Dimanche 18 juillet 2010 - 16e dimanche C

La femme est occupée.

Genèse 18,1-10a - Psaume 14,1-5 - Colossiens 1,24-28 - Luc 10,38-42
dimanche 18 juillet 2010.
 

Objectivement, qu’est-ce qui différencie l’homme et la femme face au marché du travail ? La maternité, assurément, qui occupe la femme légitimement. La grossesse bien sûr, d’abord, mais aussi l’accouchement et ses suites, l’allaitement souvent et tous les soins que la mère aime à dispenser longtemps elle-même à son nourrisson. Elle n’y est pas obligée, dira-t-on, en tout cas pas de s’y employer sans cesse. Sans doute, mais c’est quand même bien naturel qu’elle désire enfanter, et même si elle ne passe pas sa vie en couches, même si pour telle ou telle raison elle ne connaît jamais cette joie, la possibilité qui en est inscrite dans sa chair structure symboliquement toute son existence.

L’homme, lui, n’a que ses affaires pour s’occuper : son métier, ses passions sportives ou intellectuelles, ses entreprises en tout genre pour vivre et faire vivre, ou pour se sentir exister. Son cas est intéressant aussi, mais, si vous le permettez, je me concentrerai aujourd’hui plutôt sur celui de la femme, m’autorisant pour cela de l’évangile de Marthe et de Marie.

Dans ce passage, Marthe, évidemment, représente la femme tout adonnée à ces activités qui déploient ses capacités de nourrir et de soigner. Et Marie ? Sa situation n’est pas moins féminine, je crois, que celle de sa sœur. Elle manifeste la disposition de la femme à être occupée à 100% par l’écoute de l’autre qu’elle aime, par le fait de le recevoir et de l’accueillir en elle.

Les deux temps successifs de l’amour féminin, en somme, sont représentés par les deux sœurs. Et quand Jésus dit que Marie a choisi la meilleure part, il est difficile de ne pas y voir le constat d’une évidence. C’est d’ailleurs pourquoi les auditrices de ce passage évangélique l’entendent souvent d’une mauvaise oreille : elles y subodorent la justification d’une situation dont elles ont parfois éprouvé l’injustice. En effet, pourquoi faudrait-il que l’une n’ait que la meilleure part et l’autre le reste ?

En réalité, il est normal que l’autre part succède à la meilleure, non comme un prix à payer mais comme le déploiement et l’inscription dans le temps de la première. D’ailleurs, la suivante n’abolit pas la précédente, mais les deux s’animent dans un jeu rythmé où elles s’appellent, se complètent et s’interpénètrent l’une l’autre. C’est ainsi que le mariage fait le bonheur de l’épouse. C’est pourquoi tous l’espèrent pour elle au jour de ses noces, et l’Église le demande ardemment dans la bénédiction nuptiale.

Ce qui est vrai dans l’ordre naturel de la conjugalité ne l’est pas moins au registre de la spiritualité. Le commerce amoureux de l’âme fidèle avec son Seigneur, écoute passionnée de sa parole et contemplation assidue qui s’accomplit dans l’adoration, ne peut durer toujours en ce monde. Elle est bien l’anticipation de ce qui sera le régime éternel de la béatitude des justes, mais en attendant elle doit se résoudre ici-bas en un service actif de Dieu et de ses enfants. Elle est bien la meilleure part, celle qui ne sera pas enlevée aux véritables adorateurs du Père, mais elle doit se réaliser provisoirement en l’autre part qui n’en est pas moins véritablement bonne. C’est pourquoi à la femme qui déclarait heureuse celle qui l’avait porté et nourri, Jésus répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent », rendant ainsi doublement hommage à sa très sainte mère.

Ici comme ailleurs, la révélation évangélique nous indique à la fois le caractère sacré de notre simple humanité naturelle, « divine » en tant que créée à l’image de Dieu, et le saut qualitatif qui se réalise dans la rédemption par la grâce de Jésus Christ, le Fils éternel de Dieu. La femme, par sa capacité à donner la vie et à l’entretenir en lui prodiguant soins et nourriture tirée d’elle-même, ressemble à Dieu particulièrement. Une femme, nommée Marie, est même devenue « Mère de Dieu », pour l’honneur et la gloire de toutes les femmes. Mais cette grandeur peut inspirer une fascination qui risque de tourner en idolâtrie, ce qu’indique l’Écriture lorsque Adam, après le péché, nomma sa femme Ève parce que, dit-il, elle fut la mère de tous les vivants.

Si Dieu s’est abaissé jusqu’à se laisser mettre au monde et nourrir par l’homme, ce qu’annonçait déjà la rencontre d’Abraham avec les Anges aux chênes de Mambré, c’est afin que l’homme devienne Dieu en étant sauvé du péché qui l’a détourné de son Créateur. Ce péché, c’est l’orgueil de se croire propriétaire de sa propre grandeur, alors qu’elle est toujours un don gratuit du Tout Puissant. Seule l’humilité du Fils de Dieu peut nous sauver, lui qui ne cesse de se tourner vers le Père pour recevoir de lui la vie et l’être, et la gloire qui lui sont dispensées sans mesure.

Comme Jésus est le Fils tout d’occupé d’aimer le Père et de le servir, ainsi doit devenir le disciple, homme ou femme, dans la joie d’accomplir en lui le Christ dans tous ses états.