Dimanche 31 octobre 2010 - 31e dimanche C

Il savait que c’était impossible, alors il l’a fait

Sagesse 11,23 à 12,2 - Psaume 144,1-2.8-11.13-14 - 2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2 - Luc 19,1-10
dimanche 31 octobre 2010.
 

La formule est moins subtile que celle de Mark Twain dont elle s’inspire, mais elle décrit mieux le mouvement de Zachée. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » évoque brillamment l’inconscience qui explique bien des audaces folles, et la raison pour laquelle elles réussissent parfois. Mais le riche publicain n’est pas un inconscient et l’effet de surprise n’est pour rien dans son bonheur.

Faisons attention aux termes des engagements qu’il prend sur le champ. Ici, le texte grec est plus clair que la traduction. D’abord, plutôt que « s’avançant », c’est « se dressant, se levant » (de “histèmi”, placer debout) que Zachée prend la parole : l’allusion à la résurrection que constitue une conversion est nette. Ensuite, ce n’est pas “Voilà” qu’il dit, mais “Voici” (idou) : c’est bien une résolution pour l’avenir qu’il exprime et non une action instantanée, ce que confirme l’emploi du présent dont la valeur en grec est durative et prospective.

Ce programme est du genre mûrement réfléchi par un homme qui sait compter. Donner la moitié de sa fortune, c’est énorme mais ce n’est que la moitié. Quant à la réparation au quadruple, elle correspond à ce que demande Exode 21,37 pour une brebis volée, et c’est bien ce que David estime exigible de la part du méchant riche de la parabole que lui conte le prophète Nathan pour qu’il se reconnaisse coupable. Zachée devait lire l’Écriture en-dehors de ses heures de travail, et il a eu le temps de méditer sur ce qu’il serait bien de faire.

Charmé par la grimpette à l’arbre et le bon déjeuner qui s’ensuit, le lecteur risque donc de passer à côté de l’essentiel : un pécheur invétéré s’est converti par la grâce d’une rencontre avec Jésus. Et donc, la question se pose de savoir si cela pourrait nous arriver à nous aussi : voilà ce qui importe ! Car, dans sa pitié pour les hommes, « Dieu ferme les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent », dit la Sagesse.

Qui de nous n’est pas plus ou moins enfermé dans quelques péchés habituels liés à ses conditions d’existence ? La violence et le goût de dominer pour les détenteurs d’un pouvoir, la tromperie et l’âpreté au gain pour qui fait des affaires, l’égocentrisme et les jouissances de la séduction pour les artistes en tout genre, je vous laisse poursuivre la liste. Le collecteur d’impôt se trouvait constamment tenté de commettre des abus dans l’exercice de ses fonctions et de vouloir amasser pour lui-même une fortune toujours plus considérable. En plus il était chef. Il cumulait !

Pourquoi Zachée cherchait-il à voir qui était Jésus ? N’est-ce pas le signe qu’il nourrissait le désir profond de la vertu et qu’il luttait donc contre son mauvais penchant sans parvenir à le dominer ? N’est-ce pas le cas de l’immense majorité de nos semblables, mes frères ? C’est vers ce désir venu de l’Esprit Saint que Jésus a levé les yeux, c’est lui qu’il a aimé au point de vouloir demeurer chez ce pécheur. Or, ce mouvement du Fils accomplit la volonté d’amour du Père, c’est pourquoi Jésus dit : « Il faut ».

C’est ici que l’impossible se réalise : ce que l’homme ne peut faire, se convertir, s’effectue par la grâce de la venue en nous de Notre Sauveur. Mais cela n’arrive que pour ceux qui ont désiré cette venue. Et le signe de ce désir, ce sont les efforts qu’on fait pour réfléchir à ce qu’on devrait faire et pour passer à l’action. Il faut tenter de devenir meilleur jusqu’à éprouver son impuissance et s’en remettre à celui qui nous a aimés au point de donner sa vie pour les pécheurs, lui le juste et le saint de Dieu.

Nous venons à la messe, mes amis, avec notre misère et notre désir de bien faire. En écoutant la Parole, nous sommes comme ce petit homme qui grimpe à l’arbre de vie, nous montons à l’ambon et, de là, nous voyons un peu en contrebas l’autel où Jésus nous appelle : « Venez, il faut que j’aille demeurer chez vous ». En nous approchant de la communion, aurons-nous le cœur de nous redresser pour dire au Seigneur quelle belle résolution bien réfléchie nous monte au cœur, sous le coup de la joie et de la reconnaissance ? Courage, l’Apôtre prie pour nous : « Que Dieu, par sa puissance, vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez » !

Nous savons qu’il nous est impossible de devenir saints comme Dieu, c’est pourquoi nous le ferons quand même, puisqu’il le faut !