Dimanche 11 juillet 2010 - 15e dimanche C

Les gens de peu, il y en a beaucoup par ici ?

Deutéronome 30,10-14 - Psaume 18,8-11 - Colossiens 1,15-20 - Luc 10,25-37
dimanche 11 juillet 2010.
 

Et d’abord, qu’est-ce que cela veut dire, des « gens de peu » : qui ont peu de moyens, qui sont peu fortunés ?, qui ont peu d’ambition, qui se contentent de peu ?, ou plus probablement qui ont peu d’importance, qui comptent peu ?

L’expression est désuète : selon les goûts on dira qu’elle fleure bon l’Ancien Régime ou qu’elle en a des relents, mais la chose est toujours actuelle. Aujourd’hui encore, il y a les gens importants et les autres, ceux qu’on peut traiter comme quantité négligeable, du moins s’ils ne font pas masse.

Les personnages de la parabole d’aujourd’hui sont des gens de peu. L’homme tombé sur les bandits est sans nom ni titre. Si les brigands l’ont battu si méchamment, c’est peut-être aussi parce qu’il n’avait pas grand-chose de valeur à leur donner. Pourtant, il n’est même pas mort, seulement à demi. C’est donc un fait divers de peu, de peu de gravité. Le Samaritain s’occupe de lui, mais s’il ne l’avait pas fait, qu’aurait-on dit de lui ! Voyez ce qu’on pense du prêtre et du lévite qui sont passés à côté. En fait, cet étranger est un héros de peu, de peu de dépense : il n’agit pas au prix de sa vie, ni même de sa fortune, mais seulement d’un peu de retard sur son chemin et de deux ou trois pièces d’argent, ce qui n’est pas tellement.

Finalement, cette parabole est faite de fort peu de chose : un homme même pas mort, un butin sans doute pas bien lourd, des lâches assez ordinaires - d’autant que, prêtre et lévite, ils avaient la médiocre excuse de devoir garder la pureté rituelle pour pouvoir accomplir leur service au Temple -, un héros de patronage et un aubergiste quelconque. Pourtant, il s’agit d’un des plus beaux textes de sagesse qu’on ait jamais écrits, d’une puissance littéraire saisissante, compréhensible par tous, et riche d’une magnifique leçon d’humanité. Et encore, tout cela est peu de chose à côté du fait qu’il nous parle de Jésus Christ, qu’il nous révèle le Fils de Dieu venu dans notre chair pour nous sauver.

Or, justement, le Fils de Dieu s’est fait homme de relativement peu d’importance : ni grand général, ni sculpteur ou peintre de génie, ni riche entrepreneur, ni puissant homme d’État, il n’était aux yeux du monde qu’un des maîtres de sagesse de ce petit pays de Judée et Galilée occupé par les Romains. Il est resté suffisamment discret dans ses miracles et exorcismes pour que seuls les évangiles pratiquement en gardent la trace. Il s’est occupé de peu de chose, en fait : les petites histoires des hommes et des femmes de son temps, un mariage quelque part, un épileptique ailleurs, des maladies de peau et des désordres psychologiques par-ci par-là sur son chemin... rarement des faits plus éclatants, restés d’ailleurs confidentiels ou étouffés.

Et pourtant, c’est ainsi qu’il nous a révélé le plus étonnant : que Dieu, le Dieu très haut et tout-puissant s’intéresse à nous de près, jusqu’aux plus petites choses de nos vies fugaces. Dieu s’est mis au rang des gens de peu ! De peu de moyens : pour prendre soin de nous, il ne dispose guère que de nous, en particuliers des bons Samaritains de passage et des aubergistes ordinaires. De peu d’ambition, si l’on peut dire, puisqu’il se contente de peu : il est tout heureux que l’homme quelconque tombé sur les bandits soit soigné et ramené à la vie ! Et c’est pourquoi sans doute il compte si peu dans l’histoire des hommes, du moins en apparence : n’est-il pas considéré comme sans importance par les grands de ce monde la plupart du temps ? Les gens importants, aujourd’hui comme hier, ne sont-ils pas toujours tentés de se soucier aussi peu de Dieu que de leur prochain lorsque leurs intérêts majeurs sont en jeu ?

Qu’elle est mystérieuse, cette histoire des hommes où l’on peut prétendre ignorer superbement ce que Dieu a pourtant révélé merveilleusement : qu’il a voulu tout réconcilier par le Christ et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix !

Ainsi Dieu a montré que le plus petit était pour lui comme le plus important en devenant un homme de peu afin de donner à tous les hommes sa gloire de Dieu !