Dimanche 8 août 2010 - 19e dimanche C

Réveillez votre désir !

Sagesse 18,6-9 - Psaume 32,1.12.18-20.22 - Hébreux 11,1-2.8-19 - Luc 12,32-48
dimanche 8 août 2010.
 

Pourquoi réveiller son désir ? Parce que la routine et l’usure du temps affadissent les relations les plus brûlantes. Parce que sans désir tout devient corvée. Parce que, peu motivé, l’on travaille mal. Parce que, qui fait mauvais ouvrage en subira les conséquences.

Bref, c’est la catastrophe si le désir est mort. Il faut donc réveiller le désir du désir. Rappelez-vous : sa vivacité donne goût à toute chose, les efforts et les souffrances qu’il coûte à satisfaire n’en donnent que plus de prix à l’objet qu’il espère et il attire sans peine récompense sur récompense.

Le désir est désirable comme l’amour est aimable. Et que serait amour sans désir ? Un ciel sans étoiles, la mer sans les vagues, un verger sans parfums, un festin sans vin, des mains qui ne peuvent s’ouvrir, des pieds jamais nus, une bouche ignorant le baiser, des mots privés de musique, une danse abandonnée des anges.

Ainsi serait la foi sans l’espérance. Vous croyez en Dieu, n’est-ce pas, et vous croyez en Jésus Christ ? Vous ajoutez foi à sa parole, vous savez qu’il faut la mettre en pratique et vous vous y efforcez ? Mais pourquoi ? Par pure contrainte de vertu ou de raison, ou bien parce que vous aspirez à connaître Dieu et à le posséder ?

Écoutez l’évangile d’aujourd’hui d’une oreille éveillée au désir et à l’amour : n’est-ce pas à cela qu’invitent ces paroles de trésor et de cieux, de lampes et de feu ? Voyez cette passion qui porte à se servir l’un l’autre, tour à tour, avec une dévotion d’esclave et une considération de roi.

Et si vous ne ressentez pas en votre âme le frémissement d’un envol irrépressible, si vous ne vibrez pas à cet appel, craignez du moins de manquer à y répondre. Si vous croyez qu’il est le Seigneur, pensez-vous que vous pourrez le traiter avec dédain en faisant la sourde oreille sans en subir les conséquences ? Et si vous refusez de croire, pensez-vous vous en tirer comme ça ?

La foi sans l’espérance, les démons l’ont. Et ils tremblent parce que c’est la voie de l’enfer. C’est pourquoi Jésus parle de coups mérités : un grand nombre pour le grand cynique, mais aussi un petit nombre pour le petit malin qui trouve moyen d’ignorer la volonté de son maître. Que la crainte de ces coups nous soit salutaire, qu’elle nous rappelle au goût du désir et au bonheur de l’amour. Dans la vie conjugale, la vertu et la raison poussent les époux à se servir mutuellement avec beaucoup de zèle. À plus forte raison les fidèles du Christ doivent redoubler d’efforts pour accomplir sa parole en se mettant au service de Dieu et de leurs frères, sachant que lui-même s’est donné pour eux sans compter jusqu’à la croix, et qu’il se donnera plus merveilleusement encore à son arrivée.

Combien d’entre nous estiment la perspective de la venue du Seigneur dans la gloire dépourvue d’intérêt pour aujourd’hui et, de toute façon, plutôt invraisemblable ? Or, « la foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas », dit la lettre aux Hébreux. Donc, celui qui n’espère pas, ne pouvant posséder ce qu’il espère, ignore la foi. Et s’il parle de Dieu qu’on ne voit pas, il s’exprime sur ce qu’il ne connaît pas.

Prenez donc garde, frères, à l’assoupissement spirituel. Écoutez l’injonction évangélique de ce jour : « Soyez vigilants et demeurez prêts ». Que nous ne sachions pas l’heure où le Fils de l’homme viendra ne doit pas être un motif pour nous en désintéresser mais, au contraire, une puissante raison de réveiller en nous le désir de sa venue.

Mais comment réveiller le désir, demanderez-vous ? Par la contemplation du mystère de Dieu tel qu’il a été révélé à nos Pères, tel qu’il s’est accompli dans la révélation de Jésus Christ dont vit l’Église aujourd’hui. Il faut donc renouveler notre façon d’écouter la Parole, en y consacrant une attention pleine d’ouverture vive, comme on est suspendu aux lèvres d’une personne très aimée. Aiguiser notre disponibilité à la messe, comme on se prépare plein d’émotion à se rendre au rendez-vous des amoureux.

Et pourquoi pas l’adoration eucharistique ? "L’exposition de la Sainte eucharistie, soit avec le ciboire, soit avec l’ostensoir, amène à y reconnaître la présence du Christ, et invite à une communion de coeur avec lui qui atteint son sommet dans la communion sacramentelle" dit le rituel. Autrement dit, l’adoration avant la messe creuse le désir de la communion à laquelle on se prépare, tandis que l’adoration qui suit la célébration prolonge la grâce de cette communion pour la tourner plus ardemment vers la venue en gloire du Seigneur que toute messe anticipe.

D’une façon ou d’une autre, frères, laissons s’éveiller en nous de façon renouvelée le désir de Dieu, pour que brûlent en nos coeurs la foi, l’espérance et l’amour qui éclairent le monde.