Dimanche 7 novembre 2010 - 32e dimanche C

Assez ! Parfois il faut savoir dire stop.

2 Martyrs d’Israël 7,1-2.9-14 - Psaume 16,1.3.5-6.8.15 - 2 Thessaloniciens 2,16 à 3,15 - Luc 20,27-38
dimanche 7 novembre 2010.
 

Par exemple : « C’en est trop, nous sommes rassasiés du rire des satisfaits, du mépris des orgueilleux ! » (Psaume 122)

Les sadducéens étaient riches, nobles et influents. Ils avaient tout pour être satisfaits. Cela explique leur insensibilité manifeste dans la question qu’ils posent à Jésus.

Les riches ne sont pas forcément insensibles, mes amis, mais c’est un risque. Quand vous avez tout ce que vous voulez, les affaires de misère vous semblent lointaines et abstraites.

L’histoire de la veuve des sept frères, ils s’en moquent. Pourtant, elle est tragique. La liturgie la rapproche aujourd’hui de cette femme qui voit ses sept fils mourir sous la torture. Là, il n’y a pas de quoi rire, n’est-ce pas ? Mais pour qui sait ce que signifie le drame de la stérilité, le sort de ceux qui meurent sans enfants n’est pas plus amusant.

C’est pourquoi le Seigneur prend la peine de répondre avec soin. D’abord, avez-vous remarqué l’expression : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir » ? C’est une menace à peine voilée pour ses interlocuteurs, car elle rappelle le : « Mais malheureux, vous les riches, vous avez déjà votre consolation » des Béatitudes dans le même évangile de saint Luc.

Ensuite, Jésus démonte leur argument : il n’aurait de pertinence que dans la perspective d’une résurrection qui ne serait qu’un retour à la vie et non l’entrée dans une vie nouvelle avec Dieu. Enfin et surtout, le Christ montre que les Écritures dès le Pentateuque, reconnu même par les sadducéens comme parole de Dieu, suggèrent la volonté de Dieu de ne pas abandonner les siens à la mort.

En somme, mes frères, nous entendons le Seigneur répondre au cri de ceux qui l’invoquent : « Pitié pour nous, nous sommes rassasiés de mépris ! » Or, n’y a-t-il pas lieu pour nous aujourd’hui encore de crier vers le Seigneur ou de prêter notre voix à sa réponse ?

Si l’on entre dans nos églises pour nous prendre en otages, nous lapider ou nous massacrer, ne devons-nous pas déclarer : « C’en est trop ! » ? Et même, n’attendons pas qu’on en arrive là pour crier : « Assez ! » Nous devons penser aux plus faibles et aux plus exposés d’entre nous, frères, nous sommes responsables de leur protection.

Dans notre Occident rationaliste moderne, nous avons pris l’habitude de tolérer le rire et le mépris au sujet de notre foi. Et même, certains d’entre nous, forts de leur supposée supériorité intellectuelle, ont parfois pris le parti, sinon la tête, des rieurs. Il est temps que cela cesse.

Prenons un exemple. Un vieil argument n’a pas fini de nous être servi : les hommes de l’Antiquité auraient inventé les dieux pour combler les vides de leur ignorance au sujet des phénomènes naturels. Et voilà pourquoi nous croirions en Dieu !

D’abord, nous avons là typiquement un orgueil de modernes qui se sont imaginé posséder la science de tout dans leurs encyclopédies. Les scientifiques d’aujourd’hui en rient de bon cœur. Et quelle méconnaissance de l’Antiquité, quelle ignorance du Moyen-Âge !

Mais surtout, mes amis, cet argument passe complètement à côté de la Révélation biblique. Loin de rester fascinée par des phénomènes naturels, elle les relativise pour mieux se concentrer sur l’essentiel : la vie de l’homme et la justice, les tragédies de l’histoire et la possibilité d’une espérance.

Qui aujourd’hui en ce monde porte une parole digne de considération à ce sujet sinon nous, mes frères ? C’est pourquoi nous en sommes comptables pour les pauvres de la terre, et même pour leurs ennemis dont nous espérons la conversion.

Chrétiens, nous sommes témoins de celui qui est allé jusqu’à la croix pour dire « Assez ! » à la mort et à l’injustice : il est ressuscité pour ouvrir à tous les malheureux la porte d’une vie nouvelle dans la joie éternelle.