Dimanche 21 novembre 2010 - - Christ, Roi de l’univers

Alors le prince s’engagea jusqu’au cœur de la forêt sombre et il tua le dragon rouge-feu à trois têtes

2 Samuel 5,1-3 - Psaume 121,1-7 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 21 novembre 2010.
 

C’est une histoire pour les enfants, apparemment. Vous devinez la suite : le roi son père lui accorda la main de la princesse, ils se marièrent, furent très heureux et eurent beaucoup d’enfants. Quel moment avez-vous préféré dans l’histoire ? Quand il tue le dragon, bien sûr, c’est le plus palpitant. Au fait, pourquoi trois têtes ?

Car trois soufflent un feu d’enfer dans notre cœur : la colère, la peur et le mépris. Voyez les tous, rassemblés sur le Calvaire pour la cérémonie de la crucifixion. Les chefs et les soldats sont pleins de mépris pour ce prétendu roi des juifs qui se retrouve battu et châtié comme un esclave. Ils l’abreuvent d’injures. La foule est tétanisée par la peur : on exposait les crucifiés comme un avis aux amateurs ! Quant au “mauvais larron”, tordu de douleur et de colère, il retourne contre Jésus son désespoir.

Mais le Seigneur, en cet horrible instant, n’a pas perdu la paix de l’âme. Loin de mépriser ces hommes misérables, il vient de prier pour eux : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Quant à la peur et la colère, elles ne l’effleurent pas, sa réponse au malheureux qui l’implore le prouve : loin de redouter la mort, il voit s’approcher le paradis, loin de rejeter le pécheur, il lui promet la même faveur.

Ici, l’auditeur de l’évangile pourrait être saisi d’un doute : impossible dans de pareilles souffrances d’agonie de garder le cœur pur de mauvais sentiments ! Voilà pourtant notre foi au sujet de la croix, et ce qui explique le choix de cet évangile pour la fête du Christ Roi.

Dans « Mémoires d’Hadrien », Marguerite Yourcenar imagine l’empereur romain arrivé à un stade de sérénité tel qu’il se sent maître de l’univers comme de lui-même. Il va jusqu’à penser que ce serait pareil s’il se retrouvait au cachot chez son ennemi, au cas où il l’emporterait sur lui. Pour le Romain, c’est du roman. Mais pour Jésus, c’est la vérité. D’ailleurs, le centurion au pied de la croix l’a vu et c’est pourquoi il a cru.

C’est curieux, frères, ne trouvez-vous pas, que le débat au sujet de la foi se situe habituellement à côté de la plaque. On discute sur la résurrection ou l’incarnation, sur la conception virginale ou les miracles, alors que le centre de l’affaire est ici, au jour de la crucifixion : a-t-il oui ou non gardé un cœur royalement pur de tout mauvais sentiment et exercé son pouvoir de grâce souveraine en faveur du malfaiteur qui l’implorait ? Le croyez-vous ?

Pour ceux qui le croient, le résultat est là : le dragon rouge feu à trois têtes qu’il a tué en lui-même au jour de sa croix est vaincu aussi en eux. Cette paix souveraine de l’âme est l’apanage du Christ, roi de l’univers, mais il la donne à quiconque la lui demande avec foi.

La preuve en est justement le “bon larron” qui, en formulant sa demande, montre qu’elle est exaucée. Car pour se reconnaître pécheur et voir en Jésus, son compagnon d’agonie, celui qui vient inaugurer son Règne et peut le libérer de son péché, il faut qu’il soit déjà guéri en son âme par la foi.

Saint Augustin le dit : son Royaume ne vient pas de ce monde, mais il s’établit en ce monde ; son Royaume en ce monde, ce sont les hommes qui croient en lui. Le “bon larron” parle à Jésus du temps où « il viendra inaugurer son Règne ». mais par sa réponse en forme de promesse immédiate, « aujourd’hui même », le Christ montre que son Règne est déjà inauguré dans les cœurs où il fait naître la foi.

En cette fête du Christ Roi, frères, laissons sa parole convertir nos cœurs : découvrons que la puissance véritablement royale se réalise dans l’abaissement et le don de soi de la croix. C’est pourquoi la résurrection vient couronner le sacrifice. Et la venue dans la gloire à la fin des temps de celui qui est monté aux cieux viendra confondre toutes les puissances qui se sont dressées contre lui.

Sur la croix, le Prince de la vie a vaincu le dragon. Là il a purifié le cœur de sa princesse, l’Église, et celui de ses enfants que nous sommes. Là, selon la volonté du Père et par la puissance de l’Esprit, il a inauguré le bonheur de son Règne qui vient.