Dimanche 19 septembre 2010 - 25e dimanche C - Entrée en catéchuménat d’un adulte : Cédric

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on / est plus de quatre on est une bande de.../ Ou pourquoi vouloir beaucoup d’amis ?

Amos 8,4-7 - Psaume 112,1-2.5-8 - 1 Timothée 2,1-8 - Luc 16,1-13
dimanche 19 septembre 2010.
 

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on est plus de quatre on est une bande de...

Georges Brassens, en vrai poète, mettait en chansons les idées. Deux ou trois amis bien choisis ne sont-ils pas la meilleure compagnie du monde ? Au-delà de ce petit nombre il devient difficile de garder la qualité et, de toute façon, on ne peut plus en profiter comme il faudrait. S’employer à les multiplier ? Pouah ! font l’homme de qualité et l’intellectuel de haute volée, c’est affaire de commerçant ou de politicien. En effet, ces derniers ont le sens de leurs intérêts : ils savent qu’il vaut mieux s’attirer les faveurs des gens car cela pourra servir un jour. Bien sûr, ce désir explique aussi l’hypocrisie du sourire commercial et le mensonge des promesses électorales, que tout le monde méprise.

C’est pourquoi l’intendant de la parabole ne nous inspire guère de sympathie : il est intéressé et malhonnête. Au fait, l’est-il vraiment ? Intéressé, c’est sûr, mais malhonnête, ce n’est pas évident. Le texte laisse planer le doute à ce sujet. La traduction liturgique rend par l’adjectif « trompeur » une expression grecque qui est littéralement « de l’injustice ». L’Argent, le « Mammon » littéralement, c’est-à-dire toute espèce de valeur en ce monde, est qualifié de même. En fait, tous les biens d’ici-bas sont répartis de façon fondamentalement injuste : croyez-vous que tous les pauvres aient mérité d’être pauvres, et les riches d’être riches ? Donc tous ceux qui les gèrent gèrent l’injustice de ce monde.

Admettons que cet intendant ne soit pas si coupable. Mais, de là à nous le donner en exemple, il y a un pas ! Pourquoi donc Jésus le franchit-il ? La leçon essentielle de la parabole, me semble-t-il, tient dans conclusion : « Eh bien moi je vous dis : faites-vous des amis avec le Mammon d’injustice afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » Le bien suprême est l’amitié qui unit les hommes dans le partage. Car un jour, quand nous serons au ciel, il n’y aura plus de Mammon. Mais ce jour-là, tous ceux qui partageront la gloire de Dieu seront unis dans son amitié.

Quelle folie d’entasser les richesses, le savoir ou la gloire pour se balancer au-dessus des autres plutôt que de les partager pour communier avec eux ! Plus avantageux que de changer le plomb en or est de changer l’or en amitié. Tout devrait donc nous être bon pour pratiquer cette alchimie suprême, jusqu’aux erreurs et aux offenses des autres, puisqu’elles nous donnent l’occasion de les conquérir en leur offrant le pardon.

En somme, nous devrions faire preuve de plus d’indulgence dans nos rapports entre nous. Ce mot n’a plus très bonne presse : il évoque la faiblesse ou la mollesse, quand ce n’est pas le soupçon d’une « indulgence coupable » ou d’un « trafic d’indulgences ». Pourtant, il vient du verbe latin indulgere, « être favorable à », peut-être apparenté à l’adjectif dulcis, « doux, agréable ». La véritable indulgence ne vient pas de l’ignorance du mal, encore moins d’une complicité avec lui. Elle est cette disposition favorable qui veut la guérison du pécheur plutôt que sa condamnation. Elle sait donc à propos couvrir la faute, par le pardon, pour mieux développer les bonnes dispositions qu’elle est habile à discerner chez l’intéressé, à qui elle les découvre parfois.

Dieu est maître en indulgence. Mais, comme il est dit dans une autre parabole scandaleuse, celle des ouvriers de la onzième heure en Matthieu au chapitre 20, nous sommes tentés de regarder d’un œil mauvais parce qu’il est bon. Ainsi l’Évangile démasque notre dureté de pharisiens qui aimons à mépriser les pécheurs pour nous imaginer meilleurs qu’eux.

L’art de l’indulgence suppose autant de lucidité et de pénétration que de miséricorde. Comme tous les catéchumènes, Cédric, tu connaîtras les scrutins : Dieu sonde les cœurs et les reins. Nous sommes à nu devant lui, nous ne pouvons absolument pas lui cacher nos fautes ni nos misères. Mais il veut que tous les hommes soient sauvés. Autrement dit, il veut faire de tous ses amis. Voilà pourquoi il porte sur nous un regard pénétrant jusqu’au fond de l’âme, un regard qui voit tout, le meilleur et le pire. Un regard qui sait nous découvrir le pire, afin de nous appeler à la conversion, mais aussi le couvrir par le pardon. Un regard qui sait découvrir le meilleur, pour conquérir nos cœurs. Car il est doux et humble, et il nous a accordé sa faveur.

Admirons-le, adorons-le, afin de pouvoir l’imiter grâce à l’Esprit Saint donné à ceux qui croient au Fils de Dieu, lui qui a dit sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Car il appelle tous les hommes à se laisser renouveler par le baptême en son sang versé pour eux, afin de devenir ses amis. Et les nôtres, donc, s’il plaît à Dieu, au jour de toute réconciliation.