Dimanche 26 septembre 2010 - 26e dimanche C

C’est une histoire de carnet d’adresses

Amos 6,1a.4-7 - Psaume 145,5-10 - 1 Timothée 6,11-16 - Luc 16,19-31
dimanche 26 septembre 2010.
 

C’est une histoire de carnet d’adresses. L’un a un nom, un grand nom, mais pas d’adresse. De l’autre, on a l’adresse, une belle adresse, mais il n’a pas de nom !

Le carnet d’adresses, c’est essentiel : plus qu’une ressource, un niveau d’identité. Tout en haut, ils se connaissent tous. C’est le jet-set, l’Olympe. Plus bas que bas, chacun est seul dans sa misère. Entre les deux, il y a un monde.

Un carnet d’adresses doit s’entretenir. Il ne suffit pas de le mettre à jour, il faut sortir pour pouvoir dire à l’occasion : Je vous ai vu à tel congrès ou à telle réception. Sinon, imaginez qu’un gueux ramasse le carnet perdu d’un de la haute. Trop content, il appelle le grand sachem : C’est moi. Qui ça ? on se connaît comment ? par qui ? Ben, euh, c’est juste moi. Click !

C’est ce qui arrive au riche tombé en enfer. Il a encore le numéro d’Abraham, mais apparemment il n’est pas dans ses petits papiers. Il n’a même pas de nom pour lui ! En revanche, Lazare est visiblement au mieux avec le Patriarche, lui dont le nom signifie « Dieu aide », mais qui n’avait pas d’endroit où reposer la tête. Et le riche se dit que ça pourrait servir maintenant. Mais il aurait fallu y penser avant. Il aurait fallu sortir.

C’est curieux, ne trouvez-vous pas, ce mot de « vautrés », dans la première lecture, pour les riches honnis par le prophète. Ils mangent du veau et de l’agneau, ce n’est pas mal en soi. Mais ces mets évoquent le culte du Temple, comme aussi les vêtements du riche de la parabole et ses festins somptueux quotidiens. Le Seigneur dénonce les Sadducéens qui ne se soucient pas des pauvres pécheurs. Il déteste ce culte replié sur lui-même qui ne contribue pas à la sanctification du peuple. En fait, les riches en place ne rendent de culte qu’à eux-mêmes : Dieu figure bien dans leurs adresses, mais il ne se présente pas à leurs abominations, puisqu’ils n’ont pas souci de lui.

En revanche, Dieu se soucie du pauvre et du faible, il les connaît. Voilà aussi ce qui se manifeste à la fin de la parabole : les misérables, il les a tous rencontrés, là, sur la croix, c’est pourquoi il les reconnaîtra, même si eux ne s’en doutent pas. Parfois, l’on entend dire : pas de quête au cours de la messe, il ne faut pas tout mélanger. Ou encore : la prière universelle, on pourrait bien s’en passer. Mais la messe n’est-elle pas le sacrifice du Christ, le lieu où il rencontre tous les misérables de l’histoire ? Ne convient-il pas qu’ils y soient représentés et évoqués au cœur, par des intentions qui les présentent au Seigneur et par une collecte qui leur soit destinée ? Ne pas tout mélanger ? Le risque est plutôt l’inverse : ce serait de séparer la messe des malheureux que le Seigneur aime et de créer ainsi un gouffre entre eux et nous, un gouffre qui se retournerait contre nous au jour du Jugement. Dieu nous en garde !

Qu’il nous donne plutôt d’accueillir tout homme en notre Eucharistie, et même que notre assemblée les représente tous. Qu’il y ait des riches parmi nous, bien sûr. D’abord, Dieu les aime aussi, et puis cela peut servir aux autres : toute richesse est bonne pourvu qu’elle soit partagée. Mais qu’il y ait aussi des pauvres, et même que nous le soyons tous ensemble, pauvres de foi et de charité devant le Christ miséricordieux. Enfin, surtout, apprenons de lui à sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre de nos frères les plus perdus, puisque lui-même est sorti de sa divinité et s’est anéanti pour nous sauver. C’est ainsi que nous lui rendrons un culte digne de son amour.

Pensons-y maintenant, pendant qu’il est temps. Rappelez-vous que vous êtes responsables de ce que vous lisez, regardez, écoutez. Ne soyez pas esclaves de la tyrannie médiatique, sachez trier dans votre boîte aux lettres, sur vos écrans et dans la profusion des messages qui tentent de vous séduire. Sachez demander au Christ lui-même de vous diriger en la matière, de vous indiquer où et sur qui il convient d’ouvrir les yeux maintenant.

N’oubliez pas la vie éternelle qui est le but et la raison de votre foi. Au dernier jour, il n’y aura plus qu’une seule adresse : cette « Lumière inaccessible qu’habite le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui que personne n’a jamais vu et que personne ne peut voir ». Tous ceux qui seront au Fils en ce jour seront accueillis là pour toujours. Pour les autres, il n’y aura ni adresse, ni nom.

Agissons donc avec ardeur pour annoncer à tous cette Parole comme une bonne nouvelle, afin que personne ne manque à l’appel quand les saints chanteront sans fin : « À toi honneur et puissance éternelle. Amen ! »