Dimanche 21 juin 1998 - 12e dimanche C

Pour que personne ne soit plus jamais seul

Zacharie 12,10-11a et 13,1 - Psaume 62,1-6.8-9 - Galates 3,26-29 - Luc 9,18-24
dimanche 20 juin 2010.
 

Les enfants, vous est-il arrivé d’aller visiter quelqu’un de très malade ? Et vous a-t-on fait voir quelqu’un qui était mort ?

Aujourd’hui, beaucoup pensent qu’il ne faut pas montrer les grands malades aux enfants, et encore moins les morts.

Plus généralement, notre société essaie de cacher la souffrance et la mort. Pourquoi ? Parce que notre époque ne les supporterait plus ? Mais la souffrance et la mort ont toujours été insupportables, et elles le seront toujours. Seulement, de nos jours, on ne sait plus que dire devant cette réalité aussi inévitable qu’intolérable ; on dit même qu’il ne faut rien dire, qu’il n’y a rien à dire !

Pourtant, heureusement, nous continuons à visiter les grands malades. Et, devant l’un d’entre eux, que nous arrive-t-il ? Nous éprouvons de façon terrible à quel point il est isolé, retranché de la société des vivants. Tout l’enjeu de la rencontre est alors de parvenir, par le regard, la parole, le contact de la main ou le son de la voix, à le rejoindre vraiment là où il est seul.

Parfois, c’est l’échec, que nous ressentons très douloureusement. Souvent, nous restons dans l’incertitude : l’avons-nous rejoint ? Peut-être. Mais il arrive aussi que nous éprouvions clairement la réussite de la rencontre : explicitement ou par un signe à peine perceptible, il manifeste la joie de nous avoir reçu, comme une résurrection.

C’est pourquoi l’évangile d’aujourd’hui commence ainsi : "Un jour Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea..." En fait, on comprend mieux ce dont il s’agit quand on se rapporte au texte grec, littéralement : "Et il arriva que, Jésus étant en prière dans l’isolement, ses disciples étaient avec lui, et il les interrogea..." Il y a là une contradiction dans les termes : Jésus était en son isolement, et ses disciples "étaient avec lui". Etait-il seul, oui ou non ?

Jésus en prière dans son isolement, c’est le Christ en sa Passion et sur la croix, selon ce qu’il va d’ailleurs annoncer dans un instant en réplique à la réponse de Pierre qui le reconnaît comme le Messie de Dieu : "Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté..." Jésus, en effet, sera rejeté par les siens et par tous, exclu de la société des vivants.

A cette question, le monde n’a pas de réponse. Alors il en invente. Mais elles sont mensonge.

Chrétiens, nous n’avons pas plus de réponse que le monde à cette question. Nous en avons même moins, puisque nous ne pouvons mentir. Alors, chrétiens, n’avons-nous rien à dire ?

Nous avons, nous, une question de plus : pourquoi fallait-il que le Fils de l’homme souffre beaucoup et soit tué ? Et nous voyons en chaque homme qui souffre et qui meurt la réponse à cette question : c’était pour le rejoindre en son isolement.

Ne craignons donc pas d’emmener les enfants visiter les malades et veiller les morts. Allons-y comme on va en pèlerinage.

Ainsi nous serons témoins de la puissance et de la sagesse de Dieu, qui a envoyé son Fils rejoindre tout homme au creux de sa détresse, afin que personne ne soit plus jamais seul en sa vie ni dans sa mort, pour nous sauver tous en sa résurrection, au jour de consolation.