Jeudi 29 mai 2003 - L’Ascension du Seigneur

Et maintenant, on va rire !

Actes 1,1-11 - Éphésiens 4,1-16 - Marc 16,15-20
jeudi 29 mai 2003.
 

Et maintenant, on va rire !

Promesse, ou menace ? Rire : quel bonheur ! Oui, mais la plupart du temps quelqu’un en fait les frais. "Maintenant on va rire" peut sonner la revanche ou la vengeance. Le triomphe des uns fait souvent le malheur des autres.

"Triomphe", vous savez d’où vient le mot ? En latin, il désigne précisément la rentrée solennelle dans Rome d’un général victorieux en quelque lointaine campagne. Le glorieux chef défile à la tête de ses troupes, accompagné de trophées, suivi de prisonniers de guerre, souvent barbares enchaînés curieux à voir comme bêtes féroces en cage, et distribuant à la foule en liesse une partie du butin qu’il rapporte. Tout cela est très réjouissant, sauf pour les prisonniers, et fort intéressant pour l’avenir politique du général en question.

Eh bien nous fêtons aujourd’hui le triomphe de Jésus. Il rentre au ciel, lui qui en était descendu jusqu’au plus bas de notre condition humaine, il y rentre après sa campagne victorieuse contre le péché et la mort cloués à la croix en son corps. Et qui sont les prisonniers ? Ce sont les Apôtres, arrachés par la foi à la domination du péché qui conduit à la dégradation et à la mort pour être établis dans la servitude de Dieu qui est liberté et bonheur. Ces mêmes Apôtres sont aussi les dons que le Christ fait aux hommes en son triomphe.

Tel est le sens des paroles que vous avez entendues dans la première lecture, où saint Paul cite librement le Psaume 67/68 : Il est monté sur la hauteur, emmenant des prisonniers, il a fait des dons aux hommes. Le Psalmiste, déjà, chantait le triomphe du Dieu d’Israël sur toutes les nations de la terre, mais il ne pouvait encore imaginer que les vaincus seraient, dans leur défaite même, sauvés par le Messie et établis comme sauveurs avec lui. Ainsi, dans le triomphe de Dieu, il n’y a pas de malheureux.

La victoire du Christ en sa Pâque, par sa mort et sa résurrection, est célébrée et consacrée dans son Ascension triomphale qui annonce la suite glorieuse de l’évangélisation de tous les peuples. Aujourd’hui, en cette fête, nous sommes au milieu de l’Histoire.

Vous avez entendu l’évangile : il s’agit, en cette année "saint Marc", de la finale ajoutée tardivement au livret qui se terminait auparavant, de manière étrange, par le texte proclamé dans la nuit de Pâques dernière. Les femmes accourues au tombeau le trouvent vide du corps de Jésus, mais occupé par un jeune homme en blanc qui les envoie annoncer la résurrection aux disciples. Or, elles ne le font pas : "Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur." Tels étaient les derniers mots de l’évangile selon saint Marc ! Inutile de dire de ce texte appelait impérieusement une suite, sinon textuelle, du moins existentielle. Et c’est bien ce qui s’est passé dans la communauté où l’évangile de Marc fut écrit, comme dans toutes celles où il fut proclamé.

Mais lorsque saint Luc, poussé par l’Esprit Saint de même que saint Marc, entreprit son œuvre, ce fut pour mettre aussi la suite noir sur blanc en l’inscrivant clairement dans le prolongement de l’évangile. C’est pourquoi le début des Actes des Apôtres, entendu en première lecture, situe ce livre comme second par rapport au premier qui n’est autre que l’évangile selon saint Luc. En bon littérateur, Luc commence le tome 2 par une introduction dans laquelle le résumé du tome 1, l’action et les paroles de Jésus depuis le début jusqu’à l’Ascension, précède le plan et l’annonce du contenu de l’ouvrage : l’évangélisation jusqu’aux extrémités de la Terre.

En somme, après la victoire décisive de Pâques, toute la Terre va tomber au pouvoir du Christ par l’action de l’Esprit Saint et de ses Apôtres, en qui il continue à agir lui-même. Voilà le programme. Mais comment va-t-il se réaliser ?

À la pointe de l’épée ? Sûrement pas ! Comment l’œuvre du Christ, accomplie dans l’humilité et l’abaissement d’un amour qui va jusqu’au sacrifice de toute sa personne pourrait-elle se perpétuer par des moyens et des attitudes contraires ? Aucune arrogance, aucune haine, aucune violence ne sauraient servir la cause du Fils de l’homme élevé sur la croix pour le salut du monde.

Si nous connaissons aujourd’hui une certaine crise dans notre Église, si l’évangélisation semble être comme tombée en panne, n’est-ce pas que nous avons oublié la nécessité première, selon les paroles de l’Apôtre, d’avoir beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, de nous supporter les uns les autres avec amour et de garder l’unité dans l’Esprit par les liens de la paix ? Commençons donc par nous reprendre sur ce chapitre, et nous pourrons relancer de plus belle notre marche de l’Évangile.

Allons-nous, pour autant, nous lamenter, ramper et nous déchirer la poitrine ? Sûrement pas non plus ! Car aujourd’hui nous fêtons notre triomphe, et nous ne l’oublierons pas, surtout dans les épreuves et les humiliations dont, comme les Apôtres, nous sortirons tout joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus.

En effet, notre sourire éternel est au ciel jusqu’au jour où nous le rejoindrons et, déjà, il se penche sur nous avec tendresse en cette Eucharistie.