Dimanche 4 juillet 2010 - 14e dimanche C

Vous avez déjà vu une création nouvelle ?

Isaïe 66,10-14 - Psaume 65,1-7.16.20 - Galates 6,14-18 - Luc 10,1-12.17-20
dimanche 4 juillet 2010.
 

Vous avez déjà vu une création nouvelle ?

Vous pensez peut-être à une œuvre d’art. Mais si c’est vraiment une création, elle est forcément nouvelle. Quant à la planète, avec tout l’univers qui l’entoure, il ne paraît pas raisonnable d’en espérer une de rechange, c’est pourquoi nous devrions faire plus attention à celle que nous avons.

Pourtant, Dieu nous a bien promis, dans l’Écriture, des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Mais il ne s’agit pas de remplacer les éléments usés par des neufs et de continuer comme avant, comme on fait pour une voiture ou une chemise. L’univers renouvelé est pour la fin du monde, ce qui n’est pas pour demain, ou peut-être si, on n’en sait presque rien. D’ailleurs, ce n’est pas immédiatement à cela que pense l’apôtre Paul quand il dit aujourd’hui : « Ce qui compte, c’est la création nouvelle. » Aussitôt après, en effet, il explique l’expression en parlant de « suivre cette règle de vie ». C’est donc tout simplement la manière chrétienne de vivre qui constitue la création nouvelle !

Il est bon de nous le rappeler au moment où le pape Benoît XVI promeut une « évangélisation renouvelée » pour les pays de vieille chrétienté qui connaissent une sécularisation avancée. Soyons attentifs à la nuance de langage : Jean-Paul II avait lancé, lui, dès 1979, la « nouvelle évangélisation ». Son successeur s’inscrit clairement dans son sillage, mais avec une légère modification des termes qui doit avoir son importance. Il me semble que le pape entend prendre mieux en compte une réalité qui s’est manifestée à l’usage depuis trente ans : on ne peut « évangéliser » des cultures profondément imprégnées de leur passé chrétien comme des païens qui découvrent tout, qui n’ont pas, eux, été « vaccinés » contre l’Évangile. On ne peut donc évangéliser une deuxième fois comme la première, il faut inventer une évangélisation « renouvelée ».

Il y a beaucoup à dire et à réfléchir encore sur ce sujet que beaucoup ont pratiqué avec enthousiasme, parfois avec une certaine grâce et parfois à tort et à travers plutôt qu’à temps et contre-temps. En tout cas, aucune méthode, aucun moyen ni aucune énergie ne sauraient remplacer l’essentiel dont nous parle saint Paul : la conversion personnelle qui fait vivre le chrétien d’une manière tellement plus parfaite par rapport au commun des hommes qu’ils ne pourront manquer d’y deviner une « création nouvelle ».

Prenons un exemple. Un homme très musclé, pour exprimer sa différence chrétienne peut dire : je vais soulever 100 kg pour Jésus. Ce sera un peu dérisoire. En revanche, s’il met toute sa force au service du droit et du faible dans sa vie quotidienne, avec simplicité et par pure bonté, là on pourra voir du neuf. Certes, parmi les païens, il est des hommes puissants qui, par vertu, n’usent de leur pouvoir qu’avec mesure et justice. Mais, de là à renoncer à en profiter, il y a un monde ! Nous pourrions ainsi passer en revue toutes les qualités et les avantages qui ont de la valeur sur la terre. Mais il y a mieux encore.

Nos faiblesses, nos défauts, nos handicaps, nos deuils, nos maladies, nos misères, nos erreurs, notre vieillesse et même notre mort, qu’allons-nous en faire en tant que chrétiens ? Si nous savons les accueillir, les respecter, les honorer, même, avec toute la sagesse et la prudence de l’amour dans la vérité, alors là il y aura du nouveau sur la terre des hommes ! C’est pourquoi saint Paul parle d’abord de la croix de notre Seigneur Jésus Christ comme de sa seule fierté, et ensuite des souffrances de Jésus dont il porte la marque en son corps.

Pensons-y, mes amis, pour nous-mêmes. Jésus envoie ses disciples devant lui « dans tous les lieux où lui-même doit aller ». Sommes-nous ses disciples ? Oui ? Alors nous sommes envoyés devant lui là où nous nous trouvons : en famille ou en société, au travail ou en vacances, à l’école ou dans les loisirs, là où il n’y a pas ou plus de connaissance de Dieu ni de sa grâce. Par notre façon d’être, nous pouvons être des témoins de la création nouvelle ou bien, au contraire, la confirmation aux yeux de nos contemporains qu’être chrétiens ne sert à rien. En tout cas, il ne servira à rien de fuir le problème en se cachant prudemment d’être chrétien !

Laissons-nous revitaliser par l’Esprit Saint, dans la prière et les sacrements, dans le partage fraternel d’une vie de charité. Alors « le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs », car nous serons vraiment une « œuvre d’art » de Dieu, une création nouvelle au regard du monde qui cherche la vérité et l’amour, et qui les trouvera en nous par la grâce du Christ.