Lundi 1er novembre 2010 - La Toussaint

Si la porte est fermée, passez par la fenêtre

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
lundi 1er novembre 2010.
 


-  Mais laquelle ?, il y en a tellement ! - Celle que vous voulez, celle que vous pouvez, pourvu qu’à la fin vous soyez dedans.

Quel est ce château aux mille ouvertures qui attend chacun de nous pour nous accueillir en joie dans l’immense salle des fêtes étincelant de tous ses feux ? Vous l’avez deviné, mais oui, c’est la maison du Père où les demeures sont nombreuses. C’est elle, “le ciel” que la liturgie nous donne à contempler aujourd’hui.

Quant aux fenêtres, ce sont les saints, ou plutôt les voies innombrables qu’ils ont prises pour entrer dans le Royaume, afin que nous n’ayons après eux que l’embarras du choix. En ce jour, ils sont penchés vers nous et nous font signe, comme sur ces photos de famille où toutes les générations garnissent les étages de la maison.

Le futur pape Benoît XVI, cardinal Ratzinger à l’époque, célébrant les funérailles de son prédécesseur nous le désignait à sa fenêtre tandis que son corps gisait encore sur la place. Aujourd’hui il nous invite à mieux connaître les saints afin de pouvoir en choisir un dont nous fassions notre compagnon habituel, ou même deux ou trois si le cœur nous en dit.

Nombreuses sont les demeures, mais la maison est une, c’est celle du Père. Il y a mille façons d’y venir, mais un seul est le chemin : le Christ Jésus. Son corps crucifié est la vraie porte étroite, ressuscité, il est la maison. Les ouvertures vers le ciel que pratiquent les saints ne sont pas autres que lui-même : en chacune, c’est la porte unique qui prend l’air d’une fenêtre différente. Pourtant, cette différence est réelle, elle fonde une diversité qui rend gloire au Père de toute création.

De même, les Béatitudes n’en font qu’une dans la première : « Heureux les pauvres de cœur ». Et pourtant, dans leur multiplicité, elles décrivent une variété d’accents et de sensibilités chez ceux qui vont au bout de ce veut dire être disciple du Seigneur. Laissons-nous donc toucher par l’une ou l’autre de ces phrases en particulier, sans craindre de perdre les autres.

L’élection n’est pas une course par élimination où l’organisateur multiplie les épreuves couperets comme autant d’obstacles sélectifs où se brisent les espoirs de beaucoup. Au contraire, le Père qui ne veut en perdre aucun nous parle et nous rejoint de bien des façons, multipliant les approches pour augmenter ses chances d’atteindre chacun. C’est au moindre et au pire d’entre nous qu’il a envoyé son Fils tant aimé et, en chacun de nous, c’est l’unique Esprit qui gémit vers lui dans l’espérance.

C’est pourquoi, plutôt que de soupirer devant l’inaccessibilité du ciel, nous devons nous préoccuper plutôt de notre propre imperméabilité à la grâce. Saurons-nous ouvrir enfin une petite porte au Bon Berger qui veut entrer en nous ? Qu’est-ce qui peut briser notre rempart de pierre opposé au Père qui désire demeurer dans notre cœur ? C’est lui plutôt qui se trouve disqualifié de toutes les façons par notre refus ombrageux de lui accorder notre faveur. Que se fissure enfin notre armure de révolte ou d’indifférence, que se glisse en nous un filet de cette eau pure qu’est la tendresse du Père pour toutes ses créatures, et nos yeux lavés de larmes pourront entrevoir le ciel où il nous veut.

En vérité, c’est l’unique et merveilleuse miséricorde de Dieu que nous admirons, brillant de toutes ses facettes, quand nous contemplons aujourd’hui la multitude des saints arrivés à destination dans le cœur du Père. Les saints étaient des gens normaux pleins de défauts et de bizarreries, excepté la Vierge Marie, que le Seigneur a sanctifiés par amour dans l’Esprit. Qu’un rayon de cette unique lumière, diffractée à l’infini au gré des joyaux de toutes couleurs qu’elle traverse, touche chacun de nous.

Et qu’ainsi nous puissions nous élever tous ensemble, aspirés par le rayonnement de la tendresse de notre Dieu, vers lui qui trône dans les cieux.