Dimanche 1er juin 2003 - Septième dimanche de Pâques

Vous savez où vous êtes ?

Actes 1,15-17.20-26 - 1 Jean 4,11-16 - Jean 17,11-19
dimanche 1er juin 2003.
 

Vous savez où vous êtes ?

Parfois, se réveillant dans un endroit inhabituel, on ne sait plus où l’on est. Mais, en principe, on sait toujours qui l’on est. Encore que, en un sens, qui l’on est dépend d’où l’on se trouve. Les adolescents, particulièrement, sont influençables et variables : en famille, chez les autres, au collège ou avec les copains, ils ne sont pas les mêmes ! Mais les adultes, s’ils ont plus de contrôle et de constance, n’en sont pas moins poussés par les vents locaux.

Ainsi, nous qui sommes ici dans une église - n’est-ce pas ? - nous allons dans un instant proclamer le credo. Du moins sommes-nous tous appelés à le faire : il est très important que chacun prononce, de sa bouche, les mots de la foi commune. Mais demain, ailleurs et occupés à d’autres choses avec des gens différents, comment allons-nous nous comporter et, à l’occasion, parler de Dieu ou de l’Église ? Ne sommes-nous pas tous fragiles et inconstants, surtout pour ce qui est de la foi et de la charité ?

Non, diront certains, il y a bien des personnes sûres et solides. Ah bon ? Qui par exemple ? Moi ? Certes, j’ai fait des choix religieux décisifs, j’ai été ordonné et ma vie est consacrée à Dieu d’une manière particulière. Mais considérons plutôt quelqu’un de plus célèbre que moi, quelqu’un de beaucoup plus important. Judas. Lui aussi a été institué, et de quelle manière ! Il est l’un des Douze Apôtres de Jésus, choisis par lui et donnés à lui par le Père Tout-Puissant. C’est ce que nous rappelle la première lecture en nous parlant de l’élection de Matthias, son remplaçant.

Judas : vous savez où il est, maintenant ? Pensez-vous, comme beaucoup, qu’il est en enfer, perdu pour toujours ? Un sur douze, cela semble peu, mais, s’agissant des Apôtres, c’est beaucoup ! Si la proportion est telle pour ceux que Jésus a choisis tout particulièrement au début, qu’en sera-t-il pour les prêtres ? Et pour les "simples fidèles", alors ?

Nous avons certes entendu dans l’évangile Jésus dire : "J’ai veillé sur eux et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte..." Et nous pensons qu’il s’agit de Judas, puisque l’action se déroule au Cénacle, à la veille de la Passion du Seigneur, et que l’Iscariote est déjà sorti pour trahir son Maître. Est-ce que Jésus n’a pas veillé sur Judas ? Est-ce que Dieu, le Père saint, ne l’a pas gardé, ou bien a-t-il cessé de le faire ?

Déjà, au début de l’histoire, le soupçon se fait jour. Lorsque Caïn a tué Abel, Dieu lui demande : "Où est ton frère ?" Et il répond : "Est-ce que c’est moi, le gardien de mon frère ?" Autrement dit, Dieu aurait dû mieux garder Abel, afin qu’il ne meure pas. N’aurait-il pas dû, plus encore, mieux garder Caïn, afin qu’il ne tue pas ? Dieu, pourtant, a gardé l’un et l’autre, et les gardera encore. Le gage en est qu’il met un signe sur le meurtrier, afin qu’on ne le tue pas. Dieu a gardé l’homme et le garde, jusqu’au-delà de la mort, en vue du salut qui devait se manifester en Jésus Christ et qui s’est manifesté.

Revenons à l’expression : "Celui qui s’en va à sa perte". Elle traduit ce qui est littéralement en grec : "Le fils de perdition". De qui s’agit-il, sinon de celui qui est appelé plus bas le Mauvais, et plus haut "Satan" lorsqu’il est dit qu’il "entra en Judas" au moment, justement, où il sort pour trahir son Maître, de celui qui a beaucoup de noms car il n’en mérite aucun ? À vrai dire, nous ne savons pas qui il est, ou ce que c’est, et il ne faut pas nous focaliser sur cela, au contraire. Tout ce qui importe, c’est que Jésus est le plus fort venu justement nous arracher à lui. S’il est monté sur la Croix et descendu "aux Enfers", c’est-à-dire au séjour des morts, c’est bien pour qu’aucun de nous ne soit définitivement perdu, du moins s’il veut bien accepter son salut. C’est pourquoi l’Église ne se prononce pas sur le sort éternel de Judas. Elle n’a pas le pouvoir de le faire, puisque le Fils lui-même, à la veille de sa Passion, a dû laisser la question en suspens, aux mains de son Père éternel.

Nous sommes tous venus au monde sous la domination du Prince de ce monde, et renés d’En haut par la seule grâce du baptême dans la mort de Jésus Christ. Et nous restons fragiles et inconstants, faillibles, incertains, traîtres à notre Sauveur chaque fois que nous succombons à la tentation. C’est pourquoi Jésus, qui seul est fidèle, prie pour nous son Père saint de nous garder du Mauvais et de nous sanctifier dans la vérité.

La vérité, c’est que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, mort sur la croix pour sauver le monde, ressuscité pour notre sanctification. Croire cela, y ajouter foi, c’est adhérer de tout son cœur à Jésus lui-même, puisqu’il est la vérité, c’est être sanctifié par lui qui est saint, c’est être ainsi arraché à la puissance du Mauvais et purifié de toute complicité avec lui, de tout attachement à ses œuvres et à ses séductions. La foi n’est pas affaire d’opinion, mais réponse à la prière de l’Église et don de l’Esprit Saint.

Si vous avez le moindre désir que Judas, ou quiconque parmi les hommes pécheurs, soit sauvé plutôt que perdu à jamais, la seule attitude qui convienne est la prière : "Jésus, Fils de Dieu Sauveur, prends pitié de nous". Alors vous êtes accueillis dans la prière de Jésus lui-même, et vous savez que vous êtes en lui, maintenant et toujours.