Dimanche 6 juin 2010 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, année C - Première Communion

« Qu’est-ce que tu manges, toi ? »

Genèse 14,18-20 - Psaume 109,1-4 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Luc 9,11b-17
dimanche 6 juin 2010.
 

C’est la question que pose la grenouille à grande bouche à ceux qu’elle rencontre en chemin après leur avoir demandé leur nom : « Qui tu es, toi ? » Vous ne connaissez pas l’histoire ? Si vous êtes sages, je vous la raconterai à la fin.

En tout cas, c’est normal de s’intéresser à ce que mangent les autres. Vous-mêmes êtes peut-être en train de penser à ce que vous aller partager en ce jour de fête, au repas que vous avez préparé pour la circonstance. Vous pourrez en parler entre vous, mais à la fin. Pour l’instant, écoutez. La nourriture est ce qui nous donne la force de vivre chaque jour, le plaisir le plus sûr et le plus constant de l’existence, et même ce qu’il y a que plus grand, l’amour : il n’est que de voir un bébé téter sa maman et elle, en retour, le dévorer de baisers.

Quand même, quand on y pense : Jésus aussi a été un tel bébé dans les bras de la Vierge Marie ! Mais, en grandissant, il a appris à parler d’une autre nourriture, qui fut en vérité la sienne tout le temps. Il le dit à ses disciples : « Pour moi, j’ai une nourriture que vous ne connaissez pas. » Et comme ils se demandent si quelqu’un ne lui a pas apporté quelque mets exotique en leur absence, le Christ précise : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. »

Vous vous rappelez ? C’est dans l’évangile de Jean, au cœur de la rencontre avec la Samaritaine. Or, en cet épisode que nous pouvons entendre chaque troisième dimanche de Carême, s’inscrit nettement en filigrane la prophétie de la croix. En effet, Jésus fera la volonté de son Père jusqu’à la grande obéissance du sacrifice de sa vie. Et c’est là que nous sommes sauvés.

Le rapprochement qu’opère la liturgie entre la rencontre d’Abram et de Melchisédek (première lecture) et la fête de ce jour nous instruit à ce sujet. Pour plus de détail, vous pourrez interroger les enfants qui vont communier, parce qu’ils ont eu une explication au cours de leur retraite hier. Vous pourrez aussi vous référer à l’éditorial qui en parle, mais vous verrez cela à la fin. Pour l’essentiel, ce rapprochement nous donne à comprendre que Jésus, par sa mort sur la croix, nous arrache au pouvoir du péché qui s’était emparé de nous, comme Abram a libéré son parent Loth, sa famille, ses serviteurs et tous ses biens. Quand le Christ nous partage son Corps et son Sang, il nous donne de faire mémoire de cette libération, en sorte qu’elle se réalise de plus belle pour nous maintenant.

Nous le savons, trop souvent le péché est plus fort que nous : il nous entraîne à faire le mal que nous ne voudrions pas et il nous empêche de faire le bien que nous aimerions. Être libérés par le Christ, c’est pouvoir enfin accomplir le bien et éviter le mal, pour notre plus grand bonheur. C’est pourquoi « faire la volonté du Père » est une nourriture : elle nous donne la force de vivre, le plaisir d’agir selon le bien et, par-dessus tout, l’amour. Cette nourriture, nous ne la connaissions pas avant de connaître Jésus ressuscité et de l’aimer jusqu’à nous donner tout entiers à lui qui se donne à nous.

Mais ce don inouï ne délivre ses bienfaits qu’en celui qui le reçoit avec foi. Croyez-vous que Jésus est mort sur la croix pour nous sauver, qu’il est monté au ciel et que c’est vraiment son corps et son sang que nous recevons quand nous mangeons un petit morceau de ce qui ne semble qu’un pain un peu spécial ? Sinon, celui qui communie ne communie pas : ce qui lui est donné est vraiment le corps du Christ, mais c’est pour lui comme s’il ne le recevait pas.

Mes amis, quel que soit votre âge, entrez dans la sagesse, la sagesse suprême, en ajoutant foi à la parole de Dieu. Car c’est le Fils éternel de Dieu lui-même, la Parole, la Sagesse, le Verbe, qui s’est fait chair pour nous et nourriture de notre vie éternelle. Laissez-vous libérer par le Christ afin de vivre enfin dans la charité, l’amour qui ne passera jamais. Alors vous connaîtrez la joie que rien ne pourra nous enlever. Mais je vous le redis, cette communion ne sera pour vous le don de Dieu que si vous la recevez dans la foi au Fils de Dieu, dans la foi de votre baptême.

C’est pourquoi, à chacun de ces enfants qui vont se présenter à l’autel pour la première fois, je ne demanderai pas « Qui es-tu ? », mais il me dira quand même son prénom, son nom de baptême. Et, reprenant ce nom, je ne lui demanderai pas « Et qu’est que tu vas manger, toi ? », mais il me répondra quand même, quand je lui annoncerai « Le corps du Christ », il me répondra « Amen ».