Dimanche 29 août 2010 - 22e dimanche C

Comment gagner la partie et rafler la mise

Siracide 3,17-18.20.28-29 - Psaume 67,4-7.10-11 - Hébreux 12,18-19.22-24a - Luc 14,1a.7-14
dimanche 29 août 2010.
 

Homme d’affaires ou politique, sportif de haut niveau, séducteur ou gangster, tous cherchent la méthode, la façon de prendre le chemin du succès, chacun dans son registre propre. Mais s’ils viennent à se découvrir un cancer, tous se retrouvent devant le même enjeu radical : la vie. Le combat contre la maladie éclipse tous les combats, car l’ambition de vivre est la matrice de toutes les ambitions.

Au fait, quel était le combat de Jésus ? Il ne recherchait ni pouvoir, ni richesse, ni gloire ; luttait-il donc contre quelque maladie mortelle ? Au fond, oui.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, le premier verset est tronqué : « Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et on l’observait ». La formule en grec est plus âpre et, vu le contexte, il faut comprendre que les adversaires de Jésus cherchent un motif pour le perdre. Or, dans la suite immédiate, omise aussi par le découpage liturgique de ce dimanche, Jésus guérit un homme « atteint d’hydropisie », c’est-à-dire d’enflure. Puis il s’efforce de justifier cette guérison faite un jour de sabbat, car il sait qu’on peut l’accuser d’avoir ainsi transgressé le repos sacré. Quand il reprend la parole, ayant remarqué la façon dont les invités choisissent les premières places, il se sait donc exposé à un danger mortel, ce qui donne à ses propos une gravité que leur ton aimablement sentencieux ne laisse guère supposer.

Jésus enchaîne deux conseils à première vue fort disparates. Le premier recommande une petite tactique pour soigner ses effets si l’on est sûr de sa faveur, ou éviter la honte si l’on a quelque doute à ce sujet. Le second prône une pratique sociale tout simplement impossible. Je n’ai jamais vu de mariage où l’on ait décidé fermement de n’inviter ni les amis, ni les parents, ni les voisins importants, mais seulement pauvres, estropiés, boiteux et aveugles. Vous me direz : peut-être que justement je n’étais pas invité...

En réalité, ces deux paroles sont fortement liées par une thématique simple. Dans les deux cas, il s’agit de gagner et de rafler la mise : ici, l’honneur aux yeux de tous, là, ce qui sera rendu à la résurrection des justes. Cette précision que l’enjeu est eschatologique explique le caractère paradoxal du deuxième conseil et éclaire rétrospectivement le premier en révélant sa véritable portée. Il s’agit ici tout simplement de vie ou de mort, d’entrer dans la vie éternelle ou de finir au fond du trou.

En somme, Jésus nous convoque tous : hommes d’affaires ou politiques, sportifs, séducteurs ou gangsters, tous ceux qui de quelque manière sont en course pour tenter de gagner et de remporter une mise, et il nous annonce que nous avons un cancer. Donc il nous convoque au combat le plus radical, celui dont l’enjeu est la vie tout simplement. Et il nous propose son aide de médecin incomparable.

Quel est donc notre cancer à tous, mes amis, notre cancer spirituel ? L’orgueil, bien sûr, ce défaut universel dont seuls sont préservés les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles, dans la mesure où la violence de la nature ou des hommes éteint plus ou moins en eux le feu de ce péché que Ben Sirac appelle la racine du mal. Le cancer est une métaphore impressionnante de l’orgueil : des cellules qui ne servent plus à rien mais consomment davantage et refusent de mourir, mettant toute leur énergie à se rendre indestructibles en détruisant le corps par la tumeur envahissante qu’elles forment ensemble. L’hydropisie de l’homme guéri par Jésus, son enflure, figure bien aussi cette pathologie de l’âme dont seul le Christ peut nous libérer par le don de son humilité divine.

Nous pouvons reconnaître la maladie en ses effets : jalousie, envies, dépits, excitations déplacées, méfaits en tout genre dus à l’ambition et aux rivalités. Mais ce mal est plus fort que nous, mes amis, nous ne pouvons le vaincre tout seuls. En ce sens, nous pouvons tous nous découvrir spirituellement estropiés, boiteux et aveugles, aveugles justement à nos infirmités de l’âme, et d’ailleurs nous pouvons donc nous inviter les uns les autres en tant que tels et accomplir ainsi la parole du Seigneur de la plus profonde des façons. D’autant qu’heureusement le Fils de Dieu est allé jusqu’à l’humiliation de la croix pour ne pas nous abandonner à cette misère mortelle. Écoutons donc ses conseils et suivons-les avec la force de l’Esprit Saint que, ressuscité, il nous envoie d’auprès du Père. Telle est la méthode du seul succès qui compte en définitive. Car c’est ainsi que nous pouvons, comme nous l’avons entendu dans la lettre aux Hébreux, prendre le chemin qui nous rapproche de Dieu et « des âmes des justes arrivés à la perfection », par « Jésus, médiateur d’une alliance nouvelle ».

C’est par lui que nous pouvons gagner la sainteté et recevoir la vie éternelle.