit la promesse de Dieu au prophète Joël : « Il arrivera dans les derniers jours que je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles deviendront prophètes ». C’est ce qu’explique Pierre aux auditeurs médusés, dans la suite du passage des Actes que nous avons entendu en première lecture.

L’Esprit Saint descendant sur nous a le pouvoir de fusionner, pour ainsi dire, avec notre esprit de manière à le changer en un esprit qui plaise à Dieu. Quand saint Paul parle de la chair, dans la deuxième lecture, il désigne ce qui en nous est lié à la terre et à notre condition humaine marquée de faiblesse et de péché. Cette “chair” comporte notre esprit et tous les esprits du monde, et rien en elle ne peut plaire à Dieu comme Jésus, son Fils bien-aimé de toute éternité. Mais par l’effusion de l’Esprit (“effusion” est simplement le substantif qui correspond au verbe “répandre”) Dieu transforme radicalement nos désirs : il les arrache à la pesanteur de notre condition de besoin et de convoitise pour les fondre dans le désir de l’Esprit, qui est de nous rassembler tout à fait dans l’amour du Père, par la grâce du Fils.

C’est ainsi que les saints peuvent aller même jusqu’à désirer souffrir, en contradiction totale avec ce que cherche le monde. En fait, ils désirent non pas souffrir pour souffrir, mais pour être en communion avec le Christ. À vrai dire, il ne faut désirer que le Christ. Et, s’il arrive que nous devions souffrir, l’Esprit nous fera aimer jusqu’à cette souffrance, pourvu qu’elle nous conduise à hériter de Dieu avec lui dans sa gloire.

Ainsi notre chair s’emplit du désir de Dieu qui est dans le Christ Jésus, avec l’Esprit de vérité qui nous pousse à communiquer ce feu au monde entier jusqu’à la venue du Christ dans la gloire, jusqu’à ce que la connaissance de Dieu remplisse la terre et l’Esprit Saint l’univers mieux que l’eau ne couvre les mers.